
L'université d'Alger s'ouvre à une interrogation d'une brûlante actualité. Elle a organisé, hier, à Ben Aknoun une rencontre autour de « l'extrémisme et de ses conséquences sur la pensée, la religion et la politique ». De fait, cette radicalité se décline dans les champs de la politique, favorisée par les difficultés sociales et les retombées de la mondialisation qui a, en quelque sorte, exacerbé, pour reprendre une expression d'Amine Malouf, les identités meurtrières. Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Rachid Harraoubia, qui a donné le coup d'envoi de la journée d'étude, a estimé que « la manifestation reflète un saut qualitatif de l'université qui vit à l'heure des réformes profondes ». La manifestation, dira-t-il, « traduit l'ouverture de l'université sur son environnement et la nécessité pour elle de trouver des solutions aux problèmes de la société ». Il soulignera que « l'extrémisme n'est pas réductible à une religion, à une société ou à une époque ». Près d'une dizaine d'intervenants, des professeurs venus pour la plupart de l'université d'Alger, se sont ensuite relayés pour tenter d'expliquer les causes d'émergence et les facteurs qui ont favorisé son développement. Bien évidemment, l'aspect religieux a pris une place prépondérante dans les exposés et les débats. Certains estimeront qu'il faut définir le concept qui, selon eux, « est une fabrication occidentale ». Cette imprécision concerne aussi la première intervention du professeur Laïd Zeghlami qui, abordant la liberté d'expression nécessaire pour l'apaisement et l'essor d'un pays, dira que « ses promoteurs doivent être conscients de leur responsabilité sociale ». Mais ou placer le curseur des libertés ' Il ne semble pas s'inspirer de Voltaire qui disait que « je hais vos idées mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez les exprimer ».
MEMOIRE BROUILLEE
Ainsi, pour le professeur Bouzid Boumediene (université d'Oran) c'est « la rupture de l'Algérien avec sa mémoire, le brouillage de ses repères symboliques au dysfonctionnement ». Il prônera pour dépasser cette tragique impasse de « renouer avec son patrimoine ». Ce dernier, plaidera Mohamed Aïssa de la faculté des sciences islamiques d'Alger, pour une relecture des textes coraniques, une sorte de nouveau ijtihad pour relativiser la connaissance. Pour autant, il récusera une réforme calquée sur le protestantisme. « En islam, nous avons davantage besoin d'un consensus entre les différents rites ». Le professeur Bouzid dira également que « les religieux ne devraient pas étendre le domaine de la croyance aux questions sociales et aux comportements sous peine de prôner l'excommunication sans raison ni fondement ». D'autres professeurs ont mis en exergue l'importance des facteurs économiques dans la genèse de l'extrémisme. Force était hélas de constater que peu d'étudiants avaient pris place dans l'amphithéâtre pour y débattre. Pour autant, l'initiative de réhabiliter les sciences sociales, dont Tayeb Kennouche du CREAD a expliqué l'utilité pour « promouvoir des vérités multiples aux lieu et place d'une vérité unique », a été saluéé par beaucoup d'intervenants. Zoubir Arous a, lui, déploré, non sans raison, « la marginalisation programmée de celles-ci ».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : H Rachid
Source : www.horizons-dz.com