Alger - Revue de Presse

Saïdia : la culture à la rescousse de l'industrie touristique



Juin 2011, la région de l'Oriental du royaume chérifien accueillera la première édition du festival «Maghreb Culture» qui célébrera annuellement les arts maghrébins : cinéma, musique, théâtre, art culinaire, arts plastiques, mode, etc.

Une rencontre que les initiateurs veulent trans-maghrébine. Un évènement qui arrive à point pour soutenir la promotion du tourisme balnéaire en difficulté dans cette partie moins exposée du Maroc. Reportage.

 En annonçant la création de ce festival lors d'une cérémonie qui s'est déroulée le 19 juin dans la nouvelle ville balnéaire de Saïdia (à environ 60 km d'Oujda, nord-est), le président du Conseil Régional de l'Oriental M. Ali Belhadj souligne ceci : Maghreb Culture ne sera pas un succédané de l'Union du Maghreb Arabe, désespérément en panne. Ce festival est dénué «d'arrière-pensées politiques» et «n'est pas un prélude au règlement du problème des frontières avec l'Algérie», précise-t-il dans le quart d'heure d'entrevue qui précèdera l'annonce officielle.

Un rapide tour dans la nouvelle ville de Saïdia aura déjà suffi à convaincre de cela. Recouverte de forêts et de marécages voilà trois ans encore, la région ambitionne aujourd'hui de devenir un pôle touristique avec ses hôtels flambant neufs d'une capacité dépassant les 2 000 lits, ses résidences d'été, sa médina, sa marina (l'une des trois plus grande de Méditerranée), son centre commercial et son terrain de golf. Tout cela résultant de l'Initiative Royale pour le développement de la région de l'Oriental lancée par le roi Mohamed VI dans un discours fondateur en mars 2003.

La métamorphose

Depuis, la ville de Saïdia a vu sa physionomie radicalement changée. De campagne, elle est passée au statut de cite balnéaire-pilote pour la construction de laquelle les institutions du royaume se sont associées à de grands groupes espagnols. Aux premiers revenait de créer et de développer les infrastructures de base ; aux seconds d'apporter le savoir-faire dans le domaine du tourisme. L'Etat marocain a eu ainsi à mettre en place les réseaux de communication : dédoublement de la voie de contournement de Saïdia et construction de toutes les voies d'accès à la ville, aménagement de son réseau de collecte des eaux usées et pluviales, de ses digues de protection, de ses stations d'épuration et de pompage et de sa corniche longeant ses 15 km de plage. Le tout pour un montant global de 369 millions de DH (1 DH= 10 euros) selon les termes d'une convention pour la mise à niveau urbaine de la ville. Les enseignes hôtelières Iberostar et Barcelo pourront en outre compter sur l'aide de l'Etat et de la région pour le lancement de leurs établissements et leur remplissage.

 De la sorte, la région de l'Oriental escompte séduire et attirer chaque année quelques milliers de touristes espagnols, bien sûr, mais aussi britanniques, chinois, nippons, indiens, ceux des pays du Golfe et des pays de l'Est. A la clé, 50 000 emplois nouveaux et des gains de l'ordre de 5 milliards de DH, indique le journal maghrébin l'Economiste.

Le forcing

Sauf que pour l'instant, les hôtels sont loin de refuser les clients alors que les résidences d'été qui jalonnent les routes de Saïdia demeurent vides. Aux marques de peinture sur les vitres, on voit que la plupart d'entre elles n'ont pas trouvé preneur.

Le parc immobilier vacant, la marina silencieuse et l'activité commerciale timide de Saïdia menaceraient non seulement l'avenir du tourisme dans l'Oriental mais aussi le succès de l'ensemble du projet. A terme, il s'agit de l'intégration de la région à l'espace euro-méditerranéen. Le souci immédiat est donc de provoquer l'affluence vers ce nouveau pôle touristique, comme les autorités se sont engagées à le faire. Les deux hôtels ibériques 5 étoiles n'avaient fonctionné la saison dernière que pendant deux mois, toujours selon l'Economiste. En ce début de saison, le Barcelo reçoit essentiellement des clients venus de la péninsule ibérique.

D'où l'idée du festival Maghreb Culture. L'évènement est imaginé pour drainer les foules sur ce site et le faire vivre, comme l'explique de manière si prosaïque M. Ali Belhadj : «c'est une démarche de promotion du développement économique».

Quant à l'estampille «maghrébin», elle est censée rappeler les attaches qui lient Oujda à son environnement. M. Belhadj soutient que l'«on se sent profondément maghrébins dans cette région frontalière». Elle est idéale pour rassembler les artistes et les scientifiques maghrébins. Ceci pour dire que les organisateurs de Maghreb Culture 2011 évacuent d'un revers de la main toutes les inquiétudes que l'on pourrait concevoir quant à sa crédibilité. On considère que les obstacles politiques ne résistent pas devant l'identité maghrébine fortement ancrée dans la région. Qui d'ailleurs abrite déjà plusieurs festivals au cachet incontestablement maghrébin : le festival des oasis, le festival du raï, le festival de la musique gharnati, ou encore celui de la musique alaoui.

 L'identité et la culture maghrébine font d'ailleurs, pour le moment, office de programme de ce festival. Il s'agit davantage de mettre en Å“uvre une volonté politique de développement économique et l'événement n'est pas encore réellement réfléchi. Avant sa présentation samedi passé devant la presse et quelques invités tels le consul-adjoint de l'Algérie à Oujda, personne parmi les membres de la presse locale n'en avait entendu parler. Avant de quitter la salle, le représentant de l'Algérie, M. Bachir Belatrache a indiqué qu'il resterait à l'écoute.


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