
La coopération entre Alger et Pretoria, l'héritage de Nelson Mandela, la menace islamiste : l'ambassadeur d'Afrique du Sud évoque les dossiers d'actualité avec El Watan Week-end.- Aujourd'hui, vous fêtez les 21 ans de la Constitution qui a vu les premières élections multiraciales de 1994. Que retenez-vous de cette expérience 'Chaque jour et chaque fête nationale marquent un développement dans l'histoire de l'Afrique du Sud. Cela nous donne à réfléchir à ce que nous avons pu réaliser en tant que nation, mais aussi aux défis qui restent à relever et pour lesquels il faudra mobiliser davantage de ressources. Nous réfléchissons aux moyens d'améliorer les conditions de vie du peuple sud-africain, en particulier à travers notre plan 2014-2019 qui pose de véritable défis pour une transformation économique radicale. - Ce défi est aussi celui de l'Algérie. Comment abordez-vous ce changement de cap 'Cela implique plusieurs aspects, à l'instar du travail des terres agricoles pour assurer la sécurité alimentaire du pays ou le développement des infrastructures économiques. Le gouvernement sud-africain s'est fixé cinq priorités déclinées au travers de treize secteurs prioritaires. Dans le domaine de la santé, nous cherchons à améliorer la prise en charge des soins et à augmenter l'espérance de vie. Notre peuple étant notre plus grande ressource, nous cherchons également à améliorer l'éducation.Au plan des relations internationales, nous travaillons à approfondir nos partenariats économiques avec le reste du monde et à contribuer à la paix et à la sécurité sur le continent africain. Avec l'Algérie, nous présentons de nombreux points de complémentarité. Les relations économiques ont fait l'objet d'accords signés entre les deux chefs d'Etat dans le cadre de la venue de Jacob Zuma à Alger et de la commission mixte bilatérale. Le processus a été rendu plus facile du fait qu'en 2014 nos pays ont connu chacun des élections, nos plans de développement correspondent aux mêmes échéances et c'est dans ce sens que nous devons nous coordonner.- Vous parlez de sécurité sur le continent africain. Comment appréhendez-vous la menace islamiste au Maghreb 'Nous sommes engagés à contribuer au maximum, dans le cadre de l'Union africaine, à réaliser la paix et la sécurité sur le continent africain. L'Afrique du Sud travaille en étroite collaboration avec les nations confrontées à ce fléau qu'est le terrorisme international, qui ne connaît aucune frontière et n'épargne aucun pays. Mon pays a fait de l'Etat de droit, au travers de toute sa politique, un priorité, afin d'éliminer les racines du terrorisme. J'en veux pour preuve les derniers événements au cours desquels des étrangers ont été pris pour cibles. Le gouvernement a immédiatement réagi en arrêtant les personnes responsables de ces crimes et en faisant en sorte que ces personnes soient punies par la justice.- L'Afrique du Sud et l'Algérie sont des Etats membres du Mécanisme africain d'évaluation des pairs qui vise à une meilleure gouvernance. Comment regardez-vous ce qui se passe au Nigeria, aussi Etat membre du MAEP 'Le président Jacob Zuma a félicité le Nigeria pour les succès de l'élection présidentielle, qui a vu un Président en fonction remplacé par un candidat de l'opposition. Cela s'est déroulé de manière à ce que l'on puisse tous saluer la façon dont a été conduite cette élection et à ce qu'on voit qu'un gouvernement peut être défait par les urnes par les partis d'opposition et qu'il y ait remise du pouvoir à cette opposition dans la paix et la transparence. Je crois que ce message est très bon pour l'Afrique et qu'il est toujours bon d'écouter sérieusement la voix des peuples, un des fondements de la démocratie. Nous partons de l'idée qu'aucun gouvernement ne peut prétendre à la légitimité sans passer par la volonté populaire.- Quel regard portez-vous sur la crise malienne, où les mouvements du Nord hésitent encore à parapher l'accord de paix d'Alger 'L'Afrique du Sud se félicite du rôle de l'Algérie et des autres parties prenantes dans ces négociations qui se sont concrétisées par le paraphe de l'accord d'Alger. Mais, en définitive, la responsabilité de la paix au Mali est entre les mains des Maliens. Nous sommes heureux de la disposition de toutes les parties prenantes maliennes à participer aux pourparlers. Le processus, de par sa nature, doit ramener autour de la table des parties qui n'ont pas les mêmes vues. Mais quand elles font de l'intérêt suprême de la nation une priorité, les choses deviennent faciles. Je dis cela sur la base de notre expérience en Afrique du Sud.- L'Afrique du Sud a envoyé à Dakhla, fin mars, pour le Forum Crans Montana, une délégation présidée par la fille du président Jacob Zuma, alors même que plusieurs autres pays ont boycotté l'événement. Pensez-vous que le fait que les Nations unies aient été présentes constitue une victoire diplomatique pour le Maroc 'L'Afrique du Sud n'a pas envoyé de délégation à Dakhla. En décembre 2014, le gouvernement marocain nous a adressé une invitation pour y participer. Le département des Relations internationales et de la Coopération a répondu par écrit aux autorités marocaines et même convoqué le chargé d'affaires de l'ambassade du Maroc à Pretoria pour leur signifier que notre pays refusait l'invitation parce que l'événement en question constituait une violation du droit international et des dispositions précises qu'il comprend pour les territoires occupés.Ce forum constituait donc une activité illégale. Nous avons donc protesté et aucune personnalité sud-africaine n'a répondu favorablement à cette invitation, à commencer par les membres du Parlement, la Première Dame et les membres du gouvernement. A partir de là, il n'y aucune victoire de quelle que sorte que ce soit.- Nelson Mandela disait que l'Algérie était «sa seconde patrie». Que reste-t-il aujourd'hui de cet héritage entre Alger et Pretoria 'Nos relations historiques continuent et continueront. C'est pour cela que Jacob Zuma était à Alger, accompagné de ministres et d'hommes d'affaires. C'est pour cela aussi que nous sommes là en tant que mission diplomatique à Alger, pour hisser ces relations traditionnelles au niveau qu'elles méritent. Quelque 34 accords ponctuent cette coopération entre l'Algérie et l'Afrique du Sud. Six groupes de travail techniques conjoints mixtes se réunissent de manière périodique.Dans le secteur de la technologie, nous avons des projets communs en recherche et développement, notamment dans les nanotechnologies. Les discussions sont aussi très avancées sur des projets en technologies de l'information qui changeront la vie des jeunes. Le domaine des start-up est un de ceux où nous échangeons nos expertises. Je crois qu'en menant à bien tous ces projets, nos deux économies connaîtront plus de croissance et seront plus diversifiées.- Alors pourquoi l'accord de défense entre Alger et Pretoria a-t-il été mis en sommeil ' L'Afrique du Sud était un des plus grands partenaires militaires de l'Algérie dans les années 1990.Je qualifie la relation de très bonne. Nous avons un attaché militaire sud-africain à Alger et un attaché militaire algérien à Pretoria, les deux se consultent et travaillent sur les projets de coopération militaire. La première fois que Nelson Mandela est venu en Algérie pour enclencher cette relation historique, c'était pour obtenir une aide logistique, des passeports pour les militants de l'ANC, etc. Pourquoi une relation née de cette coopération militaire ne devrait-elle pas être bonne aujourd'hui ' Nous travaillons aussi étroitement dans le cadre du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine et nous avons coopéré au sein du Comité africain des services de sécurité et de renseignement (CISSA).- Les immigrés installés dans votre pays font profil bas, après trois semaines de violences qui ont fait au moins 6 morts et poussé des millions de personnes à fuir le pays. Craignez-vous que le scénario de 2008 se reproduise 'Comme je l'ai dit, ces événements sont tragiques et l'expression de cette criminalité est au coeur des préoccupations de mon gouvernement. Cette violence est inexcusable. Les responsables seront arrêtés, feront l'objet de procès et la justice de mon pays sera sans merci contre ceux qui ont donné cette image de l'Afrique du Sud qui n'est pas la sienne. Mon pays est ouvert et pluriel.La réaction de mon gouvernement a été décisive, rapide. Le Président a ordonné de mettre en place un comité interministériel pour le suivi des événements et la coordination des actions entre les différents services. Les services de police et l'armée ont été déployés dans les zones de violences et s'assurent que toutes les mesures sont prises pour que règne la sécurité. Hier, le Président a convoqué toutes les parties prenantes ? hommes de religion, leaders de différentes communautés, sportifs, gens de lettres, politiques? ? pour une réunion.Tous ont unanimement condamné cette violence et dit qu'elle ne peut en aucun cas se justifier. Ils ont appelé à ce que les revendications soulevées par les Sud-Africains soient prises en charge. Nous sommes encensés dans cette démarche par les manifestations, les marches de solidarité organisées partout dans le pays par des Sud-Africains qui soutiennent l'action du gouvernement. Hier, la jeunesse s'est rassemblée partout dans le pays pour réitérer cet appel à défendre toutes les nationalités qui résident en Afrique du Sud.Nous n'oublions pas que la liberté dont nous jouissons aujourd'hui est aussi le fruit d'une solidarité internationale, de tous les peuples d'Afrique et de toutes les nations qui se sont soulevés avec d'autres dans le monde contre ce crime contre l'humanité commis contre mon peuple, l'apartheid. Nous ne l'oublierons pas.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mélanie Matarese
Source : www.elwatan.com