Les chefs d?Etat africains qui se sont réunis dernièrement à Addis Abeba, pour un sommet ordinaire de l?UA ont laissé passer l?opportunité de discuter du rapport que venait, précisément, de publier le PNUD, dit «de l?année 2006», sur le développement dans le monde où il apparaît peu de changements dans le classement des pays donné dans son rapport de 2005.Ce palmarès n?a pas aussi suscité beaucoup d?intérêt en Algérie puisque personne n?en a parlé jusque-là. Ce silence est d?autant surprenant que se tenait, à Alger, un sommet africain des pays animateurs du NEPAD, présenté comme l?instrument du développement de l?Afrique... Ce qu?il y a, c?est que l?Afrique sub-saharienne (Afrique noire) se porte mal et que ce mal est régulièrement «ausculté» par les institutions internationales telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et surtout le PNUD. Ces institutions publient, à intervalles réguliers, des rapports sur l?état de santé du continent africain que la plupart des dirigeants africains s?empressent de rejeter au motif qu?ils ne seraient pas sincères. Pour se disculper des mauvais résultats dont ils sont responsables, les dirigeants africains ont mis en place un arbitrage local chargé de produire des avis qui soient moins sévères à leur endroit: c?est la fameuse commission des pairs qui se charge d?examiner leur gouvernance, c?est-à-dire la manière dont les gouvernements africains gèrent leur pays, alors que c?est précisément cette gouvernance qui est passée en revue dans les rapports publiés par ces institutions internationales accusées de partialité par ces gouvernements. Faut-il croire le président du Burkina Fasso si celui-ci venait à déclarer que la situation de l?Algérie serait très bonne ou celle délivrée par la Banque mondiale ou le PNUD lorsque ces derniers déclarent le contraire, c?est-à-dire que la situation du pays serait mauvaise? Nous connaissons, tous, la réponse. Alors pourquoi continuer à ignorer les rapports des institutions internationales et à ne les citer que lorsque ceux-ci nous sont favorables? Ce qui est d?ailleurs de plus en plus rare s?agissant précisément de pays comme l?Algérie, la République Sud africaine ou le Nigeria, trois «géants» de l?Afrique qui avancent peu en dépensant beaucoup. Le nouveau palmarès publié par le PNUD fondé sur des données relatives à l?année 2004 place l?Algérie à la 102e position sur 177 pays figurant sur ce nouveau classement alors qu?elle occupait la 103e place dans le rapport 2005 qui, lui, se rapportait à des données concernant l?année 2003. La surprise est que beaucoup d?observateurs locaux s?attendaient à voir le pays se rapprocher de la 90e place soit pas très loin de la place qu?occupe dans ce classement la Tunisie, positionnée à la 87e place avec un gain de deux places par rapport au classement de l?année 2005, il n?en a rien été. Beaucoup seront déçus par ce classement, d?autres le contesteront comme l?ont déjà fait les gouvernements des quatre pays africains les plus mal classés, ceux qui occupent les 4 dernières places et qui sont dans l?ordre: Le Burkina Fasso 174e, le Mali 175e, le Sierra Leone 176e et enfin le dernier, le Niger classé à la 177e place. Les Instituions internationales se sont habituées aux protestations des pays africains qui comme les pays arabes ne sont jamais satisfaits des reproches qui leur sont adressés s?agissant de la manière dont ils gèrent les affaires de leurs pays respectifs gaspillant beaucoup pour récolter peu. Ce rapport semble, par ailleurs, être le bienvenu en Algérie au moment où l?on parle d?un remaniement possible du gouvernement, la tentation sera grande pour le président de fixer au prochain gouvernement des objectifs clairs et saisissables par tous, ceux qui consisteraient à dire par exemple qu?il faudrait atteindre une meilleure position dans ce classement, en se fixant comme horizon le plus proche à atteindre, la positon de la Tunisie qu?il s?agira de rejoindre et de dépasser d?ici à trois ans même si la chose paraît difficile à réaliser vu l?incapacité du pays à mettre en avant des compétences en mesure d?atteindre des objectifs qui sont dans ses possibilités. Et cela, tous les observateurs mondiaux et locaux le reconnaissent, seulement il faudrait pour cela que l?on substitue, enfin, le système de la promotion par le mérite à celui de la cooptation en vigueur depuis longtemps dans le pays et que l?actuel président a hérité et qu?il a du mal à changer. Cette impossibilité de rattraper la Tunisie se trouve, malheureusement, confortée par le rapport que vient de publier récemment la Banque mondiale et qui crédite l?Algérie d?un taux de croissance économique de l?ordre de 3%, très loin de celui des pays voisins lequel se confond avec la moyenne mondiale qui est de 5% alors même que les recettes dues à la vente des hydrocarbure se sont accrues de 28% durant la même période et il est pour le moins curieux que les pouvoirs publics affichent, par exemple, des croissances faibles mais positives de la plupart des autres secteurs autres que celui des hydrocarbures. Sans s?aventurer à faire un calcul savant et du seul fait de cette formidable avancée des recettes pétrolières et gazières, il ne serait pas faux d?affirmer que tous les autres secteurs auraient enregistré des croissances négatives ce qui justifierait ce taux de croissance de 3% de l?Economie dans son ensemble. Ceci est aussi conforté par le fait que tous les pays du Golfe, dont la croissance est liée à celle du prix du brut, ont vu leur économie croître durant la même période de 6% (Arabie Saoudite) à 17% (Qatar), les autres pays de la région situant leur croissance dans cet intervalle. Si les résultats ne sont pas encourageants au moment où le prix du pétrole est à son maximum alors que faudrait-il attendre de l?économie algérienne au moment où ce prix va baisser? «That is the question» ... L?Algérie occupait une place intéressante en 1993 puisqu?elle était positionnée à la 69e place alors que la Tunisie, le Maroc et l?Egypte étaient eux classés loin derrière à respectivement la 78e, 123e, et 106e. Seule la Libye la précédait puisque classée à la 59e place. Par rapport à ce classement de l?année 1993 on peut constater que tous les pays cités ici ont reculé. La Tunisie et la Libye ayant le mieux résisté à la poussée de beaucoup de pays qui grâce aux progrès réalisés sont venus s?intercaler entre ces deux pays et ceux qui forment traditionnellement le peloton de tête de ce classement et qui sont tous les pays développés connus. De leur côté le Maroc et l?Egypte semblent avoir résisté moins bien. L?Algérie connaissant un recul important passant de la 69e place à la 100e place en 1999 pour occuper la 102e place en 2006 après avoir touché le «fond» dans le classement donné dans le rapport PNUD de l?année 2001 et où elle occupait la 107e place. Depuis lors l?Algérie a repris son mouvement en avant à petite vitesse mais ce mouvement est là et il va produire ses meilleurs résultats dans le PNUD pour l?année 2007 qui sera publié à la fin du premier semestre 2007. Les pays africains les mieux classés sont les Seychelles à la 47e en progrès par rapport à 2005 (51e place) et l?Ile Maurice à la 63e place en progrès par rapport à 2005. Les 3 pays africains continentaux les mieux classés pour 2006 restent, la Libye à la 64e place, la Tunisie à la 87e place et l?Algérie à la 102e place. L?Egypte et le Maroc sont classés respectivement aux 111e et 123e places, quant aux géants africains, l?Afrique du Sud et le Nigeria, ils continuent de reculer et se trouvent à respectivement à la 121e et la 159e places. Avec ces deux derniers pays, l?Algérie aura subi l?un des reculs les plus importants depuis que ce classement a été institué par le PNUD, alors même que ces trois pays soient ceux-là mêmes qui possèdent les ressources les plus importantes de l?Afrique. Ces trois pays sont confrontés depuis un certain temps au handicap d?une croissance démographique importante. La population du Nigeria est passée de 32 millions d?habitants en 1961 à 65 millions en 1983 puis à 115 millions en 2002. Il faut se souvenir que l?Algérie compte actuellement 33 millions d?habitants après avoir compté 9 millions en 1962. La population algérienne aurait donc progressé au même rythme que la population nigériane et cela devrait suffire pour alerter nos politiques qu?il y a là un problème sérieux qu?il faut aborder en urgence avant de se retrouver dans la position du Nigeria, pays qui semble condamné au recul permanent. Ces trois pays devraient, par ailleurs, abandonner le leadership apparent qu?ils exercent sur l?Afrique en conduisant le fameux plan de développement de l?Afrique et qui porte le nom de NEPAD et se pencher plus sérieusement sur ce qui leur arrive afin de remonter la pente si la chose reste encore du domaine du possible. C?est d?ailleurs ce qu?ils tentent de faire en essayant de rattacher le NEPAD à l?UA et en abandonnant le pilotage de celui-ci au profit du Premier ministre éthiopien. Ce qu?il faudrait dire de ces trois pays, c?est qu?alors que l?Afrique du Sud semble «s?africaniser» de plus en plus, L?Algérie «s?arabise» en aggravant sa dépendance par rapport au pétrole et ne peut plus prétendre qu?à l?appellation de pays arabe pétrolier. Le Nigeria, lui, semble cumuler les deux handicaps celui de «l?africanisation» représentée par une croissance démographique élevée et celui de «l?arabisation», représenté par cette dépendance à l?égard du pétrole. Les améliorations constatées en Algérie, celles qui seront consignées dans le rapport 2007, ne seront dues qu?à l?augmentation des revenus que le pays aura tiré de la vente de son pétrole et de son gaz durant l?année 2005. La carte du développement dans le monde que publie le PNUD montre que c?est en Europe occidentale, en Amérique du Nord, en Océanie et au Japon que l?on trouve les pays avec un niveau de développement «très élevé». C?est toujours en Europe que l?on trouve le plus grand nombre de pays avec un niveau de développement «élevé» avec des pays comme le Portugal, la Grèce, la Pologne, etc. Trois pays d?Amérique Latine se retrouvent à ce niveau; il s?agit de l?Argentine, du Chili et du Mexique. En Afrique, il y a les deux pays insulaires, l?Ile Maurice et les Seychelles. En Asie on retrouve la Corée du Sud et Taïwan. C?est dans le niveau «moyen» que se retrouve le gros des pays du monde. En Afrique on y retrouve la Libye, la Tunisie, l?Algérie et le Cap Vert alors que la plupart des pays d?Amérique du Sud sont classés à ce niveau, de même que la Chine, l?Inde, le Vietnam, la Thaïlande, tous les autres pays de l?ancien bloc communiste y compris la Russie. Curiosité de cette carte, on y retrouve dans la partie niveau de développement moyen des pays comme Bahreïn, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Koweït qui doivent être parmi les pays à niveau de développement élevé. A ce niveau moyen, il y a aussi le Liban avec sa 81e position et l?Iran. A la positon qui correspond au niveau de développement «assez faible» on retrouve tous les autres pays arabes: Egypte, Maroc, Syrie, Irak, Yémen et un pays musulman qui maîtrise la technologie nucléaire militaire, le Pakistan, ainsi que le cinquième des pays africains l?Afrique du Sud, un autre pays maîtrisant la technologie nucléaire civile. Au niveau de la position niveau de développement «très faible» on retrouve les deux tiers des pays africains et deux pays d?Amérique Latine. Le rapport relève que les pays africains subsahariens étaient toujours mal classés. Situation aggravante, beaucoup d?entre eux ne pouvant pas réaliser les objectifs du Millénaire pour lesquels ils s?étaient engagés alors que par contre huit à neuf pays d?Afrique subsaharienne pouvaient atteindre ces objectifs. Il s?agit ici et en l?occurrence du Sénégal, du Mozambique, du Burkina Fasso (malgré son très mauvais classement), du Cameroun, de l?Ouganda, du Ghana, du Cap Vert etc. L?ancienne vitrine de l?Afrique, la Côte d?Ivoire, figure parmi les pays qui ne peuvent atteindre ces objectifs. Ces derniers, il faut le rappeler, résultent de la résolution dite du Millénaire adoptée par l?Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2000 et confirmée par ce qui a été appelé le consensus de Monterrey au Mexique qui s?est dégagé à l?issue de la Conférence des Nations unies sur le financement du développement en mars 2002. Les gouvernements africains devraient savoir que la bonne gouvernance se mesure par le «diplôme» que vous délivrent les autres, les institutions et autres organisations internationales et non pas par le diplôme que l?on se délivre à soi. L?auto-évaluation est une échappatoire pour masquer les mauvaises notes qui nous sont attribuées par des organismes indépendants ou par les institutions internationales. Les Africains qui se sont réunis cette semaine à Alger ont perdu, là aussi, l?occasion d?aborder les vrais problèmes auxquels ils sont confrontés et qui ont pour noms: la forte croissance démographique avec ses corollaires, l?accroissement de la pauvreté et celui de l?insécurité.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : B Hachemane
Source : www.lequotidien-oran.com