Mauvaises postures, mauvaise culture
Certains comportements et postures, s’installant durablement dans une société, peuvent à la longue revêtir la nature de normes sociales, et qui, s’ancrant en tant que telles dans la psyché collective, pourraient se muer en croyances, rites, ou éléments de culture (culture, dans le sens sociologique).
S’il venait à atteindre ce stade, un comportement deviendrait difficile à extirper, pour ainsi dire, des mentalités. Emprunt de foi, de moralité dont le simple des communs ne saurait en retrouver l’origine.
On pourrait sans doute faire l’économie de coûteuses révolutions et rééducations d’un peuple à l’avenir pourvu qu’on se garde au présent d’engager ou de soumettre celui-ci, par la castration, par la manipulation négative des croyances déjà existantes chez lui, dans de mauvaises postures; celles-ci servant conjoncturellement tel ou tel pouvoir, alors qu’en général, elles constituent le prélude à l’effacement de toute la consistance de ce peuple.Des attitudes apparues à la suite de notre indépendance, et dont nous avions, tout au long de ces années, prévu la disparition à la faveur de telle ou telle expérience civile, avec ses crises, ses structurations, ses remises en cause, sont encore là, pernicieusement ancrées, comme des certitudes religieuses chez les uns, comme des tics pavloviens chez les autres. On observe aujourd’hui, non sans inquiétude, que pouvoir et citoyens, et, au sein de chaque sphère, dirigeant et dirigé, se les partagent, celles des uns en résonance avec celles des autres. La corruption, l’arbitraire, la hogra, le laisser-aller constituent le carré de valeurs interdépendantes le plus dévastateur.
Sont-elles là encore par quelque malédiction ? Par le fait d’un atavisme singulier ? Parce que nos crises ou prises de conscience à travers le temps ne furent pas profondes et qu’elles ne provoquèrent pas alors le bouleversement suffisant, ou parce que les idées, les réformes voulues ça et là n’eurent pas assez de force pour prendre le relais des questionnements et s’imposer comme des visions neuves induisant un comportement nouveau ? Ou alors, parce que, tout simplement, le système qui les a toujours générées et entretenues, fut et demeure plus tenace, plus malin qu’un cancer, voire plus subtile à se reproduire sans fin?
De quelque vision de philosophie générale, ou de philosophie politique qu’on parte, transcendantale, évolutionniste, ouverte ou historiciste, on soutiendra- schématiquement- qu’on aura besoin, pour sortir du cercle fermé de reproduction de comportements «socialement handicapants», du visionnaire, c’est-à-dire de celui qui fait les justes projections d’avenir, de l’analyste et du législateur. Mais, même si le visionnaire a vu juste et l’analyste a fait la bonne analyse, le législateur n’a pas le droit de légiférer de son propre gré. L’institution ayant habilité à l’y autoriser ou à l’y pousser n’existant réellement pas chez nous, on aurait besoin d’une quatrième autorité : celle d’un lutteur porteur d’éthique. C’est la victoire d’un homme d’éthique de cette nature qui permet à ce que la voie de la loi soit suivie. Et c’est cette loi, appliquée ensuite, respectée sur plusieurs générations, qui générera un comportement qui entrera dans les mœurs et intégrera l’éthique. A titre d’exemple, ce n’est pas par le simple fait de la nature, mais c’est à coup de lois appliquées durant des décennies que le Suisse ne jettera pas, d’instinct, les ordures dans la rue et que le responsable de sa commune n’oubliera jamais d’envoyer les éboueurs dans les moindres recoins de la cité. Le prophète Mohammed, Gandhi, Marx, avaient au-delà de leur conception du monde respective, une éthique (qu’ils observaient en toute circonstance et envers chacun), une éthique qui a fortement participé à donner une crédibilité à leurs lois et porté les hommes à les défendre et à les appliquer. Depuis l’indépendance, on attend que l’Algérie auréolée du mythe d’héroïne enceinte de miracles, enfante d’un homme de cette nature, qui nous guiderait. A chaque niveau des institutions, on attend qu’apparaisse aussi l’homme qu’il faut. Et à la venue de chaque président de la République, les premiers signes disent au simple citoyen que c’est lui; et, à une échelle moindre, chaque responsable qui vient et dit aux citoyens: c’est moi que vous attendiez. Mais ce qu’on aura pris, un temps, au-delà de la forme de gouvernance qu’il prônait, pour une moralité chez la personne, n’était que discours moralisateur qui aura servi exclusivement à nouer les attaches de son pouvoir. Reconnaissons néanmoins qu’on n’avait pas assez d’éthique pour ne pas faire semblant de le croire, ce à quoi il avait cru ou fait semblant de croire (pour rester dans les normes de la communication perverse). Et si nous en avions eu de sincère, il est probable que le système à la base et les noyaux durs du pouvoir caché(en place avant lui, encore en place malgré lui), tout en faisant semblant de se soumettre à ses vœux d’éthique, l’aient poussé peu à peu dans des postures «donquichottesques» (qu’illustrent bien ces moments de «techyid» par le Président, dans la fête forcée et l’obséquiosité douteuse des responsables) où il n’aurait jamais pu comprendre si la masse l’acclamait ou s’en défoulait, si elle faisait semblant de croire à ses qualités qu’il voulait bien exhiber, ou si elle aussi lui faisait les yeux doux pour quelques intérêts ponctuels. Bref, nous avons atteint une drôle de culture, si bien qu’il nous est difficile de prétendre au progrès ou à la culture, celle qu’on définit par l’invention de la finesse.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com