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Quand l'enjeu sécuritaire prime sur les intérêts économiques



Quand l'enjeu sécuritaire prime sur les intérêts économiques
«Prudence est mère de sûreté». L'adage pourrait s'appliquer aux partenaires économiques de l'Algérie en cette période pré-électorale.L'Union européenne, faute d'être invitée à temps, explique-t-elle, n'enverra pas d'observateurs à la prochaine élection présidentielle. Une élection que le Secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a évité de qualifier de «transparente», lors de sa venue à Alger, au moment où l'émir du Qatar achevait une visite officielle sans objectif apparent. Les partenaires de l'Algérie, si parcimonieux en déclarations politiques, semblent se concentrer davantage sur les échanges économiques et commerciaux. L'incertitude qui entoure la conjoncture actuelle expliquerait cette prudence, même si les intérêts économiques des uns et des autres en Algérie auraient pu constituer un facteur déterminent dans leur approche de ce rendez-vous crucial. L'Union européenne est le premier partenaire commercial de l'Algérie puisqu'elle compte 4 de ses membres dans le Top 5 des fournisseurs de l'Algérie. La France se présente comme le premier investisseur hors hydrocarbures dans le pays, les Etats-Unis sont présents dans le secteur névralgique de l'énergie, alors que le Qatar était au premier semestre 2013 classé par l'ANDI comme le leader en termes de déclaration d'investissements en Algérie. L'intérêt économique peut-il constituer un enjeu dans le calcul des partenaires de l'Algérie ' Pas sûr. En tout cas, «il n'est pas symétrique du point de vue américain ou européen», souligne Cherif Dris, docteur en sciences politiques, même si pour les uns comme pour les autres le premier point à prendre en compte c'est «la stabilité du pays».Pour les Européens d'abord, l'Algérie «jouit d'une stabilité politique. Ce n'est pas un pays instable où ils auront à craindre pour leurs intérêts». Ensuite, il y a «une stabilité économique» dans la mesure où le pays «n'est pas endetté et est même créancier». Enfin, l'Algérie est «un marché depuis quelques années et il y va de l'intérêt des Européens pour que l'environnement politique et sécuritaire pour faire des affaires et bénéficier des opportunités qu'offre ce marché soit stable». Pour les Etats-Unis, l'approche est différente en ce sens que c'est la notion de «géographie des intérêts» utilisée en relations internationales qui entre en jeu, explique M. Dris. «L'Algérie et le Maghreb ne sont pas une région hautement stratégique pour les Etats-Unis». Leur présence économique «n'est pas aussi palpable et considérable que celle des Européens. Certes, ils veulent aussi la stabilité, mais pour eux l'Algérie est beaucoup plus un partenaire commercial qu'économique». Il en veut pour preuve le fait qu'il n'y a pas beaucoup d'investissements américains, «à part les hydrocarbures». 5,5 milliards de dollars ont été investis dans ce secteur depuis les années 90' à ce jour (déclaration de l'ambassadeur américain à Alger en 2012).En 2012, le texan Conoco Philipps a même cédé à l'indonésien Pertamina ses actifs dans trois champs pétroliers pour un montant de 1,3 milliard d'euros (selon le rapport 2012 des IDE en Méditerranée de l'agence Anima). Les flux d'investissements européens étaient sur la période 2010-2012 huit fois plus importants que les flux américains.L'Algérie paraît du coup «plus importante pour l'Europe» que pour les Etats-Unis. Par ailleurs, ce qui est significatif, remarque notre interlocuteur, lors des visites européennes en Algérie c'est un chef de gouvernement, un Premier ministre ou un chef d'Etat qui se déplace. Les Américains envoient un secrétaire d'Etat.De l'économique au sécuritairePour l'ancien diplomate, Abdelaziz Rahabi, parler d'enjeu économique «c'est beaucoup dire», y compris dans le cas de l'Europe car l'Algérie «n'est pas une économie, mais un marché. Quand vous importez pour 60 milliards de dollars, cela devient un enjeu purement commercial» surtout dans la mesure où «nous sommes devant une Europe en crise».Et même quand il y a véritablement un enjeu, à savoir assurer la pérennité de l'approvisionnent en gaz de l'Europe, il est plus «politique qu'économique», car le gaz «est un facteur stabilisant, notamment pour les marchés français, espagnol et italien, et du coup il devient un produit politique et pas seulement commercial» dont la sécurité dépend de la «stabilité de l'Algérie».Mais pour les pragmatiques, «c'est le principe de la realpolitik qui prévaudra», nous dit un chef d'entreprise français. Certes, sur le plan sécuritaire, «l'Algérie offre la stabilité, ce qui n'est pas le cas dans beaucoup de pays en ce moment, et pour un investisseur c'est important». In fine, «c'est le business qui décide», dit-il. Dans un rapport d'information publié en octobre dernier suite à une mission parlementaire française de 8 mois en Algérie, les auteurs soulignaient qu'«indéniablement, l'Algérie est aujourd'hui bien plus qu'un marché : c'est un partenaire majeur avec lequel nos entreprises doivent travailler dans la durée». Le document considérait l'avenir de l'Algérie comme étant «un enjeu national» pour les Français. Et d'expliquer que l'Algérie est «une des clefs de la stabilité, de la prospérité et de la sécurité du Maghreb, une clef à laquelle nous devrons prêter la plus grande des attentions».«Un pays stable au Sud, cela veut dire sécurité de l'approvisionnement et pas de flux migratoires massifs vers l'Europe», souligne M. Rahabi. Le constat vaut également pour les Etats-Unis dont il est de l'intérêt, souligne Cherif Dris, que «l'Algérie qui est entourée d'un arc d'instabilité qui va du Sahel en montant vers le Maghreb soit stable et que l'instabilité ne l'atteigne pas». Cela ferait craindre «un effet d'entraînement sur d'autres pays maghrébins (le Maroc) ou même l'Europe» à travers l'immigration.


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