L’Ordre des pharmaciens dénonce l’incohérence du gouvernement
L’Ordre des pharmaciens estime que le nouveau dispositif des marges tel que proposé par le gouvernement est inéquitable et risque d’influer sur la disponibilité du médicament sur le marché.
Les conférenciers crient à l’incohérence des marges opposables aux opérateurs locaux du marché du médicament. Intervenant, hier, au forum d’El-Moudjahid sous le thème «l’enjeu de la distribution et de l’industrie pharmaceutique en Algérie», les responsables du Conseil national de l’ordre des pharmaciens soulignent que l’Algérie est un des rares pays au monde à réglementer la marge à la production en faisant augmenter la marge de la production locale de 20 à 25%. Il s’agit, selon eux, d’une mesure contraire à la logique d’encouragement de l’investissement national. La même chose pour le gel de la marge au conditionnement à 10%, imposée aux nombreux établissements de conditionnement, qui les contraint à évoluer vers une fabrication en full process. Dans le même ordre d’idées, les représentants de l’Ordre des pharmaciens notent que la baisse de la marge moyenne du grossiste importateur aboutira à l’affaiblissement des opérateurs nationaux et créera, à coup sûr, un effondrement de la capacité de réinvestissement en ce qui concerne le développement commercial et l’outil industriel. Toujours en matière d’accessibilité, l’Ordre des pharmaciens relève que la baisse de la marge moyenne du grossiste conduira inéluctablement à des situations de pénurie du produit pharmaceutique.
Dans ce cas, l’Ordre des pharmaciens préconise d’individualiser la marge du grossiste répartiteur et de la réévaluer à un seuil normalisé de 10% à l’image des autres pays. Sinon, ce segment sera, d’après les conférenciers, «cannibalisé» par les grands laboratoires et les multinationales spécialisées qui pourront se permettre de travailler avec des marges négatives tout en s’assurant des arrières confortables à l’étranger. Pis encore, la baisse de la marge moyenne de la pharmacie d’officine va l’amener à perdre un quart de ses revenus, soit un taux de plus de 26%. Le phénomène de rupture et les pratiques spéculatives ont une incidence directe sur la qualité de la gestion des stocks des officines. L’Ordre des pharmaciens craint que cet état de fait va créer une situation de paupérisation voire de faillite probable de nombreuses officines. A cela s’ajoutent les risques de voir apparaître des ruptures de stocks en raison des pertes de change dues à la dévaluation du dinar par rapport à l’euro, monnaie avec laquelle est importée 70% des produits pharmaceutiques. Pour les représentants des pharmaciens, la mise en œuvre d’une telle réforme ne peut se faire sans y associer l’intérêt du patient, le coût et l’impact social ainsi que la rentabilité des différents intervenants professionnels.
Pratiques spéculatives et bureaucratie
En matière de disponibilité, les représentants de l’Ordre des pharmaciens sont unanimes à dire que la production nationale du médicament pourrait constituer une alternative majeure pour une meilleure disponibilité du produit pharmaceutique national. Seulement, la jeune industrie locale du médicament est soumise, selon les termes de l’Ordre, à un manque de process de fabrication, à l’absence de savoir-faire en matière de développement pharmaceutique et au manque de stratégie industrielle intégrée. «Nous avons des opérateurs locaux qui voulaient s’organiser, mais l’administration centrale n’a pas suivi». S’y ajoutent d’autres facteurs liés à l’absence de développement technique et de l’expertise juridique concernant l’étude des dossiers d’enregistrement ainsi que le manque de capacité de négociation internationale, notamment sur les contrats d’approvisionnement. La même source recense, aujourd’hui, 112 importateurs, 495 grossistes distributeurs et 6.500 officines, pour un marché de médicament accumulant un chiffre d’affaires global (importation et production locale) d’un milliard huit cent millions de dollars.
Les responsables de l’Ordre des pharmaciens ont soulevé, d’autre part, le risque que peut engendrer sur la santé publique ainsi que sur l’économie nationale le trafic des psychotropes et la fuite de produits pharmaceutiques algériens vers les frontières à travers de nombreux réseaux établis à l’est et à l’ouest du pays. En l’absence de traçabilité et de gestionnaires clairement identifiés, certains opérateurs s’adonnent à l’importation illégale de médicaments de Tunisie créant, en tous points de vue, des situations de spéculation sur le marché. D’autres grossistes, relève le président de l’Ordre des pharmaciens, Lotfi Baba Ahmed, exercent sans statut et vivent une situation de ‘déprofessionnalisation’, se livrant ainsi à des pratiques commerciales illégales, contraires aux règles déontologiques à travers des ventes concomitantes et des rétentions du produit pharmaceutique pour développer le chiffre d’affaires. Le vice-président de l’Ordre des pharmaciens dénonce, lui, le dispositif actuel de fixation des prix, appliqué par le ministère de la Santé, ainsi que le manque de transparence en matière de tarification. Selon lui, les structures centrales au département de Tou s’apparentent plutôt à un véritable goulot d’étranglement pour l’accès aux marchés. L’orateur se demande, par ailleurs, pourquoi ne fait-on pas bouger les choses dans le sens de la promotion du générique. Plus de 96% du générique sont enregistrés à la fabrication locale alors que la production locale se situe uniquement à 30% des besoins. Le même paradoxe est soulevé sur le volet de l’importation du générique qui ne dépasse pas les 14% alors que nos importations en médicaments frisent les 70%. Les économies se font à la vente (consommation) et non dans les stocks, précise-t-il. L’Ordre des pharmaciens plaide, aussi, pour la révision de la politique conventionnelle et la nécessité de corréler politique d’enregistrement et politique de remboursement. Pour les conférenciers, l’élargissement de la gamme des médicaments remboursables de 116 à 304 et l’introduction de la notion de tarif de référence par classe thérapeutique crée un effet prévisible d’un déremboursement partiel dont l’impact sera à la charge du malade. Et sur la chaîne de valeur du médicament dont la conséquence sera une fragilisation du circuit de mise à disposition du produit pharmaceutique.
Sur le volet de la qualité, l’Ordre des pharmaciens constate un changement progressif mais constant des sources historiques d’approvisionnement (Europe) au profit des pays émergents (Asie-Inde) fournissant une matière bon marché, mais de qualité inconstante. Sur le chapitre de la bio-équivalence, l’Ordre des pharmaciens plaide pour la création de sociétés de prestation par des opérateurs privés. Enfin, l’Ordre des pharmaciens salue la mise en place de l’Agence du médicament mais anticipe déjà sur l’indépendance de cette structure en termes d’enregistrement, d’homologation, d’importation des médicaments, de fixation des prix à la production et de contrôle de l’information médicale.
Abed Tilioua
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com