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Un plan anti-crise face à la chute du prix du pétrole a été adopté par le gouvernement, lors d'un Conseil de ministres restreint présidé par le chef de l'Etat, il y a de cela une année. Quel bilan faut-il en faire 'Le plan anti-crise, concocté et adopté lors du Conseil des ministres restreint consacré à cet effet, n'avait pas dévoilé le détail des mesures arrêtées. Un plan B, voire C, avaient été probablement envisagés. Si tel est le cas, il faut s'attendre à ce que le volet social, préservé jusqu'à présent, sera touché avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer. Le projet de loi de finances 2016 en est la preuve. "Nous avons pris en compte toutes les possibilités et imaginer les pires scénarios. Bien que les choses ne se règlent pas dans le court terme, nous avons pris toutes nos dispositions pour continuer le programme du gouvernement dans tous ses volets ayant trait au social, l'habitat, l'école, l'eau, et l'université", avait déclaré le Premier ministre, lors de la cérémonie d'inauguration du Salon de la production nationale. Parmi les mesures phares du plan anti-crise, l'on peut noter la rationalisation des dépenses d'équipement, celles du fonctionnement, en gelant notamment les recrutements dans la Fonction publique. Dans ce domaine, 80% de dépenses incompressibles sont consacrées aux salaires, et les transferts sociaux ne cessent d'augmenter, grevant lourdement le budget de l'Etat. Par ailleurs, l'un des principaux axes du plan anti-crise concerne la restriction des importations qui atteignaient jusqu'à lors environ 70 milliards de dollars/an. À l'évidence, ce volet pose problème. Certains responsables affirment que 80% de nos importations sont destinées au fonctionnement de l'économie nationale. Et pourtant, tout le monde sait que notre pays est devenu "une poubelle" pour les produits bas de gamme, contrefais et nuisibles pour la santé publique. Pour l'ancien ministre du Commerce, la restriction des importations passera désormais par la restauration de la licence d'importation. Ce denier a déclaré que beaucoup d'intérêts seront dérangés. En vérité, dans cette tourmente, une panne de vision stratégique des intérêts supérieurs de la nation est patente. Faut-il comprendre à travers les propos d'Amara Benyounès que les lobbys de l'import-import dictent leur loi ' Ainsi, même si le pouvoir tente de rassurer la population, la chute brutale des cours de l'or noir qui se poursuit, notamment après la dernière réunion de l'Opep, anticipée par les experts et ignorée superbement par les autorités, jusqu'à ce qu'elles soient mises dos au mur, vient rappeler à tous, qu'il est grand temps de se préparer à une cure d'austérité. L'Etat doit donner l'exemple en réduisant son train de vie. Le président de la République est monté au créneau pour souligner la gravité de la situation en invitant la nation et les institutions à la prudence. Tous les citoyens savent que le mode de gouvernance dans notre pays a favorisé la frénésie dispendieuse des institutions et responsables de l'Etat. Le Premier ministre, pour sa part, a instruit les membres du gouvernement afin "de réduire au maximum leur train de vie, de s'abstenir de créer toute nouvelle Epic, de baisser la cadence des journées d'étude, séminaires et autres manifestations budgétivores". On sait, par ailleurs, que le gouvernement a décidé de geler le recrutement dans la Fonction publique et le report de certains projets d'infrastructures dont l'urgence et la nécessité ne sont pas avérées. Cependant, de tous ces effets d'annonce, nous ne savons pas quels sont les résultats concrets obtenus. Entre-temps, les importations marquent un léger fléchissement, l'informel revient en force et il est pratiquement impossible d'endiguer l'évasion fiscale ainsi que la fuite de capitaux et la dérive dangereuse de la valeur du dinar. À ces effets pervers, liés en grande partie à l'absence, voire au laxisme de l'Etat par l'abandon de ses fonctions régaliennes, d'encadrement et de régulation de l'économie, vient s'ajouter la corruption et la dilapidation des deniers publics. Mais il n'y a pas que cela. Le train de vie de l'Etat, ce sont aussi les parcs véhicules des ministères, de la Présidence de la République, des deux chambres du Parlement et des entreprises publiques et autres institutions dont l'utilité reste à prouver. Les frais de leur maintenance et de leur consommation inouïe de carburant pèsent lourdement sur le budget de l'Etat. Les somptueuses résidences d'Etat dans la capitale et au niveau des wilayas ainsi que tout le patrimoine immobilier en Europe et particulièrement en France, sans omettre, bien évidemment, le faste des réceptions de nos représentations diplomatiques à l'étranger lors d'événements nationaux. De même que le ballet des délégations étrangères en Algérie. A toutes ces dépenses, il faut ajouter les nombreux avantages accordés aux ministres, aux députés, aux sénateurs et autres hauts responsables de l'Etat à travers des décrets non publiables. Rappelons-nous, lorsque l'Espagne, l'Italie et la Grèce ont connu leur crise, les Etats de ces pays ont procédé à la diminution des salaires des hauts fonctionnaires, et des travailleurs de la Fonction publique. Les ministres ont, par esprit de solidarité citoyenne, consenti volontairement à se délester d'une part importante de leurs avantages. Et dire que nos parlementaires, par ces temps de disette, ne se préoccupent que de leur statut et poussent l'outrecuidance jusqu'à revendiquer des revalorisations de leur rémunération qui frise déjà l'indécence. En vérité, toutes ces anomalies ne sont que la partie visible de l'iceberg, tant le pays est géré dans une grande opacité et tant les tenants du pouvoir demeurent agrippés à la rente pétrolière. In fine, l'Etat ne semble pas se soucier de la crise qui nous impacte ; mais, s'il devait prendre des mesures anti-sociales, ce qui risque d'arriver, dispose-t-il de la légitimité populaire nécessaire qui lui permet de franchir ce pas ' Rien n'est moins sûr. Alors, le Premier ministre daignera-t-il exposer un bilan des mesures anti-crise devant le parlement '


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