
Scène du film Jardin d'EssaiEn présence de leur équipe artistique, trois courts métrages des plus intéressants ont été projetés mercredi dernier à l'Institut français d'Alger, devant un public bien attentif...Le premier est celui de Dania Reymond, ayant déjà été projeté aux dernières Rencontres cinématographiques de Béjaïa. Intitulé jardin d'Essai de (France/Algérie, 43', 2016) ce film pas si commode dans le traitement de sa forme a pour cadre un parc tropical d'Alger. Vous l'aurez reconnu il s'agit du jardin d'Essai, symbole de luxuriance et de faste.Le film est décliné en trois parties: le casting, les répétitions et enfin le tournage. C'est plutôt un objet filmique hybride car, associant à la fois le style du conte dans un format de making of.Le film va nous plonger comme dans un bel exercice de style dans les coulisses de fabrication d'un film. Il y a le langage cinématographique bien sûr qui interpelle et est intéressant à souligner, mais il y a le contenu qui ne saurait être omis même si encore une fois, le spectateur peut être vite dérouté et parasité avec l'ultraréalisme des scènes du film dont beaucoup, faut-il le souligner, relèvent de la pure improvisation des acteurs. Aussi, Samir, à savoir Samir El Hakim, est un réalisateur, rencontre des acteurs et les fait répéter. Son prochain film est un conte mettant en scène les jeunes d'une ville assiégée. Mais en pleine répétition, l'équipe se retrouve confrontée aux mêmes questions que les personnages de la fiction. Notons que cette ville était dirigée par une reine, appelé Tassaâdit, qui représente un peu la mère patrie, le pays avant qu'il ne soit envahi par des forces maléfiques. Si les comédiens vont au départ se mettre à lire le texte de cette fameuse légende, une espèce de glissement sémantique ou intertextualité va vite arriver pour faire confondre les deux thématiques entre elles et générer un sentiment de mal-être général. Mais la moralité de tout ça est qu'il faut toujours résister et ne pas perdre espoir, mais contribuer à vivre malgré tout, sans jamais courber l'échine. Bien sûr, rien n'est dit frontalement, mais la réalisatrice a réussi à nous faire parvenir son «message».Un «discours» qui pourrait être le même que celui revendiqué dans le court métrage Celui qui brûle de Slimane Bounia (Algérie/France). Durant 17 mn, ce film va osciller entre humour potache et drame. S'il commence par la vue d'une immolation ratée, le film va tâtonner au départ pour finir par aborder un sujet bien philosophique à la fin, à savoir celui de se prendre en main et ne pas laisser les autres dicter notre façon de voir ou de se comporter. Voici donc un mérou, poisson congelé qui va passer de main en main des montagnes kabyles jusqu'au littoral, pour finir par reprendre vie et plonger dans le grand bain des possibles. Tout d'abord, d'un jeune Kabyle qui rêve d'atteindre l'Amérique, une jeune femme qui tente bien de fuir le pays et rejoindre son amour de l'autre côté de la Méditerranée...Loufoque comme film, il n'en recèle pas moins des vérités amères sur le vécu des Algériens. Dans le titre du film il y a cette passion qui nous consume, ce feu qui brûle en chacun de nous, qui nous ronge de l'intérieur, cette envie du changement déclinée sous forme de fable symbolique. La question du départ et du combat pour sa survie est traitée d'une autre manière enfin dans le film Je te promets de Mohamed Yargui (Algérie, 17', 2016). Ici c'est le thème du sacrifice et du déracinement qui est abordé. C'est un film qui traite du destin brisé des filles dont on se sacrifie souvent pour que le garçon dans certains villages puisse faire des études et aller plus loin. Ici c'est le cas de cette famille et on assistera atterré à l'évolution des deux côtés de deux personnages, la fille qui reste à la maison, la fête de son mariage, le garçon qui lui annonce ce jour là son inscription aux Beaux-Arts, et par-delà des années son retour pour assister à son enterrement, et voir son âme flotter dans le ciel.Une sorte de cycle des saisons, la roue de la vie certes, mais pour mieux accentuer le tragique de cette destinée humaine qu'on se doit de briser, renoncer, voire abjurer. Mohamed Yargui filme ces plans de manière très aérienne, voire poétique, avec douceur, mais jamais de légèreté. Ses images sont souvent teintées de mélancolie, de silence des damnés. «Sur les chemins qui montent vers les lieux de sa jeunesse, et le long des sentiers escarpés et sinueux, Allili arpente en silence le cheminement de ses pensées, dévoilant peu à peu l'histoire de sa soeur Baya et le fardeau qu'il porte depuis l'enfance et qui le lie à cette dernière», dit ce joli synopsis. Une belle soirée qui nous a été offerte en tout cas à l'Institut français d'Alger, rehaussée par la présence des nombreux jeunes acteurs, ce qui donnera encore de la fraîcheur à cette nuitée du court métrage.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com