Le procès Rachid Ramda vous connaissez ? Un peu, légèrementou pas du tout. Ouvert en France pour juger un auxiliaire des attentats dansles métros parisiens en 95, le « spectacle » peine à retenir l'attention dupublic spécialisé algérien, celui des analystes occidentaux et peut-être mêmecelui de l'audimat français. Pourtant, la « scène » réunit le bon casting pourune sorte de déballage médiatique intéressant et offre prise à des discours derécupérations, de manipulations d'opinion ou de procès politiques retentissants: on y retrouve le GIA algérien, un présumé coupable qui répond au portrait etqui a effectué le circuit classique, FIS-Pakistan-Londonistan, la DST, lesvictimes civiles et les labyrinthiques hypothèses de la décennie 90. Conditionné par unedécennie particulière, on aurait donc pu attendre une sorte de réactivation deshypothèses et des thèses de la décennie 90, une sorte d'éclairage mêmeretardataire sur les troubles et barbouzeries de cette époque, un procèsindirect et opportuniste des « janviéristes » algériens ou, au moins, uneanalyse plus juste des rapports franco-algériens sur ce dossier, uneréaffirmation corrigée de leur coopération sur le dossier de la lutteantiterroriste ou une polémique capable d'alimenter les médias des deux pays.Il n'en fut rien. Des journaux algériens ont été tentés par des « unes » sur lesujet avant de renvoyer le sujet en bas de page et les défenseurs de Ramda ontconvoqué des noms de « l'autre » thèse comme Gilles Deleuze, le patron deséditions La Découverte et le promoteur du livre « La sale guerre » de Souaïdia,sans obtenir plus que l'effet d'une petite parenthèse. Le procès Ramda estresté donc celui d'un présumé coupable et n'offre rien de politique nid'historique. Les raisons ? Elles sont évidentes : le procès vient en retardd'une décennie, il intervient après le 11 septembre « doctrinal », iln'intéresse plus les nouvelles classes politiques des deux pays, ses victimessont une minorité dans le registre des victimes du djihadisme international,les grilles de lectures médiatiques ont été réaménagées tant en Algérie qu'enFrance et les audimats sont désormais conditionnés par d'autres courantsd'opinion que ceux des années 90 et de leurs bons de commande. Du coup, par sabanalité, le procès Ramda révèle non pas la culpabilité d'un activiste maissurtout ce que l'on peut faire d'un procès lorsqu'il est organisé à un momentet pas plus tard. Avant le 11 septembre, il aurait pu servir à tous : desporteurs du « qui tue qui ? » à ceux de l'éradication internationale. Il auraitpu être utile à ceux qui réclamaient la solidarité internationale avecl'Algérie des années 90 contre « un phénomène mondial » comme à ceux quicriaient au coup d'Etat, à la violation du droit humain ou électoral comme àceux qui expliquaient qu'il s'agit d'un jeu de barbouzes algériens pour fairebasculer la classe politique occidentale. Le procès aurait pu servir auxislamistes en exil comme aux ONG ou aux avocats clandestins et auxintellectuels convoqués de « la sauvegarde de l'Algérie face au péril barbu ».Le cas « Ramda » tombe donc trop tard, ne sert plus qu'à la justice demandéepar les victimes et ne répond plus à aucun agenda. C'est peut-être là l'uniquevérité de ce procès et sa plus grande révélation.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com