
Des augmentations de prix peuvent être enregistrées durant l'année 2017, estime l'enseignant en économie à l'Université de Tizi-Ouzou, Mohamed Achir, en raison de trois facteurs : l'inflation, la dévaluation du dinar ainsi que les restrictions sur les importations. Des hausses qui toucheront essentiellement les produits importés.Younès Djama - Alger (Le Soir) - Qualifiant les augmentations des prix de «vertigineuses», M. Achir n'en estime pas moins que l'attitude des commerçants démontre avant tout la «faiblesse de l'État». Et de souligner que ces commerçants profitent souvent de ce genre de situations pour augmenter leurs prix. Selon lui, le problème est avant tout d'ordre structurel. «Il y a des monopoles qui contrôlent les grandes chaînes de distribution, du port jusqu'au petit commerce», a-t-il dit appelant à organiser le système de distribution et généraliser la facturation. Car, sans facturation, «on ne peut déterminer ni les coûts ni les prix».A rebours de ce que penseM. Achir, l'expert en économie, Ferhat Aà't Ali ne prévoit pas de nouvelles augmentations des prix des produits de consommation dès lors que les commerçants ont anticipé toutes les augmentations en les amplifiant, bien avant la mise en application de la loi de finances. Par contre, il estime qu'il y aura un effet inverse sur les citoyens dans les mois à venir. Il explique que les citoyens se sentant de plus en plus «pressurisés» ils feront des choix «obligés», qui ramèneront beaucoup de produits à des prix plus bas qu'avant.«Les marges des commerçants n'ayant jamais été contrèlées ni plafonnées par l'État, ce qui est normal dans un marché libre, les capacités de paiement des ménages sont mises à rude épreuve par les commerçants qui trouvent chez ces ménages un excédent économisé sur d'autres produits soutenus, ainsi l'argent censé payer le lait à sa vraie valeur finit dans la banane à une fausse valeur, mais une fois que tous les excès auront ramené les gens à une consommation plus réaliste avec leurs revenus réels et au reclassement des priorités, la plupart des produits dont l'augmentation subite ne doit rien à cette loi de finances, seront plus ou moins boycottés faute d'argent en surplus et reviendront à leur véritable valeur», analyse cet expert. Selon lui, l'économie nationale est déstructurée par un faux mode de consommation boosté dans le mauvais sens, au détriment de la production locale soumise à toutes les contraintes, et qui fait que «les moins payeurs en matière fiscale sont toujours les plus rétribués en matière de revenus ou de marges, et ceci à n'importe quelle augmentation de taxes, tout ceci sera revu, non pas par choix mais par contrainte budgétaire aussi bien pour les ménages que pour l'État».D'après notre interlocuteur, la hausse de 2% de la TVA n'explique en rien la remontée vertigineuse des prix pratiqués à l'orée de l'entrée en vigueur de la loi de finances 2017. «On ne peut pas avancer que 2% de TVA en plus entraîne une ponction énorme dans les revenus des ménages, alors que celle-ci ne représente en tout que 9 milliards de dollars, soit 900 millions DA dans une sphère économique tournant avec un PIB de 166 milliards de dollars, soit en tout 0,65% du PIB national», estime Aà't Ali qui parle de «maldonne» dans les faits, en ce sens que «le gros de la TVA n'est pas perçu par l'État, et normalement rien qu'au port, elle doit rapporter quelque chose comme 8 milliards de dollars, si ce n'étaient les exonérations en tout genre et les fraudes».Et en tant que charge directe, Aà't Ali pense que les 2% de la TVA ne représentent «pas grand-chose» dans des achats de 10 000 dinars car ils ne sont que 200 dinars de plus, mais «en tant que déclencheur psychologique dans l'imaginaire collectif et paravent aux hausses illégales que l'État ne peut et ne veut pas contrôler en aval, ils ont induit toute la spirale haussière», observe cet économiste. C'est à peu de choses près ce que développe, de son côté, le président de l'Association nationale des commerçants algériens (ANCA), Tahar Boulenouar, qui souligne que les deux points de plus sur la TVA sont un prétexte pour les commerçants pour augmenter les prix.Ainsi, alors que l'incidence financière des 2% supplémentaires sur la TVA, décidée dans la LF 2017, ne doivent guère dépasser 4%, les producteurs, importateurs et les distributeurs ont répercuté des hausses variant entre 12 et 15%. Ceci fait dire à M. Boulenouar que si l'on arrive à maîtriser les trois facteurs que sont la spéculation, le monopole et la pénurie, les prix des produits de consommation seront inférieurs à ceux de 2016 ! D'autant plus, a-t-il ajouté, que certaines productions comme les fruits sont en augmentation et que le stock des produits non périssables suffit pour une période de six mois.De plus, déplore le président de l'ANCA, les commerçants ont augmenté des produits achetés en 2016 avant même l'entrée en vigueur de la LF 2017, ce qui revient à dire que ces hausses sont illégales.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y D
Source : www.lesoirdalgerie.com