Alger - Revue de Presse

L’Algérie et la France



Les deux ventricules de la Méditerranée   C’est grâce à Ibn Rochd dit Averroès qu’Aristote fut «retrouvé» à travers de célèbres commentaires condamnés par la Sorbonne en 1240 mais sur lesquels la renaissance fondera le matérialisme. Ainsi, accepter aujourd’hui que la Méditerranée devienne un nouveau mur de Berlin «dans nos têtes» serait nous couper des sources les plus fécondes de notre civilisation.   Les relations amicales entre Algériens et Fran- çais sont anciennes et aucun dossier aussi important que le passé colonial, l’immigration, le Sahara occidental, les Harkis n’a pu les rompre. La Méditerranée, véritable passerelle entre les deux Etats est toujours sortie victorieuse. Les relations amicales entre les deux pays sont solidifiées chaque jour davantage par certains actes. On citera le choix de la France comme lieu d’hospitalisation de Abdelaziz Bouteflika. Les Algériens n’oublieront jamais l’accueil chaleureux et affectueux qui lui a été réservé durant son long séjour. Ils n’oublieront pas de sitôt que la France a ouvert grandes ses portes au défunt Yasser Arafat qui a rendu l’âme à l’hôpital du Val-de-Grâce de Paris et que les Français lui ont rendu les honneurs dignes d’un grand chef d’Etat.A ceux qui ont l’esprit court, la France a répondu présente dans les circonstances douloureuses des séismes d’El-Asnam et Boumerdès et les inondations de Bal El-Oued. Qui peut oublier les voyages historiques de Jacques Chirac à Bab El-Oued et Oran avec les immenses foules qu’il à drainées? Qui peut nier que toutes les grandes villes algériennes sont reliées à la France par les airs et la Méditerranée? Qui peut ignorer que les opérations «jumelage» touchent tous les secteurs de la vie politique, culturelle, sociale et économique entre les deux pays? En fait, l’amitié algéro-française a toujours existé et n’a pas eu besoin d’un traité. A l’ancienne politique impulsive peu soucieuse des conséquences, la France d’aujourd’hui applique le raisonnement du discours de Phnom Penh: «Il n’y a aucune chance pour que le peuple de l’Asie se soumette à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelle que soit la puissance de ses armes.» Si l’accentuation des disparités de revenus, des croissances démographiques, des oppositions religieuses pose un vrai problème, celui-ci ne trouvera de solution que politique et cette solution est entre les mains des peuples eux-mêmes. La contribution doit porter un nom: c’est la coopération; coopération culturelle, économique, politique. En réalité ce qui est en question, c’est la vision politique qui préside à l’idée même de coopération. Celle-ci n’est pas que technique. Elle ne peut se résumer en une succession de «politiques au quotidien». Coopération pour faire quoi ensemble ? L’Algérie sous Bouteflika a bien compris qu’elle ne peut rien faire avec autrui si elle n’échappe pas à l’enfermement culturel. Elle ne pourra pas échapper à la question lancinante de la modernité et Bouteflika qui continue à regarder le présent, ne voient en fait que l’avenir: il cherche à placer l’Algérie dans le peloton de tête des nations comme De Gaulle parlait de la France… dans l’univers. Sur ce sujet, le Président algérien a une vision forte de l’avenir en voulant inscrire son pays dans la modernité. C’est ce qui l’a poussé à casser les tabous. Dans son entreprise, il jouit du soutien des Algériens en général. Il faut reconnaître que l’effet Bouteflika a eu, en quelques années, d’heureuses répercussions internationales qui se traduisent aujourd’hui par une nette amélioration de la perception que la communauté internationale avait de l’Algérie et de ses problèmes. Durant son premier mandat, le président Bouteflika a multiplié les sorties à l’étranger pour vendre une certaine image de l’Algérie aux étrangers abreuvés d’images de violences sur le pays. Il faut lui reconnaître le fait qu’il est rompu à ce genre d’exercice et en connaît toutes les ficelles. Dans tous les pays du Bassin méditerranéen, la coopération peut favoriser les forces nouvelles, tandis que toute confrontation, au contraire, les marginalise. La diplomatie de notre pays nécessite un puissant accompagnement culturel. L’Algérie sous Bouteflika songe à ses intérêts. Elle évite la politique de la chaise vide. C’est ce qui a conduit notre ministre des AE à assister au comité de suivi du XXe Sommet France-Afrique (51 pays), alors que l’Algérie n’a jamais fait partie des pays de la francophonie. Dès lors, l’Algérie ne rate aucun sommet. Pour notre diplomatie, la francophonie constitue un espace qui a beaucoup évolué et son nouveau cadre stratégique correspond en beaucoup de points à la vision algérienne. Sur un autre chapitre, notre pays a intégré le groupe d’actions humanitaires sous l’égide de l’OTAN. Il est le seul Etat du Maghreb qui ne faisait pas partie de ce groupe, alors que l’Algérie est perçue comme un Etat pivot dans la nouvelle stratégie militaire américaine baptisée «force XXI». Kennedy ne disait-il pas que l’Algérie est la clé de l’Afrique du nord? Notre pays est acquis au dialogue méditerranéen depuis mars 2000. Il apporte sa contribution au dialogue serein, responsable et constructif en vue de la consolidation de la paix et la sécurité dans l’espace méditerranéen. L’Algérie a accueilli trois escales navales de l’OTAN au port d’Alger (2002/2003 et 2004) et a participé à l’opération ‘activ En Deavour’. Quant à la coopération économique, elle est l’indispensable volet, faute duquel un grave fossé se creusera. La France est notre premier partenaire économique. Elle est appelée à favoriser avec l’Algérie le dialogue Euroméditerranéen sur le plan stratégique et économique. L’Algérie fournit des efforts considérables pour rattraper son retard. N’oublions pas que ces quinze dernières années, elle a vécu et vit encore la tragédie que lui fait subir le terrorisme barbare. Ce terrorisme qui a contrarié les énergies du pays, bloqué les initiatives créatrices et freiné l’élan de développement économique et social engagé au lendemain de l’indépendance. C’est bien malgré elle qu’elle a été contrainte de s’occuper d’elle-même, un peu exclusivement pour mettre fin à sa tragédie sécuritaire. L’Union Européenne en général et la France en particulier doivent apporter aide et assistance à l’Algérie pour qu’elle puisse prendre le train de la mondialisation. Elles doivent aussi engager avec elle de véritables planifications, inventorier les complémentarités en les mettant en œuvre, en dehors de cette pulsion mercantile qui a si souvent gâché les meilleures intentions. Ce qui leur est demandé, c’est de nous apporter ce que nous souhaitons en matière d’expertise, d’aide, comme le fonds MEDA, et nous permettre de monter à bord du train de la mondialisation qui est devenu un véritable TGV. Il y a vraiment urgence pour penser de manière nouvelle le «co-développement». L’amitié algéro-française doit être revitalisée de part et d’autre pour constituer l’épine dorsale de la Méditerranée, et la signature du traité qui vise à traduire un partenariat d’exception devrait donner un nouvel élan aux relations historiques entre les deux peuples. Cette amitié, pour être sincère, nécessite la présentation des excuses de la France en direction du peuple algérien. Cette réclamation, faite par le président de tous les Algériens, mérite qu’elle soit acceptée par la France, mère des droits de l’homme et patrie de la devise «Liberté-Egalité-Fraternité». La France a bien reçu les excuses de l’Allemagne. Pourquoi refusera t-elle ce procédé en direction de notre pays? Quand Willy Brandt s’est mis à genoux pour demander pardon au nom de l’Allemagne, il a grandi son pays. La politique au Maghreb comme la politique méditerranéenne sont des œuvres de longue haleine, des chemins semés d’embûches, mais l’une comme l’autre expriment des nécessités constantes de l’Algérie, fille de sa géopolitique. «Tout Etat a la politique de sa géographie», disait Napoléon. Encore faut-il qu’il s’en donne les moyens matériels et moraux. C’est bien par là que commence la nécessaire réaffirmation de l’Algérie, d’une certaine idée de l’Algérie, 52 ans après la glorieuse révolution de Novembre. La France, pays de la révolution de 1789, de Jaurès et du général De Gaulle, doit regarder l’Algérie, la méditerranéenne et la voisine directement liée par des liens historiques avec les deux yeux et non d’un seul œil. Naâr Abi Bakr Militant, membre fondateur du PRA
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