
Il y a dans l'action que mènent les pouvoirs publics dans la capitale et partout ailleurs, ces dernières semaines, quelques effets de portées multiples qui ne sauraient être ignorés sans risquer de réduire cet effort et d'occulter la vision qui les sous-tend. Les Algériens, les citoyens algériens qui ont à c'ur de voir réhabiliter la cité et la vie dans la cité applaudissent à ces décisions et voient leur mise en 'uvre comme la preuve cinglante que derrière ces actions, il y a une détermination à mettre un terme à ce qui a longtemps empoisonné la vie des Algériens et empêché leur quotidien de leur offrir la sérénité et la paix auxquelles ils aspiraient après la décennie noire. Outre cela, il est évident qu'une action qui procède d'une application stricte des lois de la République, dans un contexte où le braconnage généralisé, l'insécurité et l'impunité ont prévalu et donné à croire que leur emprise était désormais irréversible, est à même de réhabiliter, non plus seulement l'autorité de l'Etat et des lois de la République, mais également ' c'est le plus important ' la foi des Algériens dans cette autorité et dans sa capacité à prendre en charge l'application de ces lois et la mise en 'uvre de politiques urbaines reconnues à l'universel. A l'évidence, la politique urbaine mise en 'uvre actuellement et qui procède d'un processus de réhabilitation des quartiers et des villes ne peut concrètement se mener et aboutir aux résultats auxquels aspirent tous ceux qui ont déjà connu ces conditions dans les années 1970 notamment, que si toutes les actions ciblées sont toutes conduites à leur terme. On ne peut prétendre nettoyer la ville des immondices en s'attaquant exclusivement aux immondices. Il faut également cibler les comportements et les phénomènes qui sont à l'origine d'une prolifération endémique des ordures ménagères au-delà des espaces propres à cela.
L'INFORMEL, LE ROI DE TOUS LES MAUX
Les acteurs de l'informel, au fur et à mesure de leurs avancées, de leurs retraits tactiques face aux pouvoirs publics, et de leurs offensives, ont fini par croire qu'ils avaient conquis la cité et que de ce point de vue-là, les choses étaient devenues irréversibles, convaincus, en cela, que ceux qui les laissaient faire avaient peur d'eux ou de leur réaction. Des années durant, les rues, sous le règne du commerce informel, et de ses étals improvisés qui envahissaient la vie citoyenne chaque jour un peu plus, finissaient par se façonner une histoire entre ces murs et par se créer une légitimité de fait, induite notamment par le sentiment que les populations, bien qu'encombrées par un bric-à-brac inextricable sur la voie publique, traitaient avec ces acteurs du commerce clandestin et donc les reconnaissaient et les adoptaient. L'informel, sans être la cause première, est aujourd'hui le responsable désigné de tous les maux de la cité, car dans le brouhaha tumultueux de sa prolifération, tant d'abus et de blessures infligées à la cité ont été commis.
LES PARKINGS SAUVAGES, UN RACKET LONGTEMPS SUBI ET TOLERE
L'informel et les parkings sauvages ont évolué de pair, l'un nourrissant l'autre, et l'on ne s'étonnait plus de voir des chefs proclamés de parking, marquer de caisses et d'autres objets non identifiables des emplacements sur les trottoirs pour les réserver à des vendeurs à la sauvette qui désignaient, de la sorte, leur territoire opérationnel et leurs complices. Ce qui est surprenant, ces dernières années, ce sont les pratiques dont l'évolution permet d'apprécier à quel point la rue a été un territoire conquis pour cette catégorie. « Vous vous ennuyez ' Vous n'avez pas d'argent ' Investissez un trottoir en ville qu'un tel a déserté le temps d'un court passage en prison, imposez-vous auprès des automobilistes en leur faisant comprendre que vous gardez le véhicule, tout en leur suggérant par votre mine détachée et grave, que vous les protégez de vous-même, du racket en somme, et vous voilà propriétaire d'un parking dont vous fixerez les prix à la tête du client et imposerez le péage aux récalcitrants. Après tout, la rue vous appartient ».
CELA SUFFIT-IL POUR SAUVER LA VIE DANS LA CITE '
Il est évident que l'éradication des marchés informels et des parkings sauvages n'est que la démarche inaugurale dans un processus impliquant d'autres étapes plus complexes qui engagent tous les habitants de la cité et où les actions de sensibilisation devront rivaliser avec les actions de coercition, car une telle entreprise procède d'un « tout sinon rien » qu'il faudra entrevoir d'ores et déjà comme une nécessité. La vie dans la cité, c'est aussi la gestion optimisée des ordures ménagères qu'éboueurs et citoyens ne savent pas ou ne veulent pas assumer. Comment expliquer qu'un camion d'ordures ménagères soit en soi une ordure ménagère ambulante, dégageant sur son passage une odeur qui blesse l'odorat et lâchant du lest sous forme de détritus et autres immondices ' Comment expliquer que des citoyens sortent les ordures ménagères à des heures indues, que d'autres les jettent par les balcons et qu'enfin personne, dans la cité, ne se sente responsable de ce qui arrive ' Comment expliquer que les commerçants n'affichent pas leurs prix, refusent de facturer et d'acheter à la facture et pratiquent la fraude fiscale avec autant d'abnégation, etc. Comment expliquer qu'en dépit des lois, des bureaucrates s'érigent en législateurs et improvisent leurs propres lois, rendant la vie impossible à leurs concitoyens '
FORCE DEVRA REVENIR A LA LOI
Pour peu que ceux chargés de la faire respecter soient aussi sous la loupe pour s'assurer qu'ils la respectent et l'incarnent, force sera à la loi dans tous les espaces de la vie publique pour réhabiliter l'idée, bafouée tant de fois, que personne ne peut impunément braver les lois de la République. Pour peu aussi qu'éradication des fléaux ne rime pas avec exclusion et marginalisation, rien ni personne ne pourra entacher d'illégitimité ce qui se mène aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, il y a trois bonnes raisons pour aller jusqu'au bout. Un, il était temps qu'on réhabilite la ville et la vie dans la cité et qu'on commence à construire une qualité de vie algérienne. Deux, il était temps qu'on détrône enfin le mythe populiste qui consiste à croire que les lois de la République sont faites pour être bafouées. Trois, le destin universel de l'Algérie imposait que l'on se penchât sur la réhabilitation de l'image que nous donnons au reste du monde.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Horizons
Source : www.horizons-dz.com