Chaque année, à
cette période du solstice d'hiver, c'est la même chanson. Je ne parle pas des
transports aériens qui se dérèglent, ni des routes qui deviennent
impraticables, mais de l'ambiance qui entoure la fête de Noël. J'ai déjà
consacré nombre de chroniques pour décrire cette espèce d'hystérie qui s'empare
des gens que l'on voit cavaler d'un magasin à l'autre, les bras chargés de
sacs, sans un regard pour les pauvres hères allongés sur les grilles d'aération
du métro. Je ne me lasse pas d'observer leur visage de caneton effrayé, où
s'ajoute aussi une pincée d'ahurissement, comme si l'acte d'achat devenait
soudainement vital.
Dans les transports en commun comme au
bureau, il suffit juste de tendre l'oreille pour happer quelques conversations
édifiantes. Il y est question de menus, de saumon fumé, de dinde, de bon vin et
de bûche à commander. Parfois, il y est fait référence à un dîner annoncé qui
n'enchante guère car la belle-sÅ“ur et la belle-mère seront présentes. « Non
seulement il va falloir les supporter, mais je dois en plus leur offrir un
cadeau ». Telle était la complainte entendue dans un café de Saint-Michel où
l'auteur de ces lignes aime à donner rendez-vous.
Mais il y a autre chose qui mérite d'être
signalé. Il y a quelques jours, France 5 a diffusé un reportage à propos des
enfants qui croient ou ne croient pas au Père Noël. Dans le lot des personnes
interviewées, il y avait un père, Français d'origine maghrébine – je crois bien
qu'il était de chez nous –, qui tenait un propos pour le moins décoiffant. «
Depuis que je suis petit, je me fais un devoir d'expliquer aux gens que le Père
Noël n'existe pas et je continue à le faire, qu'il s'agisse de mes enfants ou
de ceux des autres », glosait-il.
Comme lui, de nombreux Arabo-Berbères de
France refusent que leurs enfants célèbrent Noël et il est hors de question
pour eux de leur offrir des cadeaux. Allez parler ensuite d'intégration et
d'identification à la société d'accueil…
Affaire de conviction, me direz-vous. Trop
facile. Pour être franc, je trouve ce comportement détestable. Que l'on n'ait
pas envie de fêter Noël est une chose. Qu'on le revendique et qu'on en fasse un
outil de propagande identitaire m'insupporte. On sent bien qu'il s'agit de
clamer sa différence à tout prix mais aussi d'ennuyer le « frankaoui » en lui
expliquant qu'on refuse de partager avec lui ce qui est, toutes les enquêtes le
montrent, sa fête préférée. Il faut aller sur Internet et sillonner les forums
« mouslim » pour le comprendre. A ce sujet, il y a un écrit qui fait fureur
chaque année. C'est un texte attribué à un rabbin qui explique pourquoi il ne
faut pas fêter Noël. Je crois que c'est la seule fois où un texte signé par un
juif trouve grâce aux yeux de certains extrémistes, dont on se demande pourquoi
ils continuent à vivre en Europe et pourquoi ils n'émigrent pas dans un pays
musulman où ils seront sûrs que personne ne fêtera Noël (ce qui reste à
prouver, comme on le verra à la fin de ce texte…).
Cela étant dit, il suffit d'aller faire un
tour dans une grande enseigne spécialisée dans la vente massive de jouets «
made in China » pour se rendre compte qu'Internet et ses forums ne font
qu'amplifier un phénomène minoritaire. Dès les premiers pas à l'intérieur du
magasin surchauffé, on entend du Karim par ci et de la Faïza par là. « Ils font
comme les Français », m'a dit l'ami chilien qui m'accompagnait. « Ils sont
Français » a été ma réponse. J'ai aussi ajouté qu'il n'y avait rien de plus
rassurant que de voir que les enfants issus de l'immigration rejoignent
tranquillement les légions de beaufs et de néo-beaufs. C'est d'ailleurs l'une
des conclusions du travail effectué par quatre chercheurs, Pap Ndiaye, Patrick
Simon, Patrick Weil et Claudine Attias-Donfut.
Certes, leur étude montre un inquiétant
décrochage d'une partie des personnes originaires du Maghreb et d'Afrique
sub-saharienne. Elle pointe aussi le fait que le marché du travail continue
d'être inégalitaire et difficile d'accès pour ces Français particuliers. Pour
autant, les chercheurs relèvent aussi qu'une véritable classe moyenne est en
train de se constituer au sein de ces populations, ce qui est le signe
manifeste d'une intégration. Et ne parlons même pas des élites qui tirent très
bien leur épingle du jeu et pour lesquelles on peut même parler d'assimilation,
ne serait-ce que du fait des mariages mixtes.
Bien entendu, les médias préféreront toujours
mettre en exergue ceux dont les comportements laissent à penser qu'ils refusent
de s'insérer dans la société française. A choisir entre un polygame qui ne fête
pas Noël et une famille maghrébine qui décore son sapin et accommode son repas
de réveillon à la sauce halal, le choix, irresponsable, est évident. L'actu,
coco, c'est du scandale et de la tension, et tant pis si cela monte les gens
les uns contre les autres.
Mais revenons à Noël et aux musulmans. Les
agences de presse ont rapporté la semaine dernière que l'Emirates Palace d'Abou
Dhabi avait orné un sapin de 131 décorations constituées d'or, de diamants, de
saphirs et d'autres pierres précieuses. Valeur du conifère (artificiel) : 11
millions de dollars ! Dans un premier temps, on pourrait s'extasier sur le fait
que la majorité des centres commerciaux d'Abou Dhabi comme ceux de Dubaï se
sont parés de décorations pour Noël, certains d'entre eux accueillant même des
chorales anglaises chantant, haut perché, le fameux Jingle Bells. Belle leçon
de tolérance, affirment quelques expatriés qui vivent dans la région. Mais il
est difficile de partager ce point de vue. On peut à la limite admettre que
Noël soit considéré comme une bonne occasion pour augmenter le chiffre
d'affaires en incitant le touriste occidental à dépenser plus. Mais, tout de
même ! Un sapin à 11 millions de dollars ! Après le Qatar et ses millions de
dollars déboursés pour obtenir l'organisation de la Coupe du monde de 2022,
voilà que la région du Golfe fait encore parler d'elle en affichant une
indécence qui risque, tôt ou tard, de lui être préjudiciable.
PS : Joyeux Noël à toutes celles et ceux qui,
officiellement ou clandestinement, célèbrent cette fête en Algérie.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Akram Belkaid: Paris
Source : www.lequotidien-oran.com