La tentation du gouvernement français de
sévir contre les délocalisations semble un combat d'arrière-garde. La tendance,
française autant qu'européenne, est déjà forte. Le Maroc et la Tunisie en
profitent mieux que l'Algérie qui dispose pourtant d'un très grand potentiel
d'attraction.
Les centres d'appels téléphoniques des
grands fournisseurs d'accès internet ou d'opérateurs de téléphonie mobile ne
sont pas, loin de là, les seuls exemples de délocalisations au Maghreb. Ils
sont la partie visible d'un mouvement qui s'élargit. Ainsi le Maroc a connu une
augmentation de 15% du volume d'IDE en 2009 par rapport à 2008. Les
délocalisations ont généré sur place 35 000 emplois, et pourraient représenter
100 000 postes de travail en 2015. Après les projets d'infrastructures dont le
plus emblématique est le port de conteneurs de Tanger-Med, des joint-ventures
industrielles voient le jour : automobile, aéronautique, énergie ou la
délocalisation ou l'externalisation de services informatiques (off-shoring et
outsourcing), en provenance d'Europe, du Japon ou des États-Unis. Les
investissements effectivement lancés sont encore plutôt de petite taille, et
pour l'essentiel portent sur des opérations à faible valeur ajoutée. Le Maroc
commence néanmoins à accueillir des entreprises actives dans le secteur de
haute technologie (maintenance informatique, développement de logiciels, etc.).
Les entreprises françaises qu'elles soient publiques ou privées forment le gros
des investisseurs. Le signal d'une évolution qualitative a été donné par
Renault qui avec son usine dans la zone du port Tanger-Med, d'une capacité de
400 000 véhicules/an, devrait créer 6000 emplois directs et 30 000 chez les
fournisseurs locaux. La Tunisie n'est pas en reste. Le pays est le plus
industrialisé du Maghreb par rapport à la population.
Lisibilité marocaine et tunisienne
Pour la seule année 2009, la Tunisie a
enregistré la création de 15841 nouveaux postes d'emploi dont, et c'est très
significatif d'une tendance positive, 12966 postes dans l'industrie
manufacturière. Le pays a vu l'entrée en production de 206 nouvelles entreprises
à participation étrangère et 221 opérations d'extension par des entreprises
étrangères déjà implantées. Dans le tableau maghrébin, l'Algérie, où prédomine
outrageusement le secteur pétrolier, est bon dernier en termes d'IDE ou de
délocalisation. Les politiques économiques du Maroc et de la Tunisie, sont
d'une meilleure lisibilité et les conditions d'accueil du capital étranger y
sont nettement supérieures à celles offertes par l'Algérie dont le potentiel de
marché est pourtant considérable. Face à la concurrence est-européenne ou
asiatique, les trois pays d'Afrique du Nord sont loin d'être privés
d'arguments. Dans un contexte de crise globale où les entreprises doivent
réduire leurs coûts, la délocalisation est une évolution inéluctable. Dans la course
à l'attraction des investissements, le Maghreb, à proximité immédiate de
l'Europe dispose d'avantages comparatifs certains.
Résistances d'arrière-garde
On peut citer le fait que le français y
est couramment parlé, la disponibilité de main d'Å“uvre à un coût du travail bas
– autour d'un euro de l'heure - une fiscalité très attractive pour les
investisseurs, en particulier ceux dont la production est destinée à
l'exportation, et des infrastructures de bonne qualité. Les aspects moins
positifs résident de l'avis des entrepreneurs étrangers dans la performance
médiocre des administrations, les réflexes bureaucratiques ont la vie dure en
dépit de réels efforts de modernisation. Les réserves d'IDE au Maghreb sont
encore largement sous-exploitées et le mouvement tend à se renforcer pour
autant que les politiques économiques maintiennent un cap qui s'est révélé
fructueux. Les résistances des pouvoirs publics français et des syndicats qui
s'expriment, dans un contexte de crise, sur un mode alarmiste sont des réactions
d'arrière-garde. Elles traduisent un désarroi injustifié ou au moins largement
exagéré. Le développement économique du Maghreb est la meilleure garantie de la
stabilité régionale et surtout en vue de la maîtrise des flux migratoires qui
obsèdent les décideurs européens. Le développement des délocalisations et des
IDE est la manifestation concrète de la construction d'une intégration
économique en Méditerranée occidentale. Les entreprises européennes, mues par
des logiques de rentabilité et des contraintes objectives, apparaissent ainsi
fort en avance sur des politiques dont le discours est en décalage avec la
pratique.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Said Mekki
Source : www.lequotidien-oran.com