
«Il n'y a rien de pire que de vivre sans parents, surtout quand dans un pays étranger.» Omar hésite à parler, puis sourit et baisse la tête. Ses yeux noisette se voilent, puis, en agitant la main, il confie : «C'est très dur d'en parler. Malgré tout ce temps, c'est l'enfer de se replonger dans tout cela.» Malgré son jeune âge et sous ses airs de dur à cuire, il a survécu à bien des tempêtes.Il a fui, seul, sa Guinée natale, en proie à de sanglants conflits interethniques et interreligieux, il y a 4 ans, et a échoué en Algérie une année après. «J'ai perdu ma famille au cours des affrontements. Je me suis retrouvé seul et ai suivi les gens qui fuyaient une mort certaine», relate le jeune homme. Il se retrouve à Adrar, puis arrive à Blida. Il n'est toutefois pas sauvé pour autant. «J'étais SDF et pour m'en sortir, je mendiais. Il m'arrivait de passer des journées sans manger et sans savoir où aller et quoi faire», dit-il, presque naturellement, tant l'enfant est devenu coutumier de «la galère».Puis, il rencontre des migrants, compagnons d'infortune, qui l'aideront, mais aussi et surtout le guideront. «Je faisais le ménage chez des Maliens et ils m'ont expliqué que je devais me rapprocher du HCR et d'autres organismes pour qu'ils puissent me prendre en charge», explique Omar. Le jeune homme prend aussi attache avec la Croix-Rouge, pour connaitre le sort de ses proches. «Ils sont tous morts. Personne n'a survécu...», souffle-t-il, les yeux embués.Après un long silence, il tente de reprendre le dessus. Nul besoin de transition, l'horreur d'être orphelin ne se commente pas. Il dit préférer «parler de l'avenir». «Je suis très fier de moi. Lorsque je suis arrivé, je ne parlais pas un mot de français. J'ai pris des cours et je parle aujourd'hui couramment», s'enorgueillit-il.D'ailleurs, les études sont sa plus grande revanche sur la vie. Lorsqu'il était en Guinée, Omar n'allait pas à l'école. «Nous étions pauvres et nombreux, donc je travaillais dans les champs pour aider mon père. Mais étudier a toujours été mon rêve», s'enthousiasme-t-il. «J'ai été inscrit en 5e à Descartes, mais j'ai raté mes examens, car j'ai été agressé. Mais ce n'est pas grave, je recommencerai l'année prochaine», prédit-il.Et s'il ne le dit pas tout de suite, il le sous-entend : il est constamment confronté à un racisme agressif et gratuit. «A un point tel que très souvent, j'ai envie de sortir, de me promener, mais je ne le fais pas tellement j'ai peur du comportement des gens», déplore-t-il. Malgré cela, il ne se voit pas, pour l'heure, quitter l'Algérie. Retourner au pays ' «J'ai trop peur, et puis je n'ai plus personne là-bas. Mais plus tard, pourquoi pas...», dit-il, pensif.Il ajoute, inquiet : «J'ai très peur de l'avenir. Si l'on ne me renouvelle pas mes papiers de demandeur d'asile, ça sera vraiment la galère. Je devrais partir, mais partir où '» Il affirme même avoir des amis dans ce cas, qui se sont retrouvés pris en tenaille entre l'épidémie d'Ebola qui sévit dans la région, et les risques d'une traversée pour rejoindre l'Europe. «D'ailleurs, récemment, un groupe d'amis ont fait escale ici, à Alger, en fuyant Ebola. Ils sont ensuite partis pour l'Espagne. Mais ils ont péri en mer...»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghania Lassal
Source : www.elwatan.com