Maintenant que nous savons combien nous sommes, il est peut-être temps de savoir ce que nous sommes. Si le décompte démographique nous situe à plus de 34 millions, il aurait néanmoins révélé que notre état civil fonctionne bien et que les chiffres qui étaient communiqués aux décideurs par les communes n'étaient pas totalement faux. Selon les décideurs. Finalement nous ne sommes pas si nombreux que ça et beaucoup de choses vont devenir inexplicables par les seuls chiffres. Voilà donc une opération réussie qui permettra à l'avenir de mieux faire et planifier nos besoins. Alors passons aux choses sérieuses, comme l'avait annoncé un journaliste du temps de l'ex-RTA, une fois terminée la page présidentielle du vingt heures. Ce qui n'apparaît pas officiellement dans le recensement, c'est que l'Algérien est berbère, musulman, noir, blanc, entre les deux, et depuis quelque temps même chrétien, laïc, partisan, grand, petit, aimant son pays au point de partir mourir ailleurs pour éviter de l'alourdir. Les Allemands, eux, sont allemands et ça leur suffit amplement pour être développés. Et si l'Algérien n'a pas d'animaux de compagnie, c'est qu'il n'a pas le temps de s'ennuyer. Ce qui n'apparaît pas est donc de l'ordre du qualitatif. L'Algérien, pour le bonheur des décideurs, ne fait plus autant d'enfants qu'avant. Non pas qu'il se soit stérilisé, ni qu'il ne sache plus en faire, mais, semble-t-il, parce que le niveau de vie se serait amélioré. Nous serions aussi plus «rurbains» que citadins étant entendu que les campagnards auraient envahi les villes depuis peu du fait, paraît-il, que la vie y est meilleure et non parce que nous avons traversé une dizaine d'années noires qui seraient mieux qualifiées de rouges, compte tenu du sang qui a coulé. Au lieu de transformer le rural, la ville aurait été transformée par lui et il faudra plus de temps pour l'adaptation. Mais laissons aux démographes et sociologues le temps de commenter les chiffres et revenons aux communes qui viennent de marquer des points contre les détracteurs de l'ordre public qui n'y verraient là que de simples sources de détournement de deniers aussi publics, qu'un jardin abandonné du même nom. D'après les décideurs. Les communes donc ont bien fonctionné au point où pour les encourager, les présidents d'APC ont été placés en formation résidentielle espérant en faire des maires. Dans la foulée on aurait pu placer les chefs de daïra en formation pour en faire des sous-préfets et les walis pour en faire des préfets. D'ailleurs, là où il y a des maires, des sous-préfets et des préfets on arrive à ces fonctions, une fois formés académiquement et politiquement; la formation étant à la charge du candidat au poste et non à celle du contribuable lorsqu'il y en a. Mais bon, on peut apprendre à tout âge et en tout temps. Si du point de vue de la communication verticale les pouvoirs publics sont satisfaits des communes, du point de vue de ceux qui se considèrent comme citoyens, l'extrait de naissance continue à coûter cher en patronymie déformée car personne ne sait plus écrire un nom de famille sans commettre d'erreur généalogique grave. Et puisque personne ne sait plus écrire, comment peut-on faire confiance à un recensement, qui commence précisément par le remplissage de fiches ? Si c'est juste pour nous compter, les pouvoirs publics auraient dû faire l'appel à une mobilisation générale pour une raison ou pour une autre et vérifier combien d'Algériens sont partants pour répondre à l'appel sans faire de bruit. Le comptage serait alors plus simple et moins fastidieux puisqu'il ne concernerait qu'une poignée. Selon les citoyens. Une méthode comme une autre pour savoir comment nous sommes.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ahmed Saïfi Benziane
Source : www.lequotidien-oran.com