C'est une visite qui a valeur de test
pour les relations franco-algériennes. En se rendant à Alger ce 24 novembre,
Jean-Pierre Raffarin aura le loisir de se rendre compte si le climat entre les
deux pays s'est bel et bien détendu ou s'il s'est de nouveau alourdi. Pour
mémoire, l'ancien Premier ministre français a été chargé en septembre dernier
par le président Nicolas Sarkozy d'une «mission sur la coopération économique
entre la France et l'Algérie et le développement des investissements dans les
deux pays». But officiel de la démarche : identifier et lever les obstacles
entre les deux pays pour leurs investissements économiques respectifs.
De manière plus officieuse, cette mission
traduit la volonté française de ne pas « perdre le contact » avec l'Algérie,
l'un des rares pays à présenter un solde commercial négatif avec la France (les
exportations françaises à destination de l'Algérie ont atteint 5 milliards
d'euros pour les huit premiers mois de l'année). Attentifs aux remontées
inquiètes de nombreux patrons, notamment de PME installées dans le Sud de la
France, le locataire de l'Elysée veut s'assurer que le «made in France»
continuera à être prépondérant dans les importations algériennes. «Avec la loi
de finances complémentaire de 2009, de nombreux acteurs économiques ont évoqué
la possibilité d'un boycottage non avoué des produits français. Il semble que
les autorités françaises ont réalisé que l'Algérie était un marché qui risquait
de ne plus être aussi captif», explique un haut responsable français qui
requiert l'anonymat. Pour lui, comme pour d'autres observateurs, la mission de
Raffarin prépare aussi l'avenir. «Avec ses ressources financières et les
réformes qu'elle va tôt ou tard accomplir, l'Algérie est susceptible de
connaître un boom économique sans précédent que les entreprises françaises ne
doivent absolument pas rater en cette période de crise», poursuit ce haut
responsable.
Mais alors que l'on croyait que les tensions étaient dissipées
entre les deux capitales, surtout depuis l'éviction de Bernard Kouchner du
ministère des Affaires étrangères, voici que se profilent de nouveaux motifs de
crispation. C'est ainsi que l'Algérie n'aurait guère apprécié que la France
oppose son veto au Conseil de sécurité pour empêcher une mission d'enquête au Sahara
occidental après les violences qui ont ensanglanté Laâyoune. Dès lors, la
visite de Jean-Pierre Raffarin va permettre de vérifier que le soutien
inconditionnel de la France au Maroc pour ce qui est de la question du Sahara
n'interférera pas une nouvelle fois dans les relations économiques entre les
deux pays. De fait, l'une des craintes de l'Elysée, c'est que le gouvernement
algérien n'use de mesures de rétorsion à l'égard des entreprises françaises,
notamment pour ce qui est des marchés publics liés au plan quinquennal pour la
période 2010-2014 dont l'enveloppe est de 286 milliards de dollars Des craintes
démenties dans la réalité
Pour autant, ces craintes récurrentes
sont démenties par la réalité. Depuis le début de l'année, plusieurs grands
contrats ont été remportés par des entreprises françaises. C'est ainsi que les
entreprises publiques Ferrovial et Metro d'Alger (EMA) viennent de signer avec
le groupe industriel Alstom un accord de partenariat pour assembler des
tramways dans une usine à Annaba. D'un montant de 23 millions d'euros, cette
société mixte d'assemblage mais aussi de maintenance sera détenue à 49% par
Alstom et 51% par l'Etat algérien au travers des entreprises EMA (10%) et
Ferrovial (41%). De même, La société française Technip a remporté en septembre
dernier le projet de modernisation et de réhabilitation de la raffinerie
d'Alger pour un montant de 678 milliards d'euros.
Enfin, et c'est l'un des symboles du réchauffement des relations
entre Paris et Alger, deux assureurs français, La Macif et Axa viennent d'être
autorisés à s'installer en Algérie. Dans le cas du second assureur, les
tergiversations et incertitudes liées au démarrage de ses futures activités
algériennes avaient fait figure de cas d'école illustrant les tensions franco-algériennes.
Evoqué plusieurs fois à haut niveau, ce dossier a finalement été débloqué avant
même que Jean-Pierre Raffarin n'entre en scène.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Akram Belkaid, Paris
Source : www.lequotidien-oran.com