Une grande tension régnait hier à l'hôpital Mustapha. Depuis le milieu de la matinée, des cris s'élevaient à l'intérieur du CHU étroitement quadrillé par les forces anti-émeutes.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Les médecins résidents sont encore en colère. Ils ont tenté d'exprimer à nouveau leur sentiment à travers une mobilisation aussi importante que celle qui s'est déroulée il y a peu à Constantine. Pari fou. Toute forme de contestation publique reste interdite à Alger. «On ne nous a pas compris», explique une jeune résidente. «Le pouvoir a tenté de prendre en charge nos revendications, mais notre message n'est pas passé et ils n'ont pas compris non plus que nous étions déterminés.» A ses côtés, deux consœurs expliquent qu'un double sentiment se dégage aujourd'hui au sein des grévistes. «On éprouve de la frustration, celle de ne pas avoir été entendus, et une oppression face au dispositif de sécurité dressé pour nous empêcher de nous exprimer. Nous sommes censés être un pays en voie de développement, pas de régression.»
Hier, les grévistes n'avaient pas l'intention de franchir le seuil de la porte du CHU. «Cela ne servirait à rien. Les autorités connaissent nos revendications, il y a bien eu une commission mise en place pour gérer la situation, il y a bien eu des rencontres, des promesses aussi, mais rien de concret», s'explique un résident en courant pour rattraper ses confrères qui manifestent dans l'enceinte de Mustapha.
Un organisateur lui conseille de prendre son temps pour rediffuser ce message «qui n'est pas passé». «Tout petit, j'avais un rêve, celui de devenir médecin. Malgré ses faibles revenus, mon père m'a aidé à mener des études supérieures. Il en est fier, moi aussi, mais j'ignorais que j'allais être confronté à une situation telle que celle que nous subissons.» Cette situation, il la décrit : «Savez-vous que nous travaillons dans des conditions moyenâgeuses ' Les autorités ne peuvent pas l'ignorer puisque le Président Bouteflika lui-même a déclaré, dans ses premiers discours, que les hôpitaux algériens étaient des mouroirs. Même le matériel basique n'est pas disponible. Avant de toucher un malade, nous allons en pharmacie nous acheter des gants avec notre propre argent. Nous n'avons rien, même le bistouri est fourni en très faible quantité. Mais en face, il y a une foule de malades, une foule incessante qui débarque à longueur de journée. Nous n'avons pas les moyens matériels et les capacités humaines de gérer tous ces patients.» Le jeune résident évoque une pression intenable, des conditions de travail lamentables, des facteurs qui «ne permettent même pas de pouvoir prendre en charge les étudiants postulants au résidanat». «Cette situation se répercute à tous les niveaux, c'est comme une immense vague qui draine tout sur son passage.»
Les cris des manifestants s'amplifient. Ils réclament la solidarité de tous leurs collègues. Des applaudissements se font entendre. Les blouses blanches font le tour du CHU, s'arrêtent sous les fenêtres des chambres des malades pour lancer des slogans dans lesquels ils s'excusent de la mauvaise prise en charge qui leur est réservée. Puis les grévistes hommes décident d'avancer vers la porte de l'hôpital où une barrière a été dressée. La tension monte. Parfaitement disciplinée, la foule se dresse, s'arrête derrière cette barrière. «Nous n'avons pas peur de vous», lancent les grévistes face aux forces de l'ordre alignées à l'extérieur. Ces dernières resserrent leurs rangs.
Le face-à-face dure quelques minutes. Un officier se dresse entre les manifestants et les troupes de police. «Nous ne sortirons pas, déclare un gréviste à la presse, en hochant la tête. «Ils ne nous ont pas compris. La revendication relative au service national n'est pas une désobéissance, nous devons absolument trouver une solution qui nous cause un grand tort», poursuit ce dernier. Il explique : «Cette situation nous pose de gros problèmes sur le plan familial. Je vous cite un exemple. L'un de nos confrères affecté à Annaba a un enfant autiste qui vit avec sa mère à Alger. Cet enfant a besoin de soins fréquents et d'une prise en charge que l'épouse ne peut pas assumer seule. De plus, l'enfant a besoin d'une vie familiale indispensable à son évolution et son traitement, la présence du père est nécessaire, et pas seulement pour cet enfant, mais toutes les familles qui souffrent de cette situation.»
La matinée tire à sa fin. Les cris des manifestants sont toujours retentissants. Les citoyens, venus se soigner ou des familles de patients hospitalisés, observent la scène avant de franchir la barrière des forces de l'ordre présentes en grand nombre devant et autour de l'hôpital. «Ma fille est résidente, elle ignore que je suis venue, j'avais peur que la situation tourne mal», confie une vieille dame en sortant.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A C
Source : www.lesoirdalgerie.com