Les députés ont approuvé juste à la
veille de l'Aïd le projet de loi de finances 2011 qui prévoit des dépenses de
6618 milliards de dinars. Le semblant de grogne au sujet de la perte de prérogative
du parlement n'est pas le plus important. C'est l'explosion des dépenses
publiques qui suscite des questions.
La session de l'APN qui a précédé le vote
a été marquée par un débat très terne à peine émaillé de quelques
manifestations d'humeur dont le rapport préliminaire de la commission du budget
avait déjà résumé le motif en soulignant que le texte présenté par le
gouvernement « ne comporte pas de dispositions importantes puisqu'un bon nombre
de mesures à dimension économique et sociale a déjà été pris en charge dans la
LFC 2010 ». Le reproche récurrent sur la désinvolture de l'exécutif à l'égard
des prérogatives du parlement n'est cependant pas l'aspect le plus important
dans la présentation de ce nouveau budget. La loi de finances 2011 est surtout
caractérisée par le niveau sans précédent des dépenses publiques et
singulièrement du budget de fonctionnement de l'Etat. La pratique budgétaire
des autorités algériennes prolonge ainsi , en 2011,les tendances au gonflement
de la dépense publique sous toutes ses formes observées au cours des dernières
années.
Un «pari sur l'avenir»
Le niveau atteint par les dépenses de
l'Etat soulève aujourd'hui le problème de leur contrôle et de la capacité des
autorités algériennes à maîtriser leur croissance. Confrontés au cours des
dernières années à la mollesse des performances de l'économie algérienne en
matière de croissance économique, les gouvernements successifs semblent ne pas
avoir d'autre choix que de s'appuyer sur la dépense publique pour stimuler la
croissance et l'emploi quitte à recruter massivement dans l'administration et à
multiplier les «emplois d'attente». C'était d'ailleurs déjà en substance le
constat dressé par le Chef de l'Etat lui-même à l'occasion de l'adoption de la
LFC 2010 par le Conseil des ministres du 25 août dernier. «La présente loi de
finances complémentaire reflète une forte tension sur le budget de l'Etat au
moment même ou de nombreux autres pays sont contraints à une réduction
importante des dépenses publiques. C'est donc un pari pour préserver la
dynamique de développement économique et social avec laquelle le pays a renoué
depuis une décennie à l'issue d'une période douloureuse» avait commenté le
Président de la République. Les motifs d'espoir et le pari sur l'avenir évoqué
par le Chef de l'Etat, on les trouvera peut être du côté des dépenses d'équipement
qui sont fixées par la loi de finances 2011 à un peu plus de 3170 milliards de
dinars. Ce niveau de dépenses s'explique d'abord par l'importance des
programmes d'investissement en cours dans les infrastructures économiques de
base. Près de 500 milliards de dinars pour les routes, le même montant pour le
train et près de 200 milliards pour l'hydraulique .Les trois secteurs restent
les principaux bénéficiaires de l'allocation des ressources avec l'éducation
–formation dont les dépenses d'équipement atteignent également près de
200milliards. Deux autres postes prennent également une importance croissante
au fil du temps : l'habitat avec plus de 500 milliards de crédits et le budget
réservé à l'encouragement de l'investissement économique qui est également en
très forte progression
Dérapage
Sur les 3430 milliards de dinars du
budget de fonctionnement de l'Etat, Les dépenses salariales vont représenter
une bonne moitié, en tenant compte du recrutement programmé de 50 000 nouveaux
fonctionnaires, de l'application du nouveau régime indemnitaire ainsi que du
budget consacré à l'emploi des jeunes diplômés. L'autre moitié, à peine plus
petite, sera constituée en 2011 par des transferts sociaux dont l'augmentation
au cours des dernières années semble également une tendance irrésistible des
budgets algériens. Les subventions aux établissements hospitaliers se taillent
la part du lion tandis que le soutien des prix qui avait quasiment disparu au
cours des années 90 fait au fil des années un retour en force sous la forme non
seulement du soutien des prix des produits alimentaires, mais aussi des prix du
gaz et de l'électricité ou encore des prix des transports qui conjointement
avec les multiples pensions versées par l'Etat sont autant de postes de
dépenses qui pèsent de façon croissante sur le budget.
L'augmentation très sensible du niveau des dépenses de
fonctionnement de l'Etat en 2011 (plus de 600 milliards par rapport à 2010)
plaide en faveur de l'hypothèse d'un dérapage voire d'une perte de contrôle sur
ces dépenses. Ce dérapage apparaît d'une part comme la conséquence d'un choix
plus ou moins délibéré des autorités algériennes en faveur de l'augmentation
des transferts sociaux et de la croissance du nombre de fonctionnaires .Mais
elle est aussi, d'autre part, le résultat imprévu de la montée des luttes
sociales et des revendications salariales couronnées de succès de nombreuses
catégories de fonctionnaires.
Notons que ce dérapage est à nouveau constaté dans des termes sans
équivoque par le Président de la République lui-même : « Le budget de
fonctionnement a désormais atteint des seuils insoutenables et cette situation
doit être transitoire. C'est à ce prix que nous poursuivrons le développement
de notre pays sans léguer aux générations futures une dette publique très
lourde».
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Yassine Taleb
Source : www.lequotidien-oran.com