
La 20e édition du Salon international du livre d'Alger (Sila-2015) vient d'ouvrir ses portes au Palais des expositions des Pins Maritimes. 910 exposants, dont 620 éditeurs et professionnels étrangers, sont présents à ce grand événement éditorial qui polarise constamment l'attention conjuguée des faiseurs de livres, des sponsors, des médias, du lectorat et du large public de manière générale. Ce rendez-vous a énormément contribué à l'essor du marché éditorial national qu'il accompagne depuis plus de 20 ans. À la fin des années 1980 et avec l'avènement de la liberté d'expression dans le pays, l'Etat, qui jusque-là monopolisait l'édition (Sned, Enal, Anep), a ouvert la voie à la création de plusieurs maisons d'éditions privées. Au début des années 1990, la majorité de ces nouveaux venus dans la filière était domiciliée à Alger. La tragédie de la décennie noire a énormément contrarié cet élan prometteur. Beaucoup d'éditeurs, pour des raisons de sécurité, se sont expatriés. De nombreux écrivains ont également choisi le chemin de l'exil pour échapper à la fureur intégriste.À ces difficultés existentielles, s'ajoutent d'autres contraintes économiques (baisse du pouvoir d'achat) et commerciales (rareté des matières premières, absence de réseau de diffusion). Il a fallu attendre le retour à la stabilité, amorcé à partir de l'année 2000, pour que les choses bougent à nouveau dans le bon sens.En 15 ans, des dizaines (voire des centaines) de maisons du livre ont vu le jour à travers toutes les wilayas du pays. Se lançant dans divers segments (livre pour enfant, livre de jeunesse, la BD, le parascolaire, le témoignage historique, la religion, l'essai, le roman, le théâtre, la poésie, la cuisine, l'artisanat, métiers ancestraux, le voyage, le livre scientifique et technique ...), les nouveaux éditeurs explorent toutes les facettes du métier en quête du bon filon. Les supports linguistiques se sont également diversifiés en contribuant à l'atténuation de «la vieille chicane» opposant arabophones et francophones. L'arabe, le français, le tamazight et l'anglais se côtoient bien sur les rayons des librairies. On assiste à une véritable décentralisation du champ éditorial, qui était jusque-là fortement concentré dans la capitale. Des villes comme Constantine, Oran, Tizi Ouzou, Béjaïa ou Annaba, pour ne citer que celles-là, font aujourd'hui figures de pôles régionaux naissants dans l'industrie du livre. Des éditions comme Dar El Gharb (Oran), Media-Plus (Constantine), Talantikit et Thira (Béjaïa), Odysée et El Amel (Tizi Ouzou), La Maison du livre et Dar El Ouloum (Annaba), KouKou, Casbah, Dahleb, Barzakh et Chihab (Alger) réussissent constamment à créer des événements littéraires.L'imprimerie a également suivi ce développement, puisque des unités modernes ont été parallèlement implantées un peu partout à travers le pays. La présence des éditeurs locaux au Sila est en constante hausse. Ils sont aujourd'hui 290 éditeurs à occuper des stands au Palais des expositions aux Pins Maritimes, soit 23 de plus par rapport à la précédente édition.Mais beaucoup d'autres maisons d'édition n'ont pas jugé utile de participer ou n'ont pas encore les moyens de le faire. «La réalisation de sondages auprès des professionnels et la mise en place d'un système d'information statistique seraient à terme profitables pour l'organisation du futur Sila et contribueraient à une meilleure connaissance du marché du livre en Algérie», notent les organisateurs sur le site Internet consacré à l'événement. Il y a en effet un besoin d'explorer ce champ éditorial pour envisager sérieusement son développement. Des études doivent être consacrées à ce domaine extrêmement sensible et profitable à l'essor du pays et à l'émancipation de la société. Le livre, en tant que premier paravent de la culture et son premier vecteur de transmission, peut jouer un grand rôle dans la réappropriation, la valorisation et la promotion la culture algérienne de manière générale. Le réseau public des bibliothèques, les institutions de l'Etat, les établissements scolaires, les maisons de jeunes, les universités, les écoles supérieures, les zaouias et les instituts religieux peuvent contribuer au développement qualitatif et quantitatif de ce précieux marché du livre. Il y a une nécessité impérieuse de remettre le livre à sa place dans la rue, les cités populaires, les villages enclavés, les écoles et les instituts de formation. Bref, le rendre accessible à tous, quitte à le subventionner.K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Amghar
Source : www.latribune-online.com