Plus que la spéculation, les facteurs climatiques ou les enjeux géostratégiques, la principale raison de la hausse des prix du pétrole sera, si elle ne l'est pas déjà, le « pic de production » face à une demande sans cesse croissante, estime Nicolas Sarkis, président de l'Arab Petroleum Research (APR), qui était l'invité d'une rencontre-débat organisée, mercredi à l'hôtel El-Aurassi, par le MDI-Business School. La conférence, qui avait pour thème : « Mutations énergétiques mondiales : quelles conséquences sur l'Algérie ? », était plutôt centrée sur les raisons de l'augmentation très rapide des prix du pétrole depuis les cinq dernières années. En effet, comme le fait remarquer l'invité du MDI, depuis mars 2003 à mai 2005, le baril du pétrole est passé de 23 $ à 135 $. Pourquoi cette augmentation ? Pour tenter de répondre à cette question, Nicolas Sarkis explique, d'abord, que « ce qui se passe actuellement est fondamentalement différent du choc pétrolier des années 70-73 marquées par l'embargo arabe, et de la crise de 79-80 suite à la révolution iranienne et le retour de l'Imam Khomeiny ». A ce moment-là, explique l'orateur, « il y avait des raisons politiques à la hausse des prix du baril du pétrole ». « Mais, ce que nous voyons maintenant est différent d'il y a 35 ans. Il n'y a ni embargo ni enjeux politiques. Bien au contraire, la production ne fait qu'augmenter, et depuis ces 5 dernières années, la demande n'a cessé d'être satisfaite », ajoute-t-il. Alors, pourquoi les prix continuent d'augmenter malgré une offre supérieure, ou du moins égale, à la demande. Selon Sarkis, « de plus en plus de gens pensent qu'il s'agit de mutations structurelles énergétiques ». Et d'expliquer : « Il y a les causes visibles ». Il nomme l'invasion de l'Irak, les problèmes politiques et de sécurité au Nigeria, le dossier du nucléaire iranien (facteurs géopolitiques), le facteur climatique, et la spéculation. Mais tous ces facteurs sont de « nature passagère », soutient l'orateur. Nicolas Sarkis ne nie pas que la fréquente résurgence des cyclones dans certaines régions du monde a des effets importants sur l'industrie pétrolière. Que la spéculation, parfois encouragée par des déclarations « prospectives » sur la hausse des prix de l'or noir, et qui pousse des banques et autres organismes internationaux de placements financiers à acheter (virtuellement) des quantités de pétrole pour les revendre (tout aussi virtuellement) avec une plus value, influe sur le marché. « Ces achats se sont considérablement développés, et ils ont forcément un effet sur le marché physique, car ils en amplifient le prix », explique-t-il. Mais, le président de l'APR reste convaincu qu'il faut chercher ailleurs l'explication de cette hausse vertigineuse des prix. « On a beau évoquer les facteurs climatiques, géostratégiques, et spéculatifs, on ne peut pas expliquer cette poussée que par des phénomènes conjoncturels ». Il y a des choses « au-delà ». Cet « au-delà », il faut le chercher, selon lui, dans le « débat fondamental sur la consistance du marché énergétique ». M. Sarkis invite à regarder du côté de l'épuisement des capacités de production, ce qu'il appelle « le pic de production ». « Le marché évolue sur le fil du rasoir, il suffit d'un petit quelque chose pour faire envoler les prix plus qu'ils ne sont actuellement », soutient-il. Pour argumenter, il avance quelques chiffres sur la consommation qui est actuellement de 96 millions barils par jour (bpj), et qui sera de 116 millions bpj dans 20 ans ». Face à cette consommation effrénée, l'offre, qui reste consistante, risque de ne plus suivre en raison du peu de découvertes (les réserves s'épuisent) qui ont été faites ces dernières années. Le conférencier invoque plusieurs études « sérieuses » et « jamais contredites » pour expliquer que la « production décline dans plusieurs pays », notamment le Mexique et l'Iran (qui risque de venir importateur dans une quinzaine d'années), sans oublier que la production russe « atteint son pic ». Â Pour Nicolas Sarkis, le phénomène à redouter c'est donc le « pic de production » qui va certainement arriver, selon lui, mais « ne sait quand est-ce que cela aura lieu ». Lorsque, techniquement, l'ensemble des champs pétroliers en exploitation arrivera à son maximum de production, c'est à ce moment-là qu'aura lieu l'autre choc pétrolier. Nicolas Sarkis rappelle une étude de Total qui prévoit que la production mondiale atteindra très difficilement les 100 bpj dans 4 à 5 ans. Les prévisions de l'Agence internationale de l'Energie (AIE) ne sont pas plus optimistes, elles sont même « alarmantes » sur ce que seront l'offre et les effets de serre. « Mon sentiment, ajoute l'intervenant, c'est que les prix sont condamnés à augmenter. Ce qui n'exclut pas la rechute des prix », prévient-il également.
« L'usage du pétrole restera encore dominant »
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Mehdi
Source : www.lequotidien-oran.com