
A quoi ça ressemble un magasin virtuel, nous diriez-vous. Pour en avoir idée, il suffit de cliquer sur le réseau social le plus en vogue en Algérie dans lequel il est possible de consulter des dizaines de pages proposant des articles divers, des vêtements d'importation jusqu'au draps cousus main, en passant par les gâteaux de fête.Lorsqu'elle décide de créer une page de vente en ligne, Soraya, étudiante, ne pensait pas que ça allait marcher aussi bien. «J'ai eu l'idée de créer cette page en septembre 2013, c'était au moment où je cherchais un moyen d'avoir un peu d'argent de poche. J'ai profité d'un voyage à l'étranger pour faire des démarches afin d'obtenir une carte bancaire qui me permettra de faire des achats sur Internet.Je l'ai fait sans trop y croire. Je pensais que les articles n'arriveraient jamais tant l'idée que j'avais de la Poste algérienne était négative. L'étonnant, c'est tout à fait le contraire qui s'est passé», explique la gérante de la page «Vente en ligne Algérie».Le pari est réussi pour cette jeune fille qui compte aujourd'hui pas moins de 50 000 fans sur sa page et un carnet de commande bien rempli.Comme elle, de nombreuses étudiantes ou femmes au foyer ont osé le pari de la vente en ligne afin d'arrondir leurs fins de mois ou de mettre en avant leurs créations.Comment expliquer leur succès 'Les vendeuses ne s'acquittent d'aucun droit de douane ou d'impôt. Le marché est basé sur un contrat moral de confiance et a pour particularité d'être essentiellement féminin.Les clientes y voient un moyen d'acheter malin et pour pas cher.La gérante du site «Vente en ligne Algérie» explique : «Nous proposons de jouer le rôle d'intermédiaires des sites internet qui livrent en Algérie, ceci bien sûr après avoir testé leur fiabilité. Généralement, les produits vendus à l'étranger sont de meilleure qualité que ceux du marché algérien. Le choix est bien plus vaste et il y en a pour toutes les bourses.»Elle dit proposer des prix défiant toute concurrence sur le marché local : «On propose des prix à pratiquement la moitié, ce qui compense notre principal inconvénient : la durée de livraison.»Une passion mise à profitEn parallèle de son master en traduction, Imène profite de sa page «The Nemi's» pour présenter ses créations de pochettes, peluches et autres porte-clefs. Très vite, les réactions ne tardent pas à affluer. «Je fais ça par passion, pas seulement pour l'argent», sourit celle qui, du haut de ses 23 ans impressionne par son savoir-faire. Et de poursuivre : «J'ai commencé il y a 3 ans. Etant passionnée de culture japonaise, j'aime beaucoup les choses ??mignonnes''».La vente en ligne s'est imposée à elle comme un choix évident. «C'est, en tout cas, le moyen le plus facile de vendre vu que tout le monde a un compte facebook, et on peut atteindre beaucoup de personnes qui sont susceptibles d'aimer nos créations», souligne-t-elle. Seule fausse note : les clients peu sérieux donnant l'impression de n'accorder aucune importance à l'effort. «Il y a des gens qui me demandent de leur coudre quelque chose de personnalisé, c'est-à-dire broder un nom ou quelque chose au-dessus, et après ils ne donnent plus signe de vie. Ça m'est arrivé deux fois.»Femmes au foyer activesCertaines femmes au foyer ont également décidé de sauter le pas, faisant de leur passion un gagne-pain. Chemâa Amel, propriétaire de la page «Gâteaux sur commande» raconte avoir voulu tenter sa chance après avoir vu des dizaines de pages de ce type sur facebook. «Je voulais d'abord montrer à travers la confection de gâteaux mon savoir-faire.Puis, je me suis dit que je devais joindre l'utile à l'agréable et utiliser mon savoir-faire pour gagner ma vie. Alors que je n'assurais des commandes que pour des connaissances, j'ai élargi ma liste de contacts à des personnes que je ne connaissais pas, mais qui ont vu et apprécié mes réalisations. Le seul désagrément tient dans les appels des curieux jour et nuit ; on n'a pas eu de désagrément à cause de la page».N'ayant pu décrocher un poste d'emploi, Farah, licenciée en droit et mère de deux enfants, ne pouvait se résigner à rester inactive. «Je n'aime pas rester à ne rien faire, il fallait que je trouve quelque chose pour m'occuper», confie-t-elle. Et de raconter : «J'ai vu que beaucoup de gens faisaient des ventes en ligne.J'ai alors pensé que je pourrais vendre les produits d'un ami de la famille qui a une série de magasins de trousseaux de mariée». Elle commence par ouvrir un compte dénommé «Elle pour elle» : «Avec le temps, j'ai pu acquérir la confiance des clients. J'ai maintenant énormément de commandes, ça marche très bien ! J'ai fait des expositions à la Safex, au Sheraton et à l'hôtel El Riad et plusieurs ventes privées.»Oum Yacine El Djazaïria, biologiste de formation, habitant en France, est l'une des plus anciennes vendeuses enligne ; elle a choisi de se spécialiser dans les articles «Hello Kitty». «Je me suis aussi lancée dans une culture nouvelle en Algérie, celle des cadeaux originaux pour les fêtes de baptême», affirme-t-elle.Imène, qui s'occupe de la page «Vente Habillement Alger» s'est, elle, lancée dans la vente de ses propres effets. «J'avais des habits neufs qui ne m'allaient pas ou que j'avais achetés sur un coup de c?ur, mais qu'après ne me convenaient plus ; j'ai l'habitude de donner aux nécessiteux, mais donner une paire de collants opaques à une pauvre malheureuse n'a aucun intérêt, ni des cavalières avec des talons de 12 cm», explique-t-elle.Très vite les rendez-vous ont commencé à se mettre en place. «Je me déplaçais dans toute la capitale particulièrement à l'ouest pendant un an, j'étais crevée, je n'y arrivais plus ; du coup, j'ai fixé les quartiers dans lesquels je pouvais livrer dans le périmètre de mon lieu d'habitation. J'avais moins de rendez-vous, mais ils étaient au moins probants !»Aujourd'hui, ma page compte plus de 3000 contacts particulièrement filtrés correspondant à des femmes résidant à Alger ou dans sa banlieue proche. Imane, Soraya, Amel et les autres, le web leur aura permis de s'ouvrir à un marché inexistant il y a quelques années.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amel Blidi
Source : www.elwatan.com