Alger - A la une

Replacer le patrimoine architectural algérien au c'ur d'une vraie stratégie territoriale



Par Nidam Abdi(*)
Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné, à l'occasion de la célébration de la Journée du savoir (Yaoum El-Ilm), le 16 avril, la restauration de toutes les vieilles mosquées d'Algérie. Il y a urgence aujourd'hui de penser que ce sont tous les patrimoines architecturaux qui doivent être réhabilités, à la faveur d'un développement durable respectueux des identités culturels des citoyens algériens.
En positionnant l'Etat comme garant de la protection des anciens édifices religieux du pays pour préserver leur rayonnement cultuel et culturel, le président Abdelmadjid Tebboune met en lumière l'absence, en Algérie, à la fois d'une conscience du mécénat des acteurs économiques et d'une politique patrimoniale architercturale des collectivités territoriales.
A la différence de ce qui se pratique dans des pays voisins comme le Maroc, la Tunisie, l'Espagne, la France et l'Italie, il est très rare en Algérie, peut-être même pas du tout, d'avoir une entreprise, publique ou privée, un industriel ou une fortune qui investisse dans la protection d'un bien patrimonial. Comme si ce rôle civique et honorifique de s'engager pour la valorisation culturelle de sa ville ou de son village ne participait pas à la mise en lumière de son image publique.
N'a-t-on pas une responsabilité sociétale lorsqu'on a les moyens d'aider par exemple à la réhabilitation d'un patrimoine architectural inestimable ' Ainsi, si on prend l'exemple de Sonatrach, la plus importante entreprise du continent africain, il est surprenant qu'elle ne possède aucunement un département ou une fondation dont le rôle serait d'aider à la valorisation culturelle des territoires. Parmi les récentes nominations à la tête du géant mondial des hydrocarbures, aucun dirigeant n'est en charge des relations avec la société civile algérienne.
Du côté de l'entreprise privée algérienne, ce n'est pas mieux. Alors que le Hirak a mis en lumière la mauvaise gestion d'un patronat, sous l'ère Bouteflika, où le profit l'emportait sur toute autre considération, un an plus tard, on attend toujours l'avènement d'entrepreneurs-mécènes.
À ce jour, il semble qu'aucune représentation patronale algérienne n'a émis le souhait de participer à la protection et la valorisation des patrimoines du territoire du plus vaste pays d'Afrique. Concernant les collectivités locales, elles ont abandonné, depuis longtemps, leurs attributions sur le patrimoine architectural à l'administration de l'Etat.
Le bouteflikisme, dans un esprit centralisateur, a accentué l'emprise bonapartiste des walis et chefs de daïra sur les projets liés au développement des villes. Une politique néfaste qui a éloigné les élus municipaux de leurs responsabilités sur le patrimoine, au profit d'autorités locales ne maîtrisant pas les identités des territoires qu'elles dirigent.
À ce sujet, l'exemple le plus flagrant, celui d'Alger et de sa Casbah, est devenu un marronnier pour la presse algérienne de ces vingt dernières années. Pour appliquer une vraie politique patrimoniale architecturale dans la capitale, il ne suffit pas, aujourd'hui, de prendre en charge uniquement le mausolée du saint patron d'Alger Sidi Abderrahmane At-Thaâlibi, mais aussi de s'occuper de l'environnement d'un édifice.
À ce titre, l'accord, en février dernier, de confier la rénovation du vieux bâti d'Algérie à l'Agence nationale pour la rénovation urbaine française (Anru) a de quoi surprendre. Comme si le pays, avec toute son élite professionnelle du domaine patrimonial urbain, à l'intérieur comme dans la diaspora, était incapable de réunir des experts algériens pour édifier un organisme ou une agence compétente en la matière.
La décision du président Tebboune d'annoncer qu'il va prendre sur lui la restauration des vieilles mosquées d'Algérie est louable. Mais pour devenir un objectif de prise de conscience générale des Algériens envers le bien commun que représente le patrimoine, il serait opportun d'ouvrir un vrai débat public sur le sujet. Et pourquoi pas, instaurer, une fois par an, une journée du patrimoine architectural algérien.
N. A.
(*) Editeur de la veille stratégique Territorial Challenges, spécialisée en transition numérique et énergétique des territoires.
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