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Que reste-t-il de la Ligue arabe '



La Ligue arabe se cherche, depuis plusieurs jours, un président en vain. Après que la Palestine eut renoncé à sa présidence le 22 septembre dernier, l'offre a été faite à cinq autres pays membres de l'organisation, à savoir le Qatar, les Comores, le Liban, le Koweït et dernièrement la Libye.Karim Aimeur - Alger (Le Soir) - Tous ces pays ont décliné l'offre, refusant d'assumer une telle responsabilité dans les conditions actuelles, marquées par la normalisation des relations entre certains pays du Golfe avec l'Etat sioniste. La Palestine, qui avait jeté l'éponge quelques jours après l'entame de son mandat, a expliqué qu'elle ne souhaite pas que « le déclin moral soit associé à sa présidence». La Libye, dernier pays à qui la proposition est faite, a exprimé son souhait « de présider la Ligue dans de meilleures conditions». La Ligue arabe se trouve face à une situation inédite, unique depuis sa création en 1945.
Un autre coup dur qui s'ajoute à tous les coups encaissés depuis au moins le début de ce qui est appelé le printemps arabe en 2011. Impuissante face aux conflits et guerres qui déchirent certains pays membres, voire complice dans certaines situation, incapable d'empêcher certains pays d'agir en violation des principes pour lesquels elle a été créée, la Ligue arabe semble avoir perdu sa raison d'être. Elle a fini par perdre toute influence sur ses membres, avec une incapacité à s'imposer ou à fédérer la voix des pays dits arabes. Pour le politologue Mohamed Hennad, la Ligue arabe, «censée unir les Arabes, est devenue un moyen de les désunir» et ce, «depuis la guerre des Six jours puis, accessoirement, la survenance de la question du Sahara Occidental».
Cette organisation, créée en mars 1945 au Caire pour affirmer l'unité arabe, est au centre de la colère des populations de plusieurs pays membres, dans le sillage de la normalisation des relations avec l'Etat sioniste avec deux Etats arabes, à savoir les Emirats arabes unis et le Bahreïn.
«Aujourd'hui, la Ligue se voit assigner un nouveau rôle par les Etats-Unis notamment, celui de la normalisation avec l'Etat d'Israël en contrepartie d'un soutien aux régimes arabes corrompus ; ce qui, in fine, la fera voler en éclats », assène M. Hennad, contacté par nos soins. En effet, cette organisation donne l'impression d'être aux abonnés absents lorsque ses membres violent ses principes fondateurs, ces dernières années.
Ses déboires ont commencé depuis longtemps mais son rôle dans la gestion des conflits nés de ce qui est appelé les printemps arabes, avec la suspension de la Syrie, en butte à une guerre civile depuis 2013, et la caution à l'intervention au Yémen, en plus de son silence sur l'Irak, la Libye... ont accentué sa descente aux enfers.
Un énième coup dur lui est porté, fin septembre, par la Palestine qui a renoncé à sa présidence en signe du refus «que le déclin moral soit associé à sa présidence».
La «décomposition» de la Ligue est arrivée à un point de non-retour, et la colère contre elle monte crescendo. Dans les pays de l'Afrique du Nord, les appels au retrait de ces pays de la Ligue se font entendre.
Son mot ne pèse plus rien au sein de la communauté internationale. Pourquoi alors cette Ligue n'arrive pas à assumer son rôle et à réaliser les objectifs pour lesquels elle a été mise en place ' «La Ligue arabe a longtemps été dominée par l'Egypte et dans une certaine mesure, c'est toujours le cas. Elle était censée organiser et structurer les relations entre les pays arabes mais elle ne l'a jamais fait. Cela est dû d'abord aux conflits inter-arabes et ensuite aux divisions entre ces pays concernant le conflit arabo-israélien. Les pays arabes sont divisés vis-à-vis de l'Iran, entretiennent pour certains des rapports ultra-stratégiques avec les Etats-Unis et donc supérieurs à leurs relations avec les autres Etats arabes», explique Djallil Lounnas, professeur en relations internationales.
Tous ces éléments font que l'organisation est « paralysée ». Pour Djallil Lounnas, la normalisation avec Israël « qui ne fait qu'officialiser une réalité qui existe depuis déjà plusieurs années», confirme que « la Ligue ne sert plus à grand-chose ».
«Il y a peu sinon aucune harmonie dans les intérêts des pays membres dont certains ont des conflits entre eux », ajoute-t-il.
Ces pays ont, en effet, des intérêts diamétralement opposés et sont loin de former un ensemble homogène. Certains sont des alliés des Etats-Unis au moment où d'autres sont des alliés des Russes.
«En l'absence d'un Etat leader capable de structurer et d'organiser la coopération entre ses Etats, la Ligue arabe ne pourrait servir que de figuration», soutient la même source. Selon la même source, les pays de l'Afrique du Nord ne doivent pas se retirer de cette organisation mais doivent plutôt essayer de s'organiser en son sein pour avoir du poids et peser dans ses positions.
Un avis que ne partage pas Mohamed Hennad. Ce dernier soutient que l'Algérie en particulier doit « demeurer très alerte tout en basculant, progressivement, notre effort unitaire résolument vers les pays de l'Afrique du Nord ».
K. A.
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