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Mohamed Wafik Aïdet, étudiant, chargé de communication du mouvement «Brassards verts», au soirmagazine :



«Notre objectif est d'apporter assistance et secours, on nous appelle les anges du Hirak»Dans ce numéro, nous vous proposons de faire connaissance avec le mouvement des «brassards verts», qui a pour objectif d'apporter assistance et secours aux manifestants. Nous avons rencontré Mohamed Wafik Aïdet, 20 ans, étudiant en sciences de l'information et de la communication à l'université d'Alger, son membre fondateur et chargé de communication.
Il nous parle avec beaucoup d'enthousiasme de cette initiative.
Soirmagazine : Comment vous est venue l'idée de créer les «brassards verts» '
Mohamed Wafik Aidet : L'idée revient à Badra Hafiane, journaliste et réalisatrice de documentaires. Elle est donc l'initiatrice des «brassards verts» et cela s'est fait durant la deuxième semaine de mobilisation, soit le vendredi 1er mars. Elle avait assisté à la bousculade au boulevard Mohammed V, et c'est là qu'elle aperçut une personne blessée à l'?il après avoir reçu une balle en caoutchouc ou autre projectile. Elle n'avait qu'un mouchoir en papier sur elle et elle voulait vraiment l'aider. Après cet évènement, elle a eu l'idée de créer ce groupe. Elle avait pensé à plusieurs noms, mais elle a finalement choisi ??les brassards verts'', en arabe. L'objectif du groupe est d'orienter, guider et encadrer les manifestants et le public durant les mobilisations, mais aussi apporter les premiers soins en cas d'échauffourées. C'est également un collectif éco-citoyen. On nettoie les rues après chaque manif'. Pour une bonne organisation, Badra a créé une charte pour les personnes qui veulent rejoindre ce groupe. Ainsi, dès la 3e mobilisation, elle s'est réunie avec un groupe d'étudiants passionnés de jeux vidéo et de technologies. Ces étudiants lui ont apporté toute l'aide nécessaire pour mettre en place une stratégie de communication sur les réseaux sociaux, mais aussi étudier chaque manifestation et publier des graphes et statistiques sur Facebook pour informer le public.
Qui sont les membres des «brassards verts» et comment peut-on joindre votre collectif '
Les membres des «brassards verts» sont de jeunes personnes âgées de 18 à 35 ans, bénévoles. Il y a surtout des étudiants de différentes spécialités, mais également des personnes actives. Qui ont un emploi. Notre philosophie est que toute personne peut être un «brassard vert». Pour rejoindre notre groupe, des volontaires la plupart du temps, nous contactent via Facebook ou par mail inscrit sur notre page Facebook. Pour accepter leur adhésion, nous leur envoyons un formulaire que nous avons mis en place. Ce document contient diverses questions et, après validation des réponses, nous acceptons ou pas la demande.

En quoi consiste sur le terrain votre action et comment êtes-vous organisés '
Concernant l'organisation, nous avons tout d'abord une cellule de communication. Ses membres sont chargés de diffuser un maximum d'informations durant la mobilisation en cas d'affrontements, bousculades et échauffourées, mais aussi des personnes blessées, malades, souffrant de malaises.
Ensuite, nous avons les équipes de choc. Ce sont les personnes qui se chargent de repérer les blessés, les personnes touchées durant les affrontements. Leur nombre varie entre 6 et 7. Ils sont munis de masques, casques, mais aussi de lunettes spéciales pour faire face aux gaz lacrymogènes, c'est pour mieux localiser les blessés. Et, dans chaque équipe de choc, il y a un médecin ou un étudiant en médecine pour pouvoir traiter sur place les différents cas qui ne nécessitent pas leur évacuation en urgence vers l'hôpital.
Enfin, il y a les équipes médicales. Elles sont chargées de suivre les équipes de choc, mais à une distance de 30 à 50 mètres. Cette équipe est chargée d'apporter les premiers soins aux blessés. Nous sommes reconnaissables et visibles grâce à nos brassards verts et nos t-shirts de secouristes.
Sur le terrain, après avoir repéré une personne blessée, nous détectons tout de suite le mal ou la blessure et prodiguons les soins immédiats. Dans le cas où nous nous trouvons face à une situation assez grave, la personne, si bien sûr il n'y a pas possibilité urgente de l'évacuer vers des institutions médicales, est soustraite de la foule d'abord, ce qui n'est pas toujours évident vu le nombre impressionnant de manifestants, puis transportée d'abord vers une entrée d'immeuble où se trouvent plusieurs médecins, mais aussi des membres du Croissant-Rouge. Elle est ensuite, selon la gravité de ses blessures ou de son malaise, transportée vers le véhicule de la Protection civile pour son évacuation à l'hôpital. Je tiens, au passage, à remercier et féliciter les citoyens pour leur solidarité et leur aide tant ils nous facilitent la tâche comme ils peuvent pour nous ouvrir les voies de passage.
Comment travaillent les secouristes et de quelles formations sont-ils issus '
Comme expliqué plus haut, dans nos équipes, nous avons déjà des secouristes et des personnes expérimentées dans le domaine. Nous organisons des séances d'apprentissage avec des secouristes du Croissant-Rouge pour les nouveaux membres, mais aussi pour les anciens comme une sorte de révision.
Concernant les interventions, nous avons plusieurs cas, comme par exemple des crises de tétanie, des malaises et des insolations ou bien encore des cas d'hyper et d'hypoglycémie.
Mais aussi, des personnes touchées par les gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc, ou par d'autres projectiles.
Avez-vous les moyens nécessaires et comment sont-ils collectés '
Pour cela, nous faisons appel aux dons sur notre page Facebook où l'on publie des conseils pour les manifestants, des graphes et statistiques concernant les types et heures d'intervention et tout autre publication. Nous comptons beaucoup sur notre page qui arrive à toucher plus de 23 000 personnes et plus de 2000 interactions. Donc, le public nous contacte et nous apporte des dons, comme du vinaigre, des bonbons, des sacs-poubelles et autres moyens nécessaires à nos interventions. Plusieurs personnes dans le domaine médical nous font don de matériel professionnel comme des gants, des compresses, du sérum physiologique, de la Bétadine, du coton, des pansements, du sérum glucosé, des masques chirurgicaux, de l'alcool et autres produits médicaux.
Chaque vendredi matin, nous nous réunissons pour assembler des kits qu'on appelle le kit du brassard vert pour chaque membre.
Comment êtes-vous perçus par la population '
Les gens nous applaudissent pendant ou après chaque mobilisation, ou en nous disant simplement merci. D'après ce que j'ai vécu, je vois toujours un grand sourire sur chaque visage lors des manifestations. Les citoyens nous encouragent et c'est la seule chose qui nous fait chaud au c?ur et nous donne la force de continuer et de ne jamais fléchir. Les gens se sentent en sécurité. C'est ça le plus important. Nous sommes surnommés les anges du Hirak !
Et quelle est votre relation avec les différentes autorités publiques '
Nous sommes neutres. Un secouriste se doit de l'être et quiconque a besoin d'aide en recevra, peu importe son statut, son appartenance politique ou son poste dans n'importe quelle autorité ou corps de sécurité.
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