«La BD convoque
différentes compétences et peut donner lieu à des formations pour des profils
ciblés, dans l'écriture mais aussi dans le dessin et la maîtrise de la couleur.
Le transfert d'un art vers un autre multiplie les supports et offre différentes
entrées à la pensée et une plus grande circulation des idées» Dalila Nadjem,
commissaire du festival international de la BD d'Alger
C'est par la
visite d'une merveilleuse exposition d'une trentaine de planches qu'a débuté
samedi la manifestation « La BD en fête », organisée à Oran par le Centre
culturel français. Au programme, des conférences, des tables rondes, des
projections et des ateliers faisant de la création, de l'édition et de la
distribution de la BD des thèmes à débattre. Durant une dizaine de jours, les
bédéistes et les amoureux des bulles s'en donneront à cÅ“ur joie. Il sera
question aussi bien de la BD française depuis ses origines que de la BD
algérienne de 1969 à 2009. Les enfants de plus de 11 ans et les adultes sont
privilégiés, puisque les ateliers organisés durant toutes les journées feront
connaître le B.A-BA de la BD par le biais de la manipulation et des
projections. Un Ciné-goûter est prévu en même temps que la projection du «
Petit Nicolas », un film récent de Laurent Tirard avec Kad Merad et Valérie
Lemercier, adapté à l'écran à partir des personnages créés par Gosciny René et
Sempe Jean-Jacques. Plusieurs conférenciers, conviés à cette fête de la BD, ont
donné leur accord. On regrette cependant à ce dialogue en bulles,
l'absence de grands noms de la BD algérienne,
tels Slim, Melouah, Haroun, Red (Redouane Assari), Kamel Khelif… française,
suisse et belge, Maximilien le Roy, David Boller, Cosey, Jacques Ferrandez,
Albert Drandov…
C'est Murielle Bidault, conseillère
pédagogique au CAVILAM (Centre d'Approche des Langues Vivantes et des Médias à
Vichy), en France, qui a donné le coup d'envoi de la manifestation avec une
première conférence illustrée ayant pour intitulé « Histoire de la bande
dessinée francophone ». Les débats se poursuivront avec d'autres invités qui
traiteront de la BD en Algérie, pays longtemps considéré comme le pionnier en
la matière au Maghreb et en Afrique, mais qui, aujourd'hui, peine à maintenir
le cap au regard de la régression qui a affecté, ces dernières années,
l'expression artistique. Par la force des choses, la BD est appelée à s'imposer
même si les écueils demeurent nombreux. Elle est l'art du siècle, le trait
d'union entre les différentes cultures en même temps que moyen d'ouverture de
l'esprit. D'ores et déjà, le cinéma, la vidéo et la télé la courtisent. Art
générateur d'intertextualité, la BD s'est aussi bien imposée dans les domaines
de la pédagogie de la formation et de l'emploi, que dans le domaine de
l'édition et de la communication. Il sera question, ce mercredi 15 à 16 h, de «
L‘évolution de la BD algérienne de 1969 à 2009 ». Mercredi 22, à 16 h, à la
veille de la clôture, une autre table ronde traitera de « L'évolution de la BD
algérienne ».
Murielle Bidault, qui encadre des stagiaires
avides de connaissance, a bien voulu accorder à notre journal un entretien au
terme de la conférence qu'elle a donnée au CCF d'Oran samedi après-midi, sur le
thème de « La BD française des origines à nos jours ».
Trois Questions à
Murielle Bidault
Le Quotidien
d'Oran : Pouvez-vous nous parler de la genèse de la bande dessinée de par le
monde ? A quel moment apparurent les bulles ?
Murielle Bidault
: L'histoire de la bande dessinée a commencé en Suisse, au XIXème siècle.
Rodolphe Töpffer croquait dans des cahiers, pour lui et sa famille, des scènes
de la vie quotidienne. Un jour, il montre ses dessins à Freud, son ami, et
celui-ci lui conseille de les publier, ce qu'il fit. En France, à Epinal,
petite ville des Vosges, des artistes dessinaient depuis le XVIIIe des planches
d'images connues sous le nom d'images d'Epinal. Comme les dessins de Rodolphe
Töpffer, elles se présentaient sous la forme d'un dessin inscrit dans une
vignette rectangulaire, accompagné d'une légende en dessous. En 1889, le
dessinateur Christophe publie les aventures de La famille Fenouillard dans le
journal Le Petit Français illustré. C'est l'un des premiers rendez-vous
réguliers pour les Français avec la bande dessinée. Les images sont toujours du
même type mais on voit apparaître des extraits de dialogue dans les légendes
sous la case.
Maintenant, à
propos des bulles, ces dernières vont venir des Etats-Unis. En 1905, Windsor Mc
Cay imagine le personnage de Little Nemo. Sur une planche, le dessinateur
raconte les rêves du petit garçon et il se réveille tous les matins en se
demandant s'il a rêvé : c'est précisément cette question qui est écrite dans la
bulle. Jusque-là, la forme de la planche et des cases est restée classique. On
parle de planche en gaufrier : une succession de cases carrées et alignées en
plusieurs rangées. Si l'on regarde une planche de Bécassine, vers 1939, on se
rend compte que cette structure commence à évoluer et on voit apparaître des
cases rectangulaires, plus ou moins grandes, et des cases rondes utilisées par
les dessinateurs pour faire des gros plans. En 1925, les bulles arrivèrent en
France dans la bande dessinée Zig et Puce d'Alain Saint-Ogan, dans Le Dimanche
illustré. Lors de ses débuts, Hergé est allé demander des conseils à Alain
Saint-Ogan et si l'on regarde les premiers dessins de Tintin, on peut remarquer
une certaine ressemblance avec le trait d'Alain Saint-Ogan.
Q. O.: Les
premiers magazines de bandes dessinées, destinés en priorité aux enfants,
eurent beaucoup de succès. Aujourd'hui, cette production se fait rare. Les BD
actuelles s'adressent plutôt à un public adulte. Comment expliquez-vous ce
phénomène?
M. B.: En 1938,
le magazine Le journal de Spirou est créé par Rob-Vel. Il est le seul de cette
époque à exister encore aujourd'hui, et de nombreux héros ont vu le jour dans
ses pages : Gaston Lagaffe de Franquin, le premier antihéros, Les Schtroumphs
de Peyo… Huit années plus tard, en Belgique, Raymond Leblanc crée Le journal de
Tintin qui permet à Tintin et Hergé de connaître le succès qu'on leur connaît.
Ce magazine a permis à ses lecteurs de découvrir les aventures de Blake et
Mortimer d'Edgar P. Jacobs. Enfin, en 1958, Jean-Michel Charlier, Albert Uderzo
et René Goscinny créent le magazine Pilote. Ce dernier hébergera un très grand
nombre de dessinateurs devenus célèbres tels que Uderzo et Goscini (Astérix le
Gaulois, 1959), Fred (Philémon, 1965), Marcel Gotlib (Rubrique à brac, 1968),
Enki Bilal… Pilote permet à ses lecteurs de découvrir des artistes qui ont
influencé fortement la BD en déconstruisant les structures de la planche et de
la case.
A la suite de mai 68, au début des années 70,
de nombreux magazines de BD destinée aux adultes voient le jour et proposent
des bandes dessinées caustiques, grivoises, à l'humour noir… Une partie des
dessinateurs de Pilote en ont profité pour changer de magazine, se sentant trop
à l'étroit, et sont allés publier dans Fluide Glacial, Métal Hurlant, L'écho
des savanes… La BD glisse alors du côté des adultes.
Q. O.:
Aujourd'hui, l'Europe et même les Etats-Unis assistent impuissants à la
déferlante mondiale des Mangas... Comment expliquez-vous cet immense succès
planétaire ?
M. B.: A partir
de 1990, c'est la déferlante Mangas en France. Les Français découvrent le monde
technologique post apocalyptique et très souvent violent des dessinateurs
japonais. C'est un énorme succès jusqu'à aujourd'hui. Au milieu des années 90,
la bande dessinée connaît un vrai boom avec des ventes en hausse grâce aux
nombreuses séries créées à cette époque et à de nombreuses adaptations audiovisuelles.
Une nouvelle vague de jeunes dessinateurs talentueux alimente actuellement les
rayons des libraires et fait découvrir des styles riches et variés à des
lecteurs de plus en plus nombreux : Marjane Satrapi, Lewis Trondheim, Manu
Larcenet, Joann Sfar, Riad Satouf, David B. … et plusieurs d'entre eux ont fait
le choix de se regrouper au sein de L'association pour défendre leurs
publications.
C'est précisément de tout cela dont il sera
question durant cette quinzaine consacrée à la bande dessinée. En plus de cette
conférence et de plusieurs autres, une semaine de formation est proposée aux
enseignants de français sur le thème de la « Didactique de la bande dessinée en
classe de Français Langue Etrangère » afin de les aider et de leur donner des
idées pour utiliser la BD comme support d'apprentissage. Vos lecteurs peuvent
consulter le programme du CCF pour les ateliers de ces deux semaines.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Bensalah
Source : www.lequotidien-oran.com