Le prochain round des négociations, prévu lundi à Manhasset dans la banlieue new-yorkaise, sur l'avenir du Sahara Occidental entre le Polisario et le Maroc sera décisif, estiment des spécialistes du dossier selon lesquels les Sahraouis iront à ces discussions pour faire avancer les choses. Mais également pour tester la volonté franche ou pas des Marocains à faire avancer les choses. Le Front Polisario prendra part aux pourparlers directs avec le Maroc pour «parvenir à une solution qui garantisse l'autodétermination du peuple sahraoui», a annoncé une source officielle sahraouie. La même source a précisé que les négociateurs du Front Polisario «participeront au prochain round des pourparlers dans le but de mettre en oeuvre la résolution 1754 (Conseil de sécurité)». Cette résolution appelle à des négociations directes entre le Front Polisario et le Maroc afin de permettre au peuple sahraoui de jouir de son droit légitime à l'autodétermination. C'est, en fait, autour de cette résolution que les négociations entre les Sahraouis et les Marocains vont se dérouler, même si les deux premiers rounds ont achoppé sur l'application de cette résolution. Le problème entre le Maroc et le Front Polisario est simple: il s'agit de l'application des instruments décidés par l'ONU, après le cessez-le-feu de 1991, pour la mise en place du processus référendaire devant permettre aux Sahraouis de se prononcer pour ou contre l'autodétermination. Le prochain round de Manhasset, soutenu autant par le Conseil de sécurité que par la communauté internationale en ce qu'il devrait déboucher sur un début de résolution de cette dernière question de décolonisation en Afrique, sera cependant difficile. D'abord les Marocains, poursuivant leur logique expansionniste, ont mis au point un plan d'autonomie du territoire en litige pour noyauter toute solution qui irait dans le sens d'un référendum pour l'autodétermination du peuple du Sahara Occidental. Ce plan d'autonomie, qui a irrité par son inconsistance les Américains, n'a reçu l'aval que des Français, et du «bout des lèvres», alors que l'Espagne, l'ancienne puissance coloniale et qui détient une grande part de responsabilité dans cette situation, s'évertue à souffler le chaud et le froid quant à sa position sur ce point précis. Or, pour de nombreux experts une solution conforme aux résolutions onusiennes, c'est-à-dire toutes celles appelant à un référendum pour l'avenir de ce territoire, est dans la situation internationale actuelle urgente. La montée de l'insécurité dans la région, induite par le terrorisme international, la récurrence des poches de tensions politiques en Afrique et le besoin de stabilité pour la région maghrébine sont autant de facteurs qui devraient inciter les parties au conflit à aller de l'avant et faire avancer le dossier, et le sortir de l'impasse dans laquelle il a été confiné par l'entêtement marocain à obstruer toute issue au conflit. «L'année prochaine sera celle de la paix, de la liberté et de l'indépendance, ou bien celle de la reprise de la lutte armée», avait lancé, la menace à peine voilée, l'ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Alger, M. Mohamed Yesslem Beïssat. Le but des négociations de Manhasset est de «parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette d'assurer l'autodétermination du peuple du Sahara Occidental», selon le Conseil de sécurité. De l'autre côté, c'est surtout la presse qui se charge de transmettre le point de vue des autorités marocaines sur ce dossier. Le quotidien «Aujourd'hui le Maroc», proche du Makhzen et des milieux d'affaires, estime dans son édition de vendredi que «le Polisario doit, également, comprendre que le langage de la menace est révolu», et poursuit qu'il est «inutile». «Le Maroc ne peut donner plus qu'il n'a fait, à savoir un plan audacieux et tourné vers l'avenir». Car pour les Marocains, le plan d'autonomie sur le Sahara Occidental, une sorte de troisième voie commercialisée dans les principales capitales européennes et à Washington avant le début des discussions de Manhasset, est perçu comme la seule alternative possible, et non négociable. Un entêtement qui bloque le plan de paix onusien, hypothèque l'avenir de la région et contient de lourdes menaces pour la sécurité et la stabilité au Maghreb. A moins d'un revirement spectaculaire lundi prochain dans la banlieue new-yorkaise, le ciel s'assombrit de plus en plus pour les «enfants des nuages».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Daouadi Miloud
Source : www.lequotidien-oran.com