Alger - Revue de Presse

Remaniement, barbouzeries et réminiscences algériennes

Il y a des moments où l'actualité française provoque en moi une flambée de réminiscences algériennes. Je ne parle pas de ce qui concerne les récents films et documentaires à propos de la Guerre d'Algérie. Pour ce thème, la cause est entendue. La mémoire algérienne de la France ne cesse d'être explorée et, souvent même, manipulée. A chaque fois, le constat est le même. C'est toujours à Paris que l'on donne le « la » quant à cette période tragique de notre histoire. Côté algérien, on continue, pour diverses raisons, d'être incapable de faire connaître son opinion si tant est prouvé qu'il en existe une. Mais passons car là n'est pas l'objet de cette chronique.

Revenons plutôt sur le feuilleton ridicule à propos du remaniement ministériel annoncé par Sa Majesté Nicolas Sarkozy depuis près de six mois. Ah, mes amis. Quel vaudeville ! Un jour, ce fut Jean-Louis Borloo. Un autre, ce ne fut plus lui. Le lendemain, vint le tour de François Baroin. La veille, c'était Michèle Alliot-Marie. Le surlendemain, ce fut Bruno Le Maire et quelques jours plus tard, on laissa entendre que, finalement, le vizir François Fillon pourrait rester à son poste après avoir accepté de s'humilier en clamant publiquement, tel un courtisan, son attachement au velours du fauteuil premier-ministériel.

D'émissions télévisées en flashs radiophoniques matinaux en passant par les inévitables éditoriaux et infos confidentielles de la presse écrite, ce remaniement a fait l'objet d'un impressionnant bombardement. Des commentaires et des analyses à ne plus savoir en lire à propos des chances des candidats ou bien des mérites attribués par le Palais à l'un ou encore à propos des blâmes et disgrâces passés et susceptibles d'éliminer l'autre. Du papier, du bla-bla, du vent et du n'importe quoi pour un non-événement. Où est l'Algérie, me direz-vous ? Rassurez-vous, j'y arrive.

En assistant, forcé car comment y échapper, à ce charivari, je me suis trouvé projeté au milieu des années 1980. A l'époque, l'Algérie se tendait comme un filin d'acier prêt à se briser. Vint alors l'annonce plus ou moins officielle d'un prochain congrès exceptionnel du Front de Libération nationale, ce parti dont les gamins de vingt ans ignorent, aujourd'hui, qu'il fut unique. Ça va bouger au sommet, affirmèrent alors les rumeurs. On disait que les berbéristes allaient faire leur entrée dans le Comité central du FLN. Que des anciens du Parti de l'avant-garde socialiste allaient les rejoindre, de même que les rares libéraux qui essayaient de faire entendre leur voix dans le fracas du discours propre au socialisme spécifique.

Supputations, plans sur la comète. Il fallait, disait-on, juste attendre le congrès. Pas d'impatience ni de désespérance puisque les choses allaient enfin changer. Dans les salles de rédaction enfumées, que de discours, que d'analyses. Combien étaient-ils, parmi ces devanciers confrères, à se rendre compte que tout cela n'était qu'illusion et qu'il ne s'agissait que de distraire les gens, de les occuper et, surtout, de leur faire oublier les vrais enjeux.

On n'a pas tort de dire que l'un des faits marquants de la présidence Sarkozy aura été l'avènement d'une com' tonitruante qui a dicté son agenda aux médias, à l'image de ce qu'avait réussi à faire Ronald Reagan, lors de son premier mandat. Cette histoire de remaniement n'est ainsi qu'un élément parmi les multiples agitations puériles que les journalistes ont été priés de monter en épingle. Mais pour ce cas précis, notons tout de même, que le FLN avait déjà tout compris de l'avantage à tirer d'événements annoncés longtemps à l'avance et dont les promesses de changement n'engageaient que les naïfs capables de les gober.

 Il y a un autre événement qui a réveillé des sensations algériennes. Celui-ci est plus grave et, s'il venait à être confirmé, en dirait long sur la déliquescence qui accompagne la présidence de Sarkozy. Nombre de confrères parisiens – même ceux qui préfèrent ne rien écrire sur le sujet – sont absolument catégoriques sur le sujet : des journalistes seraient espionnés pour cause d'intérêt trop grand pour des affaires susceptibles de faire du tort au locataire de l'Elysée. Voilà comment j'ai réalisé que j'avais perdu l'habitude de parler au téléphone en me sachant, écouté et enregistré.

 La démocratie et l'Etat de droit c'est, pour les journalistes, l'assurance de la confiance et même de l'insouciance dans l'exercice de leur métier. Bien entendu, il ne faut pas être naïf. Les pressions ont toujours existé en France, les enquêtes officieuses aussi. On se souvient, par exemple, des fameux « plombiers du Canard ». Mais les réflexes se sont émoussés depuis l'époque où la presse, surtout de gauche, était surveillée de près. Aujourd'hui, nombre de journalistes français appellent leurs sources à leur travail ou à leur domicile sans même se douter que cela pourrait se retourner contre eux. Et la disparition progressive de la bonne vieille cabine téléphonique anonyme apparaît comme un symbole incitant au relâchement. Autre exemple qui en dit long sur la confiance qui règne dans les rédactions parisiennes. Nombre d'entre elles ne possèdent pas de coffre et les bureaux des enquêteurs ferment rarement à clé (ou alors ils disposent d'un caisson qu'un débutant pourrait ouvrir avec une épingle… » Les dictatures imposent la rigueur, la prudence et une nécessaire paranoïa. Elles obligent à se méfier du téléphone, surtout lorsqu'il est portable et rappellent en permanence que tous les murs ont des oreilles. Je me rends compte que la démocratie érode et chasse ce qui-vive qui peut souvent s'avérer salvateur. Et cela se paie cash quand réapparaissent – et elles finissent toujours par le faire – les pratiques dignes de Big Brother.






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