
Si dans d'autres pays ce départ cause des angoisses aux concernés (peur du changement de statut, du vide?), en Algérie la retraite reste un soulagement d'un grand fardeau porté pendant des années. Les fonctionnaires en poste jusqu'à 2016 ont opté pour la retraite pour plusieurs motifs : fatigue physique, l'ambiance morose dans le milieu du travail, et surtout les tracasseries administratives. Mais la loi adoptée par le gouvernement portant la suppression de la retraite anticipée qui entrera en vigueur en 2017 a poussé des milliers de travailleurs à formuler leur demande de départ à la retraite.- Fahima, médecin généraliste : «Je n'étais pas préparée à ce départ à la retraite» Elle a voulu rester pour former les jeunes médecins, mais l'annonce de la retraite anticipée a accéléré sont départ. A. F., praticienne de la santé publique, attend à présent la réponse de la Caisse nationale des retraites après avoir accompli 29 ans de service. Mais pas sans sentir une certaine angoisse. «Je n'étais pas préparée, je me demande qu'est-ce que je vais faire après. C'est la nouvelle loi qui m'a poussée à formuler cette demande», avoue cette coordinatrice au niveau de l'EPSP de Sid M'hamed, à Alger. Bien qu'elle dépasse 55 ans, cette dame habituée à la vie active a du mal à «rester les bras croisés».Avec sa retraite qu'elle qualifie de dérisoire, A. F. a l'ultime conviction qu'elle ne peut pas joindre les deux bouts. «J'ai trois filles à l'étranger. L'une d'elles est étudiante. Elle a besoin d'un soutien financier», admet-elle. C'est l'une des raisons qui la pousse à chercher un autre boulot chez le privé, «que ce soit pour soigner ou pour former les jeunes médecins», un métier qui lui «tient vraiment à c?ur» et qu'elle n'a pas pu exercer dans le secteur public, tient-elle à ajouter.«Les médecins de la nouvelle génération n'acceptent pas de remarques de la part des anciens, et ce, bien que leur formation laisse à désirer», regrette le médecin qui a voulu au départ rester dans le secteur public pour donner un coup de main aux jeunes médecins qui arrivent dans son service bien qu'elle dépasse actuellement 55 ans (l'âge de départ à la retraite pour les femmes). Mais, le motif qui l'a retenue, à savoir la formation des autres médecins, l'a en même temps contrainte à quitter le secteur public. Même la mission qui lui a été dévolue elle n'arrive pas à l'accomplir convenablement faute de moyens.«Les conditions n'aident pas à rester», témoigne ce médecin de la santé scolaire, s'appuyant sur le tout dernier dispositif créé au profit des enfants scolarisés. «On a créé des unités de dépistage et de suivi à l'échelle nationale pour suivre de près la santé des enfants scolarisés. Des unités constituées de médecins généralistes, de dentistes et de psychologues. L'ouverture de ces unités est prévue pour bientôt. Mais il y a beaucoup de manque en matière de moyens humains et matériels», déplore-t-elle soutenant que l'initiative demeure salutaire dans la mesure où la plupart des enfants n'ont pas accès aux soins dans les services spécialisés au niveau des hôpitaux publics.A. F., qui a exercé dans plusieurs services relatifs au social, dénonce le manque flagrant de moyens mis à sa disposition. «J'ai exercé pendant 8 ans au service des démunis sociaux, je me suis retrouvée à plusieurs reprises à faire le tour des laboratoires pour leur procurer des médicaments», révèle-t-elle. A la veille de son départ à la retraite, notre interlocutrice regrette surtout la mauvaise gestion de la carrière professionnelle. «Les gens ne progressent pas par rapport à leur travail, mais par le piston. Seule sa formation de base la réconforte : «Durant mes stages d'internat, j'étais très bien encadrée contrairement aux étudiants d'aujourd'hui qui sont livrés à eux-mêmes», conclut-elle.- De l'éducation au monde des affaires : Saïd : «L'enseignement est une corvée»Enseignant en informatique au lycée polyvalent de Béjaïa, A. S. attend avec impatience son départ à la retraite. A 57 ans, ce pédagogue est déjà «saturé», bien que les 29 ans d'exercice il ne les a pas passés entièrement dans l'enseignement. «Mes premiers pas de la vie active je les ai faits dans une entreprise étatique à Alger», raconte-t-il. Ayant exercé auparavant dans le domaine de l'informatique (sa spécialité), notre interlocuteur a ensuite évolué dans plusieurs endroits avant de se stabiliser dans l'enseignement, un métier qu'il juge «épuisant». A la question relative aux motifs de départ à la retraite, A. S. estime qu'ils sont nombreux. En premier lieu, il cite la fatigue : «L'enseignement est devenu une corvée», déclare-t-il.A cette «corvée» s'ajoute le climat qui règne au sein du milieu de travail qui, d'après lui, reste déplorable. Il dénonce les relations entretenues avec l'administration, notamment les lenteurs bureaucratiques, les différentes entraves dans le traitement avec les travailleurs. Cet enseignant revient également sur les relations entretenues avec les parents d'élèves qui dans la plupart des cas sont compliquées. Comme il ne cache pas ses ambitions d'entrer dans le monde des affaires. A la question relative au travail dans le secteur privé, ce professeur répond : «Je vais plutôt faire travailler des gens. Je vais faire profiter les jeunes».Il compte créer une agence immobilière, «sinon une agence de voyages» en fonction de l'obtention de l'agrément. «Cela ne demande pas beaucoup de moyens financiers», estime l'ex-informaticien. Au sujet de ses aptitudes dans le domaine et ses chances de réussite, l'enseignant au lycée EL Hammadia se montre très confiant : «J'ai un savoir-faire qui me permet de lancer un bureau d'affaires ou une agence de voyages, et puis, je suis polyvalent, je peux même travailler dans l'agriculture», se persuade-t-il.- Il part à la retraite à l'âge de 50 ans : Karim : «Il n'y pas de beaux souvenirs pour un fonctionnaire»Il part à la retraite à l'âge de 50 ans, après avoir exercé 25 ans dans différents domaines, notamment dans les forages. A présent, il exerce en tant que chauffeur dans une entreprise privée. Mais ni le salaire, encore moins le climat du travail ne le motivent. «La retraite anticipée est une opportunité pour moi. Je ne peux pas continuer à exercer 10 ans de plus.C'est très fatigant moralement», se persuade Karim. Ce dernier se montre révolté contre cette loi qui ne laisse pas trop de choix aux travailleurs. «On ne peut pas sortir après 32 ans de service, c'est injuste», estime-t-il. Ce chauffeur, qui attend la réponse de la SNR, revient sur les deux ans accomplis au service national. Il regrette le fait que la durée passée au service national ne soit pas incluse dans le système du calcul des années de travail.Et d'enchaîner : «Je vais me libérer de ce travail et je vais travailler pour mon propre compte.» Cet ancien technicien des forages regrette le fait de sortir à la retraite avec le salaire de chauffeur au lieu du salaire d'un fonctionnaire de Sonatrach. «J'aurais aimé continuer dans mon domaine (les forages). Mais les conditions de l'époque ne le permettaient. Mes collègues se sont retrouvés soit à Sonatrach ou dans des entreprises privées du domaine pétrolier», regrette Karim.C'est la décennie noir qui a mis fin à la carrière de cet ancien fonctionnaire de l'entreprise nationale de réalisation des barrages. Avant de réintégrer une imprimerie. Suite à un différend avec son responsable, ce dernier quitte ses fonctions. Après avoir subi une année de chômage, il opte pour la fonction de chauffeur dans une entreprise privée. Karim ne veut pas dévoiler le créneau dans lequel il compte investir. «Je ne vais pas donner l'idée de ce que je vais faire, sinon l'Etat va imposer des restrictions», se méfie-t-il. Questionné au sujet des beaux souvenirs qu'il retient de toute sa carrière, Karim se désole : «Il n'y a pas de beaux souvenirs pour un fonctionnaire.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rahmani Djedjiga
Source : www.elwatan.com