Pourquoi ne faut-il pas regarder l'Algérie de 2008 dans le rétroviseur de 1996, 1989 ou 1976 ? Dans mon dernier « ici ou ailleurs : même combat ? », je l'ai dit : nous rentrons dans le mur à force de regarder dans le rétroviseur. J'ajoute aujourd'hui : et parce que nous n'avons pas de temps.
Nous avons eu, aux JO de Pékin, 2 petites médailles de bagarreurs pendant que la Bête immonde nous flinguait. Nous n'avons pas donc été des vrais compétiteurs. Le serions-nous aux prochains JO de Londres en juillet-août 2012 ? Allons-nous enfin battre un record du monde ? A Londres, un Algérien surpassera les trente-deux records du monde qui ont été battus à Pékin - du jamais vu depuis 1972 à Munich ? De cette Algérie-là, nous devons : plus parler.
Ces futurs JO coûteront moins que les 42 milliards (USD) des Chinois : 11,4 Mds ! Et le maire de Londres, Boris Johnson déclare : « Nous ferons des Jeux plus intimes que ceux de Pékin, en faisant appel à notre ingéniosité, à notre flair britannique. Nous allons réussir, car nous n'avons pas le choix. Mais je veux être absolument clair : les Jeux de Londres ne seront pas pour autant les Jeux de l'austérité ». Mais cela, nous autres Algériens, nous intéresse peu. « Est-ce qu'il y aura encore des kamikazes ... en 2012 ? », voilà la bonne question.
Nous y voilà : devrait-on — en toute circonstance et pour chaque thème - lire le futur dans le présent ? Et le présent dans le passé (surtout s'il est dépassé, comme les gouvernements Ouyahia du 1er round - sous Zéroual - du 2ème round et 3ème round - sous Bouteflika - et 4ème ? - sous ...) ? Le passé explique le présent; et les deux expliquent le futur, dit-on. Ceci est la proposition directe, et elle est vraie. La proposition réciproque l'est-elle aussi ? D.Hume (qui ?) enseigne : si un événement se reproduit n fois, il n'est pas sûr qu'il se reproduise la n 1ème fois. Il voulait souligner par là que : la liberté de l'homme et son libre arbitre sont au fondement de nos sociétés humaines. Libérées du poids de l'obscurantisme et du fatalisme (allons-nous retrouver Belkhadem, Ouyahia ... aux prochains gouvernements ? Même Messaïdia va revenir ? " ! Mon Dieu !).
D.Hume raisonnait dans une 'culture' où l'individu (au sens moderne du mot : citoyen, salarié, bourgeois, intellectuel...) émergeait sans que la société n'ait été elle-même « individualiste » (au sens anthropologique du terme, en opposition à la société holiste). Le libre arbitre, par exemple, n'y était pas solidement implémenté : les canons de penser, de sentir, regarder ... de nos sens les plus simples donc, y étaient imposés. Pour faire bref : l'Eglise décidait de tout. D'où Galilée. Mais d'où aussi Voltaire : comme il ne pouvait pas attaquer l'Eglise, il a écrit son Mahomet; il n'a jamais voulu attaquer l'Islam, c'est faux mais l'obscurantisme, oui.
La liberté d'expression, par exemple - comme je le fais là : dans cette irrespectueuse missive (car je n'en peux plus de voir les gens ne pas savoir garder leurs limites : un fils de berger est un fils de berger, un fils de commerçant est un fils de commerçant, un fils d'un Tarjman est un fils de Tarjman, un fils de Kaïd est un fils de Kaïd, un fils de Bachagha est un fils de Bachagha, tout comme un fils de Chahid est un fils de Chahid mais : sans plus. Chacun : sa place. Comme : chacun, son métier !
Société musulmane donc, foncièrement individualiste car nous n'avons ni Rabbins, ni Clergé pour intercéder entre chaque croyant et son Créateur. L'Islam a en effet libéré l'homme de cette chape de plomb : la hiérarchie de commandement d'ordre divin. Qui vient nous dire comment l'on doit penser, comment l'on doit s'habiller, comment l'on doit se raser, comment l'on doit prier, comment ... l'on doit parler ! Il y a sur terre 1 milliard 240 millions de musulmans mais seulement 280 à 300 millions d'Arabes ! Alors ? Les autres c'est quoi, M. Belkhadem : ce sont des Harkas ?
Allah a interdit que quiconque, humain, vient à Sa Place et en Son Nom venir nous dire « faites comme ci et faites comme ça ». Il nous a envoyé un Livre, clair dans sa langue, net dans ses sens et juste dans ses commandements. Une très grande majorité d'entre nous le lit, sait le lire, le comprendre et en respecter les préceptes. Selon des visions des plus foisonnantes, des plus diverses, des plus composites aussi (comme en Extrême-Orient et en Afrique sub-saharienne). L'Islam existe pour se diffuser, pour irriguer les différents affluents des cultures et âmes humaines. Des différents continents. Si les premiers musulmans avaient écouté les inepties comme celles de Mufti du FLN, l'Islam n'aura pas rayonné au-delà du Hijaz !
Les Algériens de 2008 n'accepteront plus que d'autres - Algériens ou Egyptiens ou Afghans - viennent juger leurs comportements, leurs pensées ou leurs langues véhiculaires ou vernaculaires ! Dieu ne dit-il pas que notre Prophète n'intercédera pour nous ... qu'au Jour du Jugement Dernier ? Pas avant. Comment alors certains viennent-ils nous dire comment parler, dormir, manger ... pour être Algérien ou Musulman ou je ne sais quoi encore ?
De ce point de vue, la société algérienne car musulmane est pleinement dans ... la modernité. Voire même : dans la postmodernité où l'hyper-individualisme est roi. Comme le montre tous ces sagas des feuilletons de la téléréalité ... occidentale. Et ça, l'Algérienne de 2008, connaît, elle hyper-postmoderne ! Mais (et en passant), je fais remarquer que ce que montre les télévisions occidentales et la presse-people n'est nullement le reflet des sociétés occidentales : la France, par exemple, n'est pas ce que montre les feuilletons ou les émissions-show des TV. Il y a très grand hiatus entre les deux; et ça les Algériens n'arrivent pas à le comprendre alors qu'ils savent parfaitement que nos films et feuilletons ne parlent que par ricochet de nous : du 1/10 voire du 1/100 ! A cela s'ajoute que parce que nous possédons une forte Diaspora, nous sommes autorisés à dire que nous « connaissons » (ces sociétés). C'est tout aussi faux : une grande, très grande majorité de nos compatriotes vit presque dans les ghettos, dans leurs banlieues misérables et hideuses : leurs enfants, de la 3ème génération donc, atteignent à peine de nos jours le cycle universitaire.
En somme: nous prenons la « société de spectacle » occidentale pour ce qu'elle est, avec ses différents terroirs, ses diverses cultures et traditions (y compris religieuses), ses différentes histoires, etc. L'enracinement des individus — les plus déjantés - dans ces pays d'ordre, d'Etats présents, de droits acquis et exercés n'est d'aucune commune mesure avec celui ... que j'observe aujourd'hui, même dans les contrées les plus traditionalistes et conservatrices !
Nous cherchons alors des repères pour notre mode d'être, de faire et de penser... en 2008 ! Et nous ne possédons pas les balises. Le tempo. Aussi, même dans les milieux les plus huppés, cela sonne toujours faux. Tout comme : quand le président de la République ouvre l'année judiciaire et que la sonorisation est gravement défaillante ... et que personne ne bronche. Il y a là quelque chose d'irréel, de surfait, de fantasque, de grotesque, de 'bouffonesque' (c'est à se tordre de rire ! mais eux, là, avec leurs têtes à coucher dehors : ils ont l'air gravement sérieux !). Tout cela donc pour dire que notre « modernité », « postmodernité » ou « hyper-postmodernité » est factice : elle manque de racines ! Et ce ne sont pas les accoutrements - dignes du Cirque Amar - de certains de nos futurs ex-dirigeants gouvernementaux - parlant la langue d'El Mutanabbi comme Monsieur Jourdain parlait La-France - qui nous aideront. La Grande Bourgeoise française, pour la citer, a mimé, copié, repris l'Art et la manière de la Noblesse : elle s'est délestée de sa ... gueuserie. Ce qui est loin d'être le cas chez nous : devrions-nous attendre jusqu'au 5ème mandat ?
Revenons aux Pékinois, car les choses sont imbriquées — mondialisation-globalisation oblige ! Il paraît que nous autres musulmans — et le regard des Autres est une part du miroir de soi; là (miroir) où l'identité se forme puisqu'on ne naît pas avec (cette identité) - en plus d'avoir des sociétés 'orientales' à commandements hiérarchiques (si l'on croit Weber), nous raisonnons par circonvolution.
Dans notre façon de nous exprimer et de réfléchir, nous tournons beaucoup autour du sujet, posant des préalables par-ci, ajoutant des scolies ou alinéas par là ... enfin ça tourne quoi ... pour finalement conclure (2) ! Le chemin le plus direct entre un point A et un point B ne serait pas — cela serait trop bête, n'est-ce-pas ? — la ligne droite mais : autour de cet axe central (AB), nous avançons en spirale ... intellectuelle pour finalement : arriver à B (l'essentiel n'est-il pas vraiment d'arriver ? ah ! le temps ?); revenons donc aux Pékinois, ils n'étaient pas du tout contents pendant les JO ! Le savez-vous ?
Très fiers que les JO soient organisés chez eux : la circulation alternée (des véhicules), les contrôles partout. Et, les chantiers de la Capitale ... tous arrêtés, mettant au chômage technique des millions de travailleurs. Alors, les JO, ça va ! De plus : les 42 milliards (USD) pour construire les stades, le village olympique et tout le reste leur sont restés sur la gorge. La Chine est un pays pauvre; contrairement aux idées reçues. Le Parti communiste chinois (PCC) a su balayer et devant ses portes et ... dedans : tous ceux qui s'étaient accrochés aux momies maoïstes, aux discours et slogans du Grand Timonier ont été déboulonnés sans ménagement. Ouste ! Bon vent !
Les Chinois, pauvres ou riches, chômeurs ou occupés, médaillés ou malchanceux, fiers ou râleurs (des JO) parlent d'une seule et même voix - 1 milliard 340 millions; et avec nos 32-33 millions c'est à peine Shanghai et sa banlieue ! Ils veulent être la future hyper-puissance du monde dans 32 à 35 années (dans une génération) et pour (au moins) un ou deux siècles ! Et pour y arriver, ils ne regardent pas dans la Muraille de Chine (construite par leurs ancêtres), ils ne se suffisent pas de prier matin, midi et soir : ils travaillent matin, midi et soir.
Ils s'en fichent que leur Elite intellectuelle parle chinois, anglais, japonais, français, allemand, italien ou arabe. Ils donnent les moyens d'être une Elite ... pour leur pays et dans le monde. Parce que : tout est dans l'art et la manière. Mais nous autres universitaires algériens sommes dans un pays de fous. Des fous, pas aussi fous que cela en vérité ! Car ces fous-là, nos fous ont des règles et une logique : celles d'Ali-Baba et les 40 voleurs. Oui, Orascom a expatrié 2 milliards USD ! Et nos fous, eux : combien ont-ils expatrié ? Faudrait-il alors revenir sur la propriété privée en Algérie (3) et vivre dans le rétroviseur de 1996, 1989 ou 1976? La propriété « exploiteuse » et « non exploiteuse » ? Il y a des débats d'avenir — notre participation aux JO de 2012, par exemple — qu'il faut ouvrir. Et il y a des débats, ô caciques ! si éculés, si bancals, si fanés que vous devez rougir de les ruminer encore ... en 2008.
(*) Economiste
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Fouad Hakiki (*)
Source : www.lequotidien-oran.com