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La star égyptienne Karim Tahar



La star égyptienne                                    Karim Tahar
Riche en ce qu'elle a forgé le jeune bambin qu'il était, à se frotter aux méchants de tout acabit : « Il fallait que je m'en sorte au milieu de cette jungle, sinon on me bouffe ! ». Et à se transformer, chemin faisant, en boxeur amateur puis professionnel : « J'adorais la bagarre qui agissait sur moi comme une drogue. Chaque jour à 16 h, un rabatteur m'emmenait un pied-noir contre lequel je me mesurais ». Diversifiée du fait même qu'il s'est initié du soir au lendemain à la chanson, et ce, en réponse directe aux sarcastiques provocations des pieds-noirs qui le narguaient en ces termes : « Laisses tomber, vous n'avez pas de musique, rien du tout ! ». Doté d'un tempérament de feu, Si Tahar ne pouvant contenir sa colère, il en fera une affaire de principe et/ou de « Redjla » suivant l'adage populaire. C'est ainsi que notre boxeur se mettra à l'heure musicale derrière le stade Saint-Eugène (Bologhine), où admirant « Le beau clair de la lune et ses reflets venant éclairer les vagues, qui allait mourir sur les sables en ondulant » ; cela a suffi pour provoquer en lui l'inspiration tant souhaitée et chanta « Itidj mi idyechrak » (Quand le soleil se lève). Et c'est à partir de là que Karim est né en lieu et place de son vrai nom Khali, car c'est « Un tabou que de chanter à cette époque là ». En 1963, le directeur de la 2e chaîne égyptienne Hamada Abdelouahab débarque à Alger pour prospecter un acteur, à même de camper le rôle principal dans le film « N'oubliez pas la Palestine ». Son choix s'est de suite porté sur le chanteur de charme que fut Si Tahar. Sa carrure : 1,88 et 80 kg, un rôle de tueur dans un long métrage policier « Aventures à Alger » parlent pour lui. Le voici donc embarquant avec lui au Caire. Face aux caméras de la télé égyptienne, notre artiste devient bientôt une star égyptienne. « Les Algériens » passant pour être des « Français » aux yeux des habitants du Nil, une « téléspeakerine ressemblant » étrangement à une Européenne a été convoquée pour assister au direct que donna Si Tahar. Elle maîtrisait plusieurs langues. Après qu'il a chanté « Itidj Mid Yechrak », un incident qui n'en finissait pas entre lui et la téléspeakerine s'est transformé en une rixe ne ressemblant en rien aux combats de boxe que Si Tahar aurait aimé mener. Tout avait commencé quand elle l'encensait et lui demanda « Bass Loughtek ih ' » (En fait, c'est quoi ta langue '). Il répond naturellement que c'est du kabyle. Mais dans son esprit , il s'agissait des « tribus du Yémen », Si Tahar exhiba alors son passeport tout en donnant une leçon de géographie. Là, les choses se gâtent davantage encore puisqu'elle qualifiat les Kabyles d'« anti-Ben Bella ». De quoi rendre totalement hors de lui Karim Tahar : « Vous avez de la chance d'être une femme, allez ramener votre homme... ». Et de souligner : « Ma main gauche me démangeait, il fallait que je gifle, j'ai insulté et frappé sur la table devant les caméras qui ont tout filmé en direct ». Au fait, l'explication de cette mésentente impromptue vient de « l'allusion au FFS qui est sorti au maquis à cette époque » que Si Tahar « ignorait totalement ». Il demeurera au pays du Nil trois années durant où il chantera dans les trois langues. C'est dire l'aura dont Si Tahar jouissait réellement. D'ailleurs sa rentrée au pays résulte de l'insistance du colonel Boubnider qui l'a nommé, dés 1966, au poste de directeur artistique au ministère du tourisme. Il occupera d'autres postes comme celui de directeur sportif et de la culture à la DNC, ou encore conseiller de ministres. Revenant à ses premières amours, le noble art en l'occurrence, Karim Tahar deviendra, arbitre et expert de renommée mondiale. Il a atteint le summum de sa célébrité dans ce domaine qu'il ne maîtrise que trop bien à l'occasion du titre mondial que se disputaient, en 1974, les USA et l'URSS. Sur les 45 meilleurs arbitres mondiaux, c'est sur ses épaules qu'a échu l'insigne honneur d'arbitrer cette finale qu'il avait mené d'une main de maître. Et quand on vous dira qu'on a tenté de le soudoyer vainement de part et d'autre, vous aurez saisi l'impartialité qui caractérise cet homme aux principes inaliénables.
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