Alger - Revue de Presse

Prudence et réserves !



Ce serait par pure coquetterie qu'un courtier indépendant,du nom de Richard Arens, aurait manoeuvré, en perdant un peu dans le jeu, pourêtre le premier à acheter du pétrole à 100 dollars le baril. C'est ce querépètent les analystes comme pour se rassurer.  Pourtant, le faitqu'un acteur assez marginal puisse avoir autant d'influence montre bien que lemarché pétrolier est tendanciellement orienté vers la hausse et que des causesstructurelles y contribuent autant que les facteurs géopolitiques. Pour notreéconomie, l'urgence est de profiter de cette aisance pour réformer sérieusementl'économie, favoriser une substitution aux importations.  Dernièrement, unepolémique à distance a opposé l'ancien PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, auministre de l'Energie, Chakib Khelil, sur l'état des réserves pétrolières. Lepremier évalue à 18 ans leur durée, et il est proche des chiffres avancés en2004 par British Petroleum qui livrait une estimation de 16 ans. Le ministre del'Energie est beaucoup plus optimiste et table sur une cinquantaine d'années.Que dire de cette bataille d'experts ? Qu'il faut espérer que Chakib Khelil nese trompe pas.  Certes,comparativement à d'autres pays pétroliers, l'Algérie reste un pays faiblementexploré, mais ce serait un véritable miracle si l'on découvrait un ou deuxHassi-Messaoud. On peut d'ailleurs relever que 50 ans ne représentent pas unelongue période. Mais la réflexion stratégique, on n'invente rien, est plutôtfondée sur une perspective de prudence pessimiste. La durée de vie des réservespétrolières prouvées, avancée par Abdelmadjid Attar, invite d'ailleurs à cepessimisme raisonnable. L'augmentation du prix du pétrole - très nuancée par ladépréciation du dollar - rend l'investissement dans les énergies alternativesplus intéressant et donc plus rentable. Dans le même mouvement, la consommationdes pays riches devrait se stabiliser. Cela déterminerait à moyen terme uneplus grande disponibilité de l'énergie et donc une pression sur les prix.  Car si la hausseactuelle est durable, elle n'est pas éternelle, disent les experts. Si lesrevenus pétroliers continuent à entretenir l'immobilisme, ils deviennenteffectivement un handicap pour le pays. Or, force est de constater que la seuletentative de réforme globale a été menée sous la pression conjuguée de labaisse des revenus pétroliers et de la contestation politique et sociale dusystème.  On le sait aussi,sortir de la logique de l'économie de rente implique un changement dansl'organisation du système politique et du mode de gouvernance. L'ennui est quel'aisance financière n'y incite pas, les intérêts assis refusant toutchangement de perspective. Cinquante années de manne, ce n'est pas beaucoup àl'échelon d'une nation, mais cela peut aussi entretenir l'illusion qu'il n'y apas d'urgence à changer, alors que les signaux cliniques de la crise (harraga,émeutes, suicides...) sont pratiquement chaque jour exposés dans les colonnesdes journaux.  De l'optimisme à labéatitude, la frontière est ténue. Il faut préférer le pessimisme. Il est plusfécond que l'anesthésie rentière.
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