Alger - A la une

Raffinements sincères



Avec son visage émacié qui n'est pas sans rappeler celui du président Boumediene mais un regard d'une grande douceur, parfois parcouru d'éclairs presque imperceptibles, Mustapha Adjaoutcache bien la passion qui l'habite et qui le fait osciller sans cesse entre la miniature, l'enluminure, la céramique d'art et la décoration sur bois, toutes disciplines anciennes et exigeantes. On se demandait ce qu'il devenait, lui qui habituellement est assez discret, participant de loin en loin à des expositions collectives, comme cet hommage à Mustapha BenDebbagh en février dernier au Musée national de l'enluminure, de la miniature et de la calligraphie d'Alger. Voilà qu'il réapparaît enfin et de belle manière avec l'exposition personnelle que lui consacre le Musée national des Beaux-arts d'Alger. Une quarantaine d'?uvres sont là, dans la variété des disciplines que maîtrise l'artiste, la constance de son raffinement technique et son univers thématique profondément ancré dans son parcours existentiel. La terre nourricière et le monde rural d'antan magnifié sont là pour nous rappeler qu'il est né en montagne, en 1948, à Béni Ourtilane. Une enfance dure mais pétrie de valeurs ancestrales et d'une dimension généreuse en dépit des privations. L'autre thématique traverse la guerre de Libération nationale qu'il n'exprime pas par suivisme mais qu'il a vécue enfant de maintes façons, la plus terrible étant, en 1956, l'exécution de son père par l'armée coloniale.La suite, soit le déplacement de la famille à Alger en pleine guerre, apparaît essentiellement à travers un portrait de Mouloud Feraoun qu'il a confié à son ami Mustapha Tadjer et qu'il s'est contenté d'enluminer parce que, dit-il, avec une simplicité et une humilité que nous aimons chez cet homme, «je ne maîtrise pas assez les figures humaines». L'hommage s'adresse à l'écrivain, mais aussi et peut-être surtout au directeur de l'école Nador au Clos Salembier (El Madania), le seul qui accepta de l'inscrire et lui ouvrit les portes qui le menèrent plus tard vers l'Ecole des Beaux-arts. Il en fait de même avec l'artiste Baya Mahiedine, grande dame qui sut l'encourager. Mais s'il est une «thématique» transversale à l'ensemble de l'?uvre de Mustapha Adjaout, c'est bien celle de la beauté entendue non pas dans un simple plaisir formel, mais dans une tension vers la foi et l'humain, si forte en lui qu'elle confine parfois à une naïveté assumée. Notre confrère, l'écrivainMerzak Bagtache, le rattache même à «la gestuelle soufie» dans sa contribution au beau livre sur la vie et l'?uvre de l'artiste, disponible à la boutique du musée ainsi qu'un grand porte-folio de reproductions.Ceux qui se rendront à l'exposition comme nous l'y invitons pourront prendre la mesure de l'exigence artistique et technique de disciplines où Adjaout sème la fraîcheur de ses créations sur des matériaux précieux comme la feuille d'or, le parchemin et toutes sortes de papiers rares. L'exposition comprend aussi des vitrines instructives : divers documents et coupures de presse sur son parcours, des photos sur ses réalisations à grande échelle, comme les plafonds du salon d'honneur de l'aéroport d'Alger, et surtout ses instruments de travail. Une exposition à la rencontre d'une ?uvre et d'un homme de qualité.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)