
Concentrée, la jeune fille prend soigneusement une perle en plastique, l'enfile, puis la fixe en nouant le fil avec dextérité. «C'est une dame d'une association qui m'a appris à les faire. On les vend», explique fièrement Esther, en désignant du menton les corbeilles qu'elle assemble patiemment. Elle a 13 ans. Mais, sous les tresses qui lui tombent sur le visage, elle en paraît beaucoup plus.Physiquement, certes, mais aussi et surtout de par sa maturité. Elle parle posément, lentement, gravement même. Elle a le geste lent, le regard profond et la réflexion de ceux qui ont dû grandir trop vite. Esther n'avait que 9 ans lorsqu'elle a fui le Congo. «Il y avait des problèmes politiques», dit-elle avec ses mots d'enfant qui ne comprend et ne retient, de la folie des adultes, que l'essentiel. «J'étais avec mon frère pas très loin de chez nous. Nous avons vu une horde forcer notre porte.Nos parents étaient à l'intérieur», souffle la fillette. Elle triture ses perles, absente. Terrorisés, les enfants prennent la fuite. «Nous ne savons pas ce qu'il est advenu de nos parents. Mon grand frère, qui avait 17 ans à l'époque, m'a emmenée et nous nous sommes faufilés parmi un groupe de réfugiés. Cela a duré des mois», poursuit-elle. Ils arrivent, après bien des misères, à Tamanrasset, où ils s'établissent quelque temps. «Mon frère travaillait sur un chantier et moi je vivais chez une dame», se rappelle Esther.A leur arrivée à Alger, les enfants sont pris en charge par le HCR. «J'ai été placée dans une famille d'accueil congolaise, des réfugiés aussi, tandis que mon frère, majeur, a été hébergé à l'hôtel», dit-elle. Puis, elle baisse la tête, la relève et sourit tristement. «Il est parti. Je crois qu'il en avait assez, alors mon frère est parti. Je n'ai plus de nouvelles de lui.» Elle se retrouve donc, à 10 ans, seule au monde dans un pays étranger, pas toujours des plus bienveillants. «Tu te sens un rien quand tu es seule. Et puis il y a le racisme. Je ne suis pas respectée, je suis agressée, frappée, et personne ne nous défend.Le comportement des gens est vraiment blessant», insiste-t-elle, relatant mille et une histoires communes à ceux-là dont le tort est d'être différent. D'ailleurs, à un âge où l'insouciance devrait être le maitre-mot, Esther se débat avec des démons qui la dépassent. «Ma plus grosse hantise sont les problèmes politiques. ça fait peur», explique l'enfant. «Je ne comprends pas la haine, le racisme, l'intolérance. J'en ai trop souffert, comme tant d'autres», enchaîne-t-elle, affirmant qu'elle rêve de travailler dans l'humanitaire, afin de venir en aide à ces autres.Elle semble résignée, mais elle est troublante de force intérieure, d'inébranlable sagesse. «J'avais une vie tranquille, je ne manquais de rien. Aujourd'hui, j'ai l'impression que je suis le vent. Mais j'ai la foi. Et je sais que tant que je me réveille le matin, c'est le plus important, le plus beau. J'écris des textes aussi, ça m'aide à me sentir mieux», confie-t-elle, le regard fixe et le sourire aux lèvres. Et si elle a foi en l'avenir, Esther se réchauffe aussi à la flamme de l'espoir de repartir un jour chez elle et de retrouver sa famille. «Lorsqu'on a vécu ce que j'ai vécu, l'on n'a plus peur de se battre pour ses rêves», conclut l'enfant.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghania Lassal
Source : www.elwatan.com