Temmar en simple exécutant ?
La récente décision de mettre les SGP sous la tutelle des ministres sectoriellement responsables de leur portefeuille, ne doit pas être entrevue comme un revirement dans la politique de privatisation.
En effet, sur les 1.200 entreprises inscrites dans la liste des sociétés privatisables, près de 400 EPE ont été cédées et tout indique que le gouvernement ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Mais, il ne faut pas perdre de vue que tel est le bilan, non pas de ces deux ou trois dernières années, mais de la politique de privatisation dans son ensemble depuis l’ordonnance 95-05 portant privatisation, promulguée du temps de Liamine Zeroual. Ce recul dans le temps sert à dire à quel point il était difficile de privatiser, non seulement à cause des résistances, qu’elles soient d’ordre social ou autre, mais à cause de la nature même du produit qu’il a été question de liquider au profit du privé. La politique d’autonomisation préparée par les Fonds de participation, de liquidation dictée par les conditionnalités du FMI, puis de restructuration mise en œuvre par les défunts holdings, a fait ressortir un package d’entreprises dont seule une infime partie est à proprement parler vendable. Ces dernières se caractérisent d’abord par leur caractère monopolistique, bien entendu sous la protection de l’Etat. On remarquera, à ce titre, que les entreprises les plus courues ont été les grands complexes industriels (SNVI, ENIE, ENAD, ENGI, SIDER, Saidal...) et les entités dominant les services (Air Algérie, Algérie Télécom, les ports, les banques..), autant de pôles représentant le pré-carré de l’Etat dans le maintien de l’activité et de l’emploi là où le privé national n’a pas été en mesure de prendre la relève, soit par défaut de ressources financières, soit par déficit technologique.
La privatisation a connu ses limites dues non pas aux dispositifs législatifs et institutionnels, mais bel et bien parce que l’intérêt des repreneurs se focalisait sur les marchés de type monopolistique, ce qui, dans la majorité des cas, n’était pas dans l’intérêt de l’économie algérienne.
Si, aujourd’hui, on est venu à donner plus d’emprise aux ministères sur les SGP, la priorité n’est pas tant de réorienter la privatisation que de doter les ministères de moyens de réalisation supplémentaires que leur commandent leurs objectifs. On ne saurait donc dire que c’est une sorte de sanction qui pénaliserait les mauvais résultats de Hamid Temmar. A ce que l’on sache, d’ailleurs, la décision stratégique de la privatisation des EPE a été décidée bien avant que celui-ci ne soit au gouvernement et, on le devine, est bien partie pour lui survivre. Mais, pareille décision s’explique par le fait que le gouvernement se retrouve pressé, à mesure que le temps passe, de réduire ses délais de concrétisation du programme présidentiel. Le Chef du gouvernement n’a pas manqué de souligner cet impératif en soutenant que les ministères avaient besoin d’une meilleure disponibilité des entreprises et de pouvoir mettre à profit leurs capacités. Cette orientation concerne les entreprises qui, bien qu’inscrites sur les listes des privatisables, ne le sont toujours pas, ce qui a généré une situation d’immobilisme sur plusieurs exercices, retardant leur développement, leurs plans d’investissement et leur faisant accuser un retard dont elles se seraient bien passé face à la concurrence étrangère. C’est pour l’avoir bien compris, d’ailleurs, que le gouvernement s’est rabattu sur sa stratégie industrielle, l’Etat revenant sur la scène comme premier intervenant et s’appuyant avant tout sur le secteur public économique. Quant aux entreprises dont le cas a été tranché, c’est-à-dire leurs repreneurs désignés par le CPE, ou au moins ayant enregistré l’entame des négociations en vue de leur reprise, elles devront être toutes confiées à Hamid Temmar dont le ministère est désormais confiné au simple rang d’organe d’exécution de la privatisation. Temmar serait donc, sous cet angle, sur les pas de Abderrahmane Mebtoul, ex-président du Conseil national de la privatisation (dissous en 1998). Les prérogatives de Temmar sont également réduites non seulement par rapport à sa mainmise sur les SGP, mais aussi en tant que secrétariat technique du Conseil des participations de l’Etat (CPE). En effet, selon l’ordonnance portant gestion des capitaux marchands de l’Etat (août 2001), le ministre en charge des participations assure le secrétariat technique du CPE, ce qui l’amène à superviser l’évaluation des entreprises, à fixer les modalités de la privatisation et même à préparer l’ordre du jour des sessions du CPE. Voilà qui risque de ne plus se produire, puisqu’il est question de changer la vocation du ministère que dirige Temmar en concentrant à son niveau toutes les procédures de la privatisation. Il fallait bien s’y attendre, depuis que son département a changé d’intitulé.
Amine B.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com