
Paru aux éditions Casbah, ce récit de 278 pages de Abdellatif Boukehil, intitulé Sur les traces du phénix, explore les pensées et les nombreuses introspections de l'auteur, qui nous livre, à travers les huit chapitres de cette "autobiographie" atypique, une analyse et un constat de notre société moderne, qu'il confronte avec une grande acuité aux décennies passées, au travers d'un voyage en voiture, partant d'Alger pour clore sur l'antique Mascula, sa ville natale. Portant chacun le nom de la ville traversée comme Ahnif, Lakhdaria ou Sidi Embarek, les chapitres du livre font ressortir un trait du caractère de l'auteur, qui est successivement nostalgique, révolté ou fier de ce qui s'offre à ses yeux tout au long de ce périple. L'un des rares moments où il est en dehors de son habitacle est cette scène de réveil qui ouvre le récit, précédée par l'enclenchement du "buzzer", annonciateur de sa longue escapade qui le mènera vers la ville des Aurès, dans laquelle il décrit ses moindres faits et gestes, et l'appréhension de la longue route qui l'attend à cause des embouteillages. Cette angoisse matinale est d'ailleurs amplifiée par la description de sa toilette quasi machinale et la froideur, au sens propre comme au figuré, de son petit studio en cette matinée pluvieuse. Les infinis bouchons qui sont le lot quotidien de millions d'Algériens chaque jour transforment l'autoroute en "fleuve charriant des engins mécaniques". Des embouteillages qui pourraient diminuer le week-end, d'après Boukehil, si ce n'est l'ouverture des écoles durant ces jours, et les parents les accompagnent, "faute de transport scolaire". C'est par ce premier constat qu'il bascule dans l'analyse, en mettant en exergue par un humour grinçant les réalités amères que subissent quotidiennement les Algériens : retards technologiques, économiques et obstination des responsables à imposer des décisions en déphasage avec les mutations sociales. Il prendra pour exemple afin d'étayer ses propos, du reste forts pertinents, le manque à gagner de l'économie algérienne depuis le changement du week-end, une décision prise "d'autorité" insistera le narrateur, et dont les conséquences désastreuses nous guériront "définitivement du rêve insensé de rattraper nos retards accumulés", ou encore l'état des routes, parsemées de ralentisseurs défigurant par-là même tout le paysage... et les véhicules. Et qu'en est-il aussi de ces "jeunots" qui font la loi sur nos routes, cette "génération casquette et Clio blanche qui vient de voir le jour" et qui se permet tout ', ironise-t-il. Alternant passages descriptifs rythmés, à l'image des sinuosités et serpentements de la route, et ceux narratifs, puisés du fin fond de sa mémoire, notre explorateur d'un jour se remémore la guerre d'indépendance dont il a gardé malgré tout une certaine nostalgie, une époque où musulmans et juifs cohabitaient dans la plus grande harmonie. Une entente ébranlée, regrette-t-il toutefois, par "le décret Crémieux de 1870 qui avait réussi à les aliéner et les éloigner des Algériens de confession musulmane". Ce phénix dont il nous parle finalement, et dont il aura découvert toute la beauté avec quelque fragilité, n'est autre que l'Algérie qui, malgré ses retards et autres failles, reste vaillante et trouve toujours le moyen de renaître de ses cendres. La colonisation puis le terrorisme n'ont pu mettre à genoux cette belle terre, mais, faudrait-il encore, afin de la protéger, "balayer devant sa porte et tenir le passé par la main, sans jamais succomber au pessimisme stérile et à l'auto-flagellation ni à la béate autosatisfaction".Yasmine Azzouz"Sur les traces du Phénix", de Abdellatif Boukehil, Casbah éditions, 278 pages, 2016, 800 DA.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yasmine AZZOUZ
Source : www.liberte-algerie.com