«Réhabiliter les structures sportives»
L’insuffisance des infrastructures sportives au niveau de la ville d’El-Bahia, et l’état délabré de celles existantes, ont été, depuis de longues années, le souci majeur des clubs oranais qui en ont sérieusement pâti.
Pourtant, des sommes faramineuses ont été débloquées par l’Etat pour les retaper comme c’est le cas du stade «Zabana» et le palais des sports «Hamou Boutlélis». Mais apparemment, les résultats réalisés sont très en deçà de ceux escomptés, créant ainsi, un vif sentiment de découragement au sein des entraîneurs qui n’arrivent plus à donner la pleine mesure de leur savoir-faire. Or, depuis la nomination de M. Midas à la tête de l’OPOW, l’espoir revient au sein de la corporation tant il est vrai que l’intéressé est précédé d’une excellente réputation.
Dans quelques jours, l’actuel directeur du parc omnisports d’Oran bouclera sa première année, et en cette occasion, notre quotidien s’est rapproché de lui pour un entretien.
V.O : Tout d’abord, nous vous invitons à faire plus ample connaissance avec le public sportif qui ne connaît de vous que le nom ?
M.D : Je m’appelle Midas Djillali, né le 3 octobre 1939 à Laghouat. Ancien footballeur au FUS de Rabat puis au Stade marocain. Une équipe où a joué aussi un autre Algérien au poste d’arrière droit. Il s’appelait Chiali. Après l’Indépendance, j’ai évolué alors au sein de la JSM Tlemcen car étant militaire, j’ai été affecté à l’école des cadets de cette ville où j’ai exercé aux côtés du général-major Senhadji.
- En jouant au Maroc, vous avez dû sûrement connaître feu Larbi Benbarek, surnommé la perle noire en ce temps-là?
- Effectivement, j’ai eu cet honneur et ce bonheur. C’est une chose que l’on ne peut jamais oublier. Feu Larbi Benbarek, dont la célébrité avait dépassé toutes les frontières, était en ce temps-là, entraîneur du Stade marocain.
- Avant votre arrivée à la tête de l’OPOW, vous avez déjà assumé cette responsabilité au niveau du complexe sportif de la 2éme Région militaire. Pouvez-vous nous en parler?
- Mon passage à la tête du complexe sportif de la 2éme Région militaire restera à jamais gravé dans ma mémoire et j’en tire une grande fierté parce que nous avons réussi de très bonnes choses. Cette structure qui était un véritable joyau, doté de toutes les installations nécessaires, et que même les Européens nous enviaient, a vu le passage de véritables champions et de grands sportifs. Je peux vous citer à titre d’exemple, les nageurs Salim Ilès, Affane, Benchakour, les footballeurs Drid, Kechamli, Benyoucef Boutkhil et j’en passe. D’ailleurs, la liste est très longue, et il serait fastidieux de les nommer tous. Après quoi, j’ai été nommé directeur du sport militaire au niveau toujours de la 2éme Région militaire. Dans cette nouvelle responsabilité, je pense avoir rempli mon devoir puisque durant de longues années, la 2éme Région militaire dominait les compétitions nationales.
- Cela va faire bientôt une année que vous avez été installé à la tête de l’OPOW. Quel bilan en faites-vous?
- Le 07 juillet exactement, j’aurais, Inchallah, bouclé une année en tant que directeur de l’OPOW. Pour ce qui est du bilan, je ne peux en parler parce que l’état dans lequel j’ai trouvé cette structure ne nous a laissé aucune possibilité d’engager des opérations de grande envergure. Cela dit, je peux tout de même affirmer, et en toute honnêteté, que les actions entreprises commencent à effacer, quelque peu, les graves anomalies relevées sur site lors de ma prise de fonction.
- Peut-on avoir plus de précisions sur l’état dans lequel vous avez trouvé l’OPOW?
- Sans exagération aucune, je peux vous affirmer que j’ai trouvé une épave. L’état des installations était catastrophique, la gestion financière des structures, inadéquate pour ne pas dire inexistante, un personnel livré à lui-même et et qui plus est, inopérant. Il y a une pléthore de personnel administratif au niveau du stade «Zabana» alors que ce genre de structure a surtout besoin d’agents d’entretien. Il y a beaucoup qui encaissent sans rien faire, et ce n’est pas de leur faute. C’est celle des responsables qui les ont affectés. En plus de ça, je trouve des dettes de 1.500.000.000 qui représentaient les charges annexes, c’est-à-dire l’électricité, l’eau, etc... des différentes structures.
- Vous dites que vous avez trouvé l’OPOW dans un état lamentable, et pourtant tout le monde sait que certaines structures comme le stade «Zabana» et le palais des sports ont fait l’objet d’une grande opération de rénovation. Le public voudrait bien en savoir un peu plus si cela ne vous dérange pas ?
- A l’instar de l’opinion sportive, je reste moi-même sceptique quant à la finalité des opérations de réparation qui ont été menées au niveau de certaines structures. On m’a fait savoir que l’enveloppe financière réservée aux réparations au niveau du stade «Zabana» était de l’ordre de 10 milliards. Or, ce que j’ai pu constater sur le terrain est loin de les valoir. Personnellement, et en toute objectivité, je suis très étonné parce que rien sur place ne justifie pareille somme. Même pas son dixième. Il en est de même pour le palais des sports «Hamou Boutlélis» dont les travaux de réfection ont, parait-il, coûté la bagatelle de cinq milliards. Sincèrement, je me demande comment ils s’y sont pris puisque le toit fuit toujours quand il pleut, sans parler de l’état de la gomme dont se plaignent tous les utilisateurs. Lors du championnat du Monde des moins de 17 ans en volley-ball, nous avons été très soulagés qu’il n’ait pas plu. Sinon, nous aurions été la risée des pays participants.
- Est-ce que vous avez relevé tout ça lors de la passation de consignes?
- Les conditions et la situation qui prévalaient lors de mon installation ne pouvaient absolument pas me permettre de procéder à une quelconque passation de consignes. Celle-ci était quasiment impossible. Malgré ça, j’ai accepté d’assumer cette responsabilité parce que je n’ai jamais tourné le dos à mes devoirs envers mon pays. A chaque fois que celui-ci avait besoin de moi, j’ai, de suite, répondu présent. Je vais vous étonner en vous disant que jusqu’à présent, je n’ai pas encore été régularisé et je continue à travailler bénévolement.
- Au sein de l’opinion sportive, il se dit que vous avez un différent avec le DJS d’Oran en ce qui concerne la piscine sise au jardin public. Qu’en est-il exactement?
- Avant tout, je dois préciser que je n’ai rien contre la personne de M. le DJS. Il y a seulement une divergence de vue entre lui et moi concernant cette structure. Il faut que l’opinion sache que cette piscine recèle de très nombreuses anomalies qui sont nuisibles aux utilisateurs. D’ailleurs, les experts, qui ont été dépêchés par Alger pour une inspection, ont confirmé toutes les réserves que j’avais formulées. Le même constat a été fait aussi par Madame Benmaghsoula, la directrice des équipes nationales de natation. Elle a été offusquée par ce qu’elle a vu. J’étais absolument contre son ouverture, et c’est pour cette raison que j’ai refusé de la prendre en charge. Ce n’était pas du tout l’avis de la DJS qui l’a ouverte au public avec tout ce que cela comporte comme risques pour la santé des gens. En plus de ça, sa gestion financière ne répond à aucune norme réglementaire. Je ne sais pas comment s’y est prise la DJS pour confier la gestion de la piscine à une association et je me demande sur quels critères cette dernière s’est basée pour arrêter le montant des abonnements.
- Considérant toutes ces anomalies, est-ce qu’il y a des mesures qui ont été prises pour y mettre fin?
- Evidemment, puisque après les rapports que j’ai personnellement adressés à qui de droit et ceux des experts, il a été décidé la fermeture de la piscine, et l’entame des réparations à faire. Après quoi, il restera le problème de sa gestion qui nous revient de droit et qu’on devra clarifier car avec leur procédé actuel, il est quasi certain que nous rencontrerons des problèmes par la suite.
- Lors de la phase retour et compte tenu des bons résultats du MCO, le stade «Zabana» a retrouvé sa légendaire ambiance. Cela devait être très réconfortant pour vous, n’est-ce pas ?
- Sans doute aucun, et ce, sur le double plan sportif et pécuniaire. On ne doit pas oublier que le stade «Zabana» a été choisi pour abriter les matches de l’EN dans le cadre des éliminatoires combinées de la CAN et du Mondial. Et ce choix en lui-même est une fierté pour nous. Ensuite sur le plan pécuniaire, il a fait rentrer dans les caisses 1.034.000.000 de centimes, et ce, uniquement pour les championnats des divisions «I» et «II». Ce qui n’est pas mal. Sans les huis clos, nous aurions fait beaucoup mieux. Pour les matchs de l’EN, l’organisation a été chapeautée par des gens venus d’Alger. D’autres structures telles que le centre de tennis de St. Hubert peuvent être rentabilisées mais malheureusement il n’y a pas eu de suivi. La FAT a contracté un bail de location avec l’OPOW mais depuis deux ans elle n’a rien versé. Aussi, j’ai fait une lettre au Trésor pour lui bloquer le compte. Même la FAF nous est redevable en ce qui concerne notre quote-part dans les panneaux publicitaires. Là aussi, nous avons saisi le trésorier de la wilaya pour lui demander de lui bloquer le compte.
- Il y a aussi le problème des billets scannés qui a été, lui aussi, pour quelque chose dans le manque à gagner. Est-ce que vous avez songé à y parer ?
- Je ne vous apprends rien en vous disant que le scannage des billets nous a causé un grand préjudice et un manque à gagner très important. Mais, nous ferons tout notre possible pour trouver la parade. Nous allons nous occuper nous-mêmes de la billetterie en imprimant à chaque fois des billets différents. C’est une solution qui pourra dérouter les amateurs du scannage. Il y aura d’autres modifications à apporter aux billets au fur et à mesure.
- Maintenant que vous avez certainement cerné les problèmes et les anomalies constatées, qu’envisagez-vous de faire dorénavant ?
- En plus de la rigueur dans la gestion que nous avons instaurée, et la restauration de la pelouse dont vous pouvez constater de visu son excellent état, nous ferons tout pour offrir toutes les commodités nécessaires au public. Ce dernier, et selon les instructions de la tutelle, doit avoir à sa disposition des sanitaires et des buvettes. Des structures qui ont disparu et qui ont été remplacées par des salles de boxe, de judo, une administration et j’en passe. Même les gens de la presse doivent avoir droit à de la considération et bénéficier de plus de commodités pour faire convenablement leur travail. Le plus urgent pour le moment, est le renforcement des gradins qui présentent un vrai danger pour les spectateurs.
- Je vous laisse clore cet entretien
- Je vous remercie d’abord, de m’avoir offert l’occasion de mettre au clair certaines choses et d’écarter tout flou que des personnes voudraient entretenir. J’ai été investi d’une mission et je compte la mener à bien comme je l’ai déjà fait par le passé. Je gère une structure étatique et je dois le faire selon les normes. N’en déplaise à certains qui n’apprécieront peut-être pas mes méthodes. J’ai été formé à bonne école et je compte mettre en pratique ce que j’y ai appris. Le renouveau du sport passe obligatoirement par la remise en état des structures sportives, et c’est ce que je compte faire.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com