Alger - A la une

Malika Jendoubi, responsable export chez Gallimard, au Temps d'Algérie



Malika Jendoubi, responsable export chez Gallimard, au Temps d'Algérie
Malika Jendoubi, une professionnelle au Sila. Le matin, il est facile de la trouver dans les sillons du Salon international du livre d'Alger. A l'image du personnel du stand Gallimard, elle contribue à la mise en place des ouvrages. Entre deux rangements, elle a accepté de revenir sur la participation de la prestigieuse maison d'édition Gallimard depuis la relance du Sila il y a une douzaine d'années.Le Temps d'Algérie : Vous pouvez nous parler de la participation des éditions Gallimard au Sila ' Des nouveautés ' Malika Djendoubi : Pour les nouveautés, vous avez toute la rentrée littéraire. Nous avons aussi apporté tous les livres qui ont paru depuis le salon de l'année dernière. Et comme vous savez, nous avons un très gros catalogue d'auteurs très importants. Ils sont connus, on va dire universellement, ce qui fait qu'on les apporte aussi au Sila, comme Simone de Beauvoir, Céline, les prix Nobel. Nous avons quand même une série de prix Nobel, que ce soit les derniers ou un peu plus anciens, comme Naguib Mahfoud ou Pamuk Orhan, Vargas Llosa, Marie Gustave Le Clézio ou encore le plus récent, Patrick Modiano. En fait, on a apporté la plupart de ce qui nous paraissait incontournable. Il reste beaucoup de choses que l'on n'a pas pu ramener cette année. Par exemple, on n'a pu apporter qu'un tout petit peu de poésie alors qu'on a un plus gros catalogue de poésie. Qu'est-ce qui vous limite dans le choix et les quantités d'ouvrages que vous exposez au Sila ' D'abord la surface. Nous sommes, d'après ce que je crois, l'un des stands les plus visités parce que le public trouve ce qu'il cherche. Ils nous trouvent nous aussi. Nous conseillons. Nous avons des gens très fidèles. Nous pourrions faire un genre de carte de fidélité, mais les gens nous connaissent et ils savent qu'ils peuvent compter sur nous. Certains m'écrivent même pour que je leur rapporte des commandes. Voilà, on essaye de faire plaisir à tout le monde. Au 5e jour du Salon, pour vous, quel est le livre qui s'est le plus vendu ' Probablement les livres de John Green. Je crois qu'il n'y en a plus du tout. J'ai dû amener une centaine d'exemplaires de trois de ses titres, et même il y en a un qui a une version poche qui a été faite avant le film. Tout est parti ! C'est vrai que nous ne ramenons pas des quantités astronomiques. Vous avez le droit à 200 exemplaires par ouvrage ' Mais non ! Nous nous limitons nous-mêmes au vu de la variété de ce que nous avons. Nous ne pouvons pas apporter plus de 100 exemplaires, ce n'est pas possible ! Alors bien sûr, nous avons le «Petit prince» puisque de toutes façons, tous les ans, il y a un événement autour. Nous avons aussi tous les ouvrages d'Albert Camus, nous faisons avec un prix spécial. D'ailleurs, pour Boualem Sansal aussi. Justement, vous avez ramené le dernier ouvrage de Boualem Sansal «2084, la fin du monde» ' Pour Sansal, nous n'avons pu ramener qu'une petite quantité parce que tout ce que voyez dans le stand part le 10 septembre au plus tard de France pour pouvoir arriver suffisamment à temps pour passer toutes les formalités et être exposé au Sila. C'est vrai que je rapporte des petites choses à la main pour compenser, mais ce n'est pas évident. Mais par contre, on a fait partir une quantité importante avec un prix spécial ; on pensait que ça pourrait arriver avant la fin du salon, mais je crois malheureusement que ça n'arrivera que 3 jours après. Ce sera livré en revanche dans toutes les libraires à Alger et à l'intérieur du pays. Avez-prévu des remises ou des promotions pour le salon ' Nos livres tels que vous les voyez, c'est comme s'ils sont donnés, parce que la location d'un stand coûte 15 000 $. Les prix que l'on applique sont les prix France. ça veut dire qu'ici, quelqu'un qui est à Alger, qui n'a pas voyagé, qui n'a pas eu à payer pour l'hébergement, la nourriture pendant son voyage? trouve le même prix public en France. Par contre, tout ce qui est littérature a eu 40% de réduction. A la base, les prix sont entre 17 et 20 euros. Le prix d'un livre de 20 euros en France, on le vend l'équivalent de 12 euros à Alger. Cela veut dire que l'on fait pour la littérature en grand format un effort pour que les gens puissent lire les livres immédiatement avant qu'ils ne paraissent en poche, l'année d'après en général. 15 000 $ la location du stand, mais ce n'est pas tout ' 15000 $ de location pour la durée du salon. Seulement, moi je suis là à Alger depuis le 23 octobre jusqu'à la fin du salon. Je paie l'hôtel, je mange? Mon patron me paie, ça, c'est des frais supplémentaires. Il y a des gens qui sont ici et qui tiennent la caisse. Et tout le personnel occasionnel que l'on engage spécialement pour le salon. Je vous le dis, sur ces livres, on ne gagne absolument rien. Nous sommes perdants. Si vous êtes perdants, pourquoi Gallimard continue-t-il de participer au SILA quand même ' Pour le principe. Mais je vous le dis, cela ne peut pas continuer indéfiniment à perte. Nous avons toujours l'espoir qu'il y aura des relais qui se créent. Quand on vient et qu'on me dit : je ne trouve pas le livre, je réponds d'aller en librairie. Les libraires, eux, ne peuvent pas survivre. Ils ne peuvent pas faire de commandes régulièrement, ils ne peuvent pas ramener la nouveauté si vous n'allez pas les voir. Il faudrait que le public prenne cette habitude de faire confiance à son libraire. Plus il va chez le libraire, plus le libraire va renouveler son stock. Nous, toute l'année, on fait des promotions. Des livres gratuits pour l'achat de tel ou tel livre. Des petits chapeaux, des petites montres, des petites lunettes? on a toujours des supports promotionnels. Comment y remédier ' Il faut savoir que c'est terminé ! L'édition française, maintenant, vit au jour le jour. C'est-à-dire qu'un livre, on l'édite à 3000 exemplaires ; s'il y a de la demande, on va le réimprimer, sinon, on ne peut plus tenir des stocks. Tout est cher : la main-d'?uvre, l'emplacement, la gestion, tout? est cher. Je pense malheureusement que nous sommes en train de donner l'illusion aux gens que tout n'est pas cher. Ce n'est pas vrai du tout. Nous sommes encore là parce que les organisateurs du Sila tiennent à nous, l'ambassadeur de France à Alger aussi. Parce que nous sommes une maison d'édition, nous avons un patron qui s'appelle Antoine Gallimard qui est la troisième génération des Gallimard. Il est très proche de tout ce que nous faisons. Nous tenons à ce que notre maison rayonne dans le monde entier et garde son nom. Mais il y a quand même des limites. Il faudrait qu'à un moment donné, on réalise qu'un, deux, trois? dix ans de perte, c'est beaucoup. Même si personnellement j'adore le public algérien, il est connaisseur et fidèle. Il aime notre production mais il faudrait qu'il y ait des relais. Pour vous, un nombre de libraires plus élevé en Algérie peut tout changer ' Ils ne sont pas nombreux parce que le public n'y va pas ! C'est tout bête ! Si le libraire a tous les jours un public, il s'agrandit. Il fait des marges et prospère. Si on le laisse mourir à petit feu, il ne fera rien. Vous avez encore de la chance d'avoir des libraires qui ont de la qualification. Ces gens-là, il faut les aider. Nous avons presque honte de venir là et de leur faire de la concurrence. Ce n'est pas de gaieté de c?ur. On est entre deux feux. On les aime, les libraires. Dans le monde entier, les éditions Gallimard sont les premières à avoir un relais efficace en librairie. Combien avez-vous de relais en Algérie ' Pas grand-monde pour l'instant ! Actuellement, nous sommes en pourparlers pour travailler efficacement avec la librairie Kalimat. On voudrait travailler avec Mme Soal Fatiha qui est venue à Paris et que l'on considère comme la meilleure libraire d'Alger. Les autres, je ne les connais pas, hélas ! Mais cette dame est la personne la plus qualifié, la plus discrète, reposée et qui peut faire quelque chose, sauf qu'il faut que les gens viennent en librairie. Entretien réalisé


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)