Tôt annoncé, tant attendu ; le mouvement des walis vient de se faire sans
surprise particulière. Ceux qui sont partis le savaient déjà. Ceux qui arrivent
vont savoir ce qui se passe là-haut. Mais quel est donc ce mythe sélectif
entourant cette caste de hauts fonctionnaires ?
Le poste de wali serait le pivot le plus important sur lequel repose
l'Etat, sinon la république. Son domaine brasse tous les secteurs. Des
événements de droit ou de fait, il en sera responsable. L'ordre public, le
pain, l'eau, le toit, la quiétude civile sont autant d'espace d'attributions
que ses droits arrivent à peine d'être dissociés de ses obligations.
Le pouvoir local prétend-on est assez rétréci et limité pour les walis.
Le concept de la forte décentralisation, certes n'est pas encore arrivé à
maturité tant les attelles centrales ne veulent pas se soumettre à une
exigence, d'ailleurs impérative à peine d'étouffement du circuit de la décision
et qui consiste en un besoin populaire de localiser, rendre proche le verdict
dans l'issue des tracasseries administrative. Renforcer le pouvoir du wali par
la wilayisation de certaines attributions dévolues sans conteste à une autorité
centrale perçue le plus souvent comme une relation personnelle ou une intimité
corporatiste, n'ira pas à dégarnir davantage les quelques fonctions
attributives rattachées à un maire le plus souvent soumis aux fins désirs d'un
wali en mal de déversoir d'impudence. Un wali n'avait nul besoin, si pour «
degourbiser » un ensemble de taudis à rassembler toute une kyrielle
d'autorisations auprès d'une ou plusieurs autorités sises à Alger
Cette entité plénipotentiaire dans le démembrement des rouages de l'Etat
qui tout de même est conforme à l'ombre de la conception préfectorale
napoléonienne, manque d'un cadre juridique et descriptif de profil, d'aptitude
et de compétence. Elément de l'un des plus grands corps de l'Etat, le wali par
défaut de statut particulier, est assimilé à un fonctionnaire d'un rang
hiérarchique supérieur, faisant de hautes fonctions au même titre, mis à part
le mode de désignation et la différence de solde ; qu'un directeur d'exécutif.
De ce fait, ce fonctionnaire hors paire, se trouve objet à toutes les
sollicitations possibles et imaginables. Il est pris pour un demi-dieu. Il tend
à créer des riches ou appauvrir les autres. Les sautes d'humeur, le tempérament
personnel et l'Å“il intime feraient de lui ou un allié incontournable pour
certains opérateurs locaux ou un censeur de fortunes et un vecteur d'inimité
pour le reste. D'où la nécessaire, tel que dit par le ministre de l'Intérieur,
obligation d'en assurer périodiquement une rotation. Il est fortement salutaire
d'opérer un tel redéploiement. Ceci permettra dixit Ould Kablia « d'éviter la
familiarisation relationnelle ». Un wali sans mouvement, est un wali otage
d'une localité. S'il a trop perduré, il perdra toute main mise sur les affaires
de la cité. Un wali fraichement installé allait permettre au moins un nouveau
souffle, dans la mesure où le rangement des uns et des autres subira sans doute
un changement. Est-il un personnage politique non partisan, un manager
gestionnaire ou un simple mais très haut fonctionnaire? Le caractère, le
comportement et la carrure d'un wali sont, en l'absence de règles; une affaire
de personnes. L'intempestivité de l'un est saisie chez l'autre comme une
atteinte à l'obligation de réserve qui sciemment indéfinie ; porte, elle aussi
des délires à tout le monde. La gentillesse managériale n'est pas incompatible
avec l'exercice du pouvoir, et pourtant l'écart de langage, le mépris des
autres, ou l'autoritarisme excessif ne seraient pas comme cursus pédagogique à
faire incruster dans le manuel éducatif des walis. Il n'y a pas de pépinière de
walis. On les pioche à des exceptions ; de partout et d'ailleurs. Et l'on se
pose ainsi la question de savoir si le wali est un métier ou une mission, une
charge ou une faveur ? Le dernier mouvement demeure assez éloquent pour essayer
de distinguer quelques raisons de relève, de mutation ou de nomination. Pour
ceux demis de leur fonction, il est clair à voir le profil de chacun des onze
concerné que la plupart ont atteint un âge de retraite sinon celui d'une
ménopause dans la dynamique qui doit guider chacun d'eux. Pour ceux ayant subit
juste un changement géographique, la raison est parfois complexe sinon inouïe.
L affectation d'un wali à telle région reste à justifier par le plus qu'il aura
à y apporter. Son cran, son dada ou autres traits intrinsèques le caractérisant
seraient ainsi mis en évidence. A l'ex-wali de Jijel, affecté à Etarf, on lui
trouve une décision assez raisonnable. Car le monsieur, baroudeur qu'il est ;
aura certainement à secouer vivement la léthargie qui fait somnoler cette
wilaya depuis longtemps. Mais de là, à faire venir dans une wilaya qui a connu
de grands changements en termes d'infrastructures de base et d'équipement etc.
mais demeurant encore nécessiteuse au sens culturel, convivial et touristique,
un provenant d'une wilaya à la dimension peu enviable, c'est insondable.
Sétif/Médéa. Il est aussi de cette sélection, qui fait que ses critères n'ont
eu de cure sur leurs récipiendaires. Un secrétaire général qui est censé faire
ses classes dans une wilaya de moindre importance, car promu wali, se voit à la
tête d'une wilaya qui lui est limitrophe et aux multiples couacs.
Tizi-Ouzou/Boumerdès. Que dire alors d'un wali qui depuis son poste de
secrétaire général et durant plus de 12 ans, n'a fait sa rotation en qualité de
wali que dans un espace réduit ne dépassant pas les 500km de diamètre à l'Est
du pays ? Tébessa/Biskra/M'sila/Oum el bouaghi. Il est de même de certains
walis à qualifier in-extremis de rescapés. L'ex-wali de Boumerdès avec
l'affaire des 30 hectares du marché de l'agro-alimentaire s'est totalement
débiné de ses responsabilités en les jetant toutes sur son secrétaire général.
Il disait qu'il « était en congé ». Un congé ne provoque pas la rupture du
contrat de responsabilité à un tel échelon de la hiérarchie. Un wali n'est pas
en congé.il se repose. L'on n'est certes pas coupable du fait personnel, mais
l'on assume pleinement l'obligation de supervision de la délégation de pouvoirs
octroyée. Oran, capitale de l'Ouest croule sous les décombres d'une gestion
diluée. L'arrivée d'un wali du constantinois aurait-elle l'espoir escompté pour
une vive et rapide réhabilitation ? Bechar et ses chroniques judicaires,
serait-elle mieux lotie, avec l'arrivée du plus jeune et beau wali de la
république ? Nonobstant les douze nouveaux promus. L'homme qui venant
droitement du Centre d'Alger où il officiait en délégation de wali, ira
wali-plein à Illizi, apportera-t-il, outre mesure sa modernité, son élégance et
sa bonne humeur pour sortir un tant soit peu cette région de son désert
culturel ? Mascara, ville de l'émir Abdelkader, suffira-t-elle, à contenir
l'excédent de dynamisme d'un nouveau chef exécutif éprouvé aux glissières
algéroises et rompu aux branle-bas le corps ?
La nature est ainsi faite.
Quelque soit l'apparat que l'on porte, l'uniforme que l'on endosse ou la
fonction que l'on exerce, l'essence profondément humaine finira un jour, le
temps d'une pause ou d'une collation d'adieu ; par redécouvrir sa véritable
espèce. La faiblesse. Dans tous ses sens nobles et positifs. L'homme du fait
d'une activité quelconque tend à produire une copie de son être en vue de
paraitre ce que peuvent croire ses vis-à-vis. Dans son temps, le temps coule à
flot sans qu'il puisse à intermittence s'en rendre compte. Epris par cette
idylle fonctionnelle, cherchant à chaque coup le comment fabriquer une image
qui n'en est pas authentiquement sienne, l'homme-lige, héros d'un mandat,
acteur principal s'oublie vite et se perpétue à croire à la durée du rôle. Une
fois : pour une raison ou une autre, positive ou négative ; le rideau tombe,
qu'il fend sous une émotion capable de le déshabiller le laissant se voir dans
toute sa nudité d'homme sentimental, sensible et périssable. Ce mouvement des
walis aura à entrainer, lors de réceptions d'adieu, beaucoup de pleurs,
d'aigreurs et de regrets. Ce seront des instants pleins de silence plaintif et
de soupirs sans cris. Pour une dernière fois, l'amabilité et la sincère
courtoisie, se dispenseraient des usages d'un protocole certes recommandé, mais
contraignant et inutile. Justement, c'est ce lourd protocole auquel, l'homme se
soumet ou tient à y soumettre les autres, qui dans de pareils moments fout le
camp et brise les cadenas de toute chasteté. Un wali à l'Est du pays, touché
par ce récent mouvement, pourtant muté ailleurs dans une wilaya au même
diapason que celle qu'il quitte, a fondu en larmes face aux égards de grands
respects reçus par sa personne lors à bon escient d'une collation d'adieu. Ce
wali là, ne pleure pas en l'exercice de ses fonctions. Son moral est toujours
de plomb même à vivre les hécatombes, ou à lire la comptabilité macabre. Son
attention était ce respect continu qu'il manifeste envers son environnement.
Mais dans cet aveu d'adieu, il ne manquera pas, tout en ciblant les grands
événements de sa wilaya, de citer les faits ayant marqué aussi sa vie
personnelle. Sa maladie et la disparition de sa mère. Il a tenu à remercier sa
population pour ce double soutien. L'assistance venait de croire que derrière
chaque wali se cache un homme. Tout à fait ordinaire, avec ses déboires, ses
penchants, ses peines et ses douleurs. Ainsi, l'homme est toujours et le
restera à jamais homme, malgré le jeu de rôles précaire et révocable que l'on
lui attribue jusqu'à nouvel ordre.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com