
Les épaules affaissées, les bras ballants, Mohamed, derrière la grosse paire de lunettes qui lui mangent le visage, a le regard las. Les traits de ce jeune Malien sont graves, et comme interloqué, constamment dans la réflexion. Mohamed semble tellement perdu, loin de tout.Comme s'il ne réalisait pas ce qu'il lui arrivait. Ou qu'il ne voulait pas le réaliser. «J'ai l'impression d'être dans un cauchemar», souffle-t-il, d'une voix à peine audible. Prostré dans son brouillard, il parle peu. Comme si les mots lui manquaient. Mais les quelques phrases qu'il prononce pour relater sa situation suffisent à dire l'ampleur de son désarroi, la profondeur de son mal-être. «Je suis triste», dit-il tout simplement. A tout juste 13 ans, il découvre, seul, la vie de migrant, de déraciné en Algérie.Depuis près de 11 mois, il erre, tentant de s'organiser un «semblant» de vie. Il y a quelques années, l'enfant vivait à Bamako, avant de fuir à Kidal. «J'avais une vie tout à fait ordinaire. Une famille, une maison, j'allais à l'école et m'amusais.» Lorsqu'il évoque le sujet, il l'effleure à peine, le regard fuyant. «Il y avait la guerre, les combats. Nous avons fui, mais j'ai été séparé de mes parents dont j'ai perdu la trace», dit-il, machinalement. Désorienté et apeuré, Mohamed suit un groupe de déplacés.Après plusieurs jours de calvaire, il se retrouve dans le Sud algérien, puis à Alger. «Je n'avais pas où dormir, je ne savais pas quoi faire. Un Guinéen m'a recueilli sur le chantier où il travaillait.» Constatant toutefois que ces conditions de vie n'étaient pas adaptées à un aussi jeune garçon, l'homme qui l'a pris en pitié le confie à l'un de ses compatriotes, chez qui Mohamed vit désormais. «C'est dur, nous sommes à 11 personnes dans une seule chambre. Mais au moins je ne suis pas à la rue», reconnait-il, stoïque. «Je voudrais pouvoir aider la famille qui m'accueille, mais je ne peux pas travailler. Je ne sais même pas si je vais reprendre l'école...Je ne sais pas ce que je vais faire, ce que je vais devenir. Je suis tellement seul et perdu», ajoute-t-il, en haussant les épaules. Et ses parents ' Mohamed ne sait toujours pas ce qu'il est advenu d'eux. «La Croix-Rouge effectue des recherches pour tenter de les retrouver, de savoir s'ils ont survécu ou si...» La voix du jeune garçon se brise. «J'étais en danger de mort, j'ai été obligé de partir.Oui, je regrette d'être venu. Car je n'ai aucune idée de ce que je vais faire, de ce que je vais devenir. Mais je sais que si j'étais resté là-bas, je serais mort», insiste-t-il, d'une traite. «Si mes parents sont encore en vie, je rentrerai chez moi, même si la situation n'est pas tout à fait calme», prévoit-il, en souriant à l'idée que ce soit sa famille qui le rejoigne. «Venir ici ' Mais pour faire quoi '»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghania Lassal
Source : www.elwatan.com