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Mali : transition sous contrôle '



La diplomatie, avec son prudent art qui excelle dans l'équilibrisme, laisse une mince crédibilité aux déclarations adroites et savamment étudiées. La mutinerie militaire qui a entraîné, mardi dernier, le renversement du président en exercice au Mali voisin, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), n'échappe pas à cette règle et pousse à prendre avec des pincettes les différentes réactions des dirigeants de pays, qui usent de formules attentistes, parfois de neutralité douteuse, investis corps et âme dans la crise qui secoue le Mali depuis de nombreuses années, ainsi que les positions d'autres organisations mondiales qui n'ont jamais rien pu faire de bon pour ce pays. Et si le coup d'Etat constituait effectivement la solution idoine, salutaire, pour le peuple malien 'Pour mettre les choses dans leur contexte réel, il est fondamental de faire en premier lieu le constat des répercussions internes de ce coup d'Etat, qui n'en est pas un selon ses initiateurs. Les Maliens, qui manifestent leur colère depuis des semaines contre les dirigeants du pays, applaudissent et célèbrent dans la joie l'éloignement du président Ibrahim Boubacar Keïta. Pour de larges pans de la société civile et des partis politiques, IBK fait partie de l'histoire, déjà. Et, l'avenir du Mali se reconstruit avec une rapidité de l'éclair, dont l'installation annoncée d'un Conseil de la transition avec président pour assurer la transition, qui se fera « aussi vite que possible », comme le souligne le colonel Ismaël Wagué, porte-parole de la junte militaire, laissant croire que ce plan était achalandé depuis des semaines, certainement avec la complicité intime de puissances étrangères. La France, qui déploie au Mali une importante mission militaire, pourrait-elle être abusée et être prise de court quant à la préparation de ce coup d'Etat et son exécution par une junte militaires ' Le président français Emmanuel Macron a déclaré que la France et l'Allemagne « condamnaient le coup d'Etat » et « souhaitaient une transition la plus rapide possible vers un régime civil ». C'est dire la chose et presque son contraire. Il est probable qu'on ait favorisé une telle solution du putsch militaire et de la transition « contrôlée » mieux que de faire face à un éventuel dérapage incontrôlé des manifestations populaires, de plus en plus menaçantes avec l'émergence en leur sein de forces opposées à toute présence étrangère sur le sol malien, et qui avaient pour exigence principale, justement, le départ d'IBK et de son gouvernement.
D'ailleurs, après avoir rencontré les putschistes, le chef du mouvement d'opposition M5 du Mali, l'imam conservateur Mahmoud Dicko, l'un des principaux acteurs des grandes manifestations de rue qui ont appelé M. Keïta à démissionner, a annoncé qu'il se retirait de la vie politique. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la situation au Mali tend, à première vue, vers l'apaisement dans le sillage de ce coup d'Etat militaire. Reste à connaître la réaction d'autres mouvements, dont ceux qui usent des armes pour se faire entendre. Au nord du pays, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), qui a déclaré, à travers un communiqué rendu public le 20 août, qu'elle « prend acte de la démission du président de la République, de la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale », a rappelé à l'opinion nationale et internationale son «attachement à la résolution de toutes les crises qui entravent la bonne marche du pays et appelle à la mise en ?uvre intégrale et diligente de l'Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d'Alger (2015) avec l'accompagnement de tous les partenaires internationaux.» Ainsi, l'accord d'Alger, que certains tentent d'enterrer depuis sa signature, trouve encore ses défenseurs au sein du peuple malien. Et, Alger n'a pas d'autres options que de les soutenir durant cette phase de transition en marche au Mali.
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