Alger - Revue de Presse

Lilian Thuram au Salon international du livre d’Alger «Les racistes sont des gens malades»



Lilian Thuram au Salon international du livre d’Alger «Les racistes sont des gens malades»
Publié le 02.11.2023 dans le Quotidien l’Expression
Un discours, beau, fort éloquent sur les inégalités et les injustices dans le monde et pourtant! L’invité du Sila refusera de parler de la Palestine…

Dommage, on ne saura rien sur ce qu'il pense à propos du massacre de Ghaza alors que tout portait à croire qu'il la soutenait! «Je répondrai à cette question quand je serais en France. Parce que, quand je parle d'un certain sujet, lorsque ça part d'un pays, ça se transforme pendant le voyage et ça arrive avec des mots différents.» Lâcheté ou dérobade? Pensait- -il que sa réponse était évidente? Lilian Thuram, célèbre footballeur français née en Guadeloupe, était l'hôte du Sila, mardi dernier, invité de l'IFA où il est venu assurer plusieurs programmes. Outre éducatif, Lilian Thuram était présent surtout en tant qu'auteur de deux ouvrages: l'un intitulé «Mes étoiles noires de Lucie à Barak Obama», publié aux éditions Barzakh et le second «La pensée blanche», publié aux éditions Apic. l'invité du Sila fera d'emblée comprendre que Barack Obama ne pouvait pas résoudre le problème du racisme, car estimera t-il: «la problématique du racisme aux États- Unis a une profondeur historique. On peut partir des massacres des Amérindiens, la traite négrière et de la ségrégation et arriver à un changement d'imaginaire ou quelqu'un qui est vu comme noir peut devenir président de ce pays. C'est très important pour l'imaginaire des plus jeunes certes, mais ça ne changera rien. Car il y a des gens qui ont besoin du racisme. Barack Obama a un père noir et une mère blanche et pourtant, on dit qu'il est noir. C'est très important de se dire pourquoi il est vu comme un Noir? Quand sur un terrain de foot, les gens me faisaient le bruit du singe, je savais ce qui se jouait, d'abord je savais que ce n'était pas moi le problème mais celui des racistes. Je savais que les personnes racistes ont besoin du racisme pour se persuader qu'ils sont mieux. C'est pour cela que le racisme anti-noir perdure dans nos sociétés. Ces gens sont malades, il faut qu'ils prennent conscience qu'ils sont malades» Et de souligner en évoquant le fâcheux incident qui s'était tenu en France il y a quelques années ou on avait jeté des peaux de banane sur la ministre Christiane Taubira: «Le racisme est une construction idéologique et politique qui est là pour masquer un système économique du monde.» Et de faire remarquer que le racisme se dirige vers le continent africain.

Violence politique et idéologique
«On va masquer la violence économique, la prédation des corps et des terres par un discours qui va légitimer cette violence. Cela veut dire que la construction idéologique du racisme est une volonté politique liée à une minorité qui construit une économie de prédation. Ce sont des idéologies que les politiques répètent sans cesse et que la grande majorité finit par adopter. Ce sont en général des idées perpétuées par les élites mises en place». Il ajoutera, en prenant exemple sur Mohamed Ali, qu'il faut apprendre à éduquer les enfants à dire non. «On n’est pas obligé d'accepter la société comme elle est. Ce que je fais aujourd'hui c'est vraiment dans la lignée de Mohamed Ali.. Tout ça éduque aussi la jeune génération.». Ce regard négatif porté sur les Noirs, Lilian Thuram le comparera à ce que les femmes subissent aussi... «Aujourd'hui, il faut questionner le passé pour connaître les séquelles qui sont restées dans les sociétés, en Algérie, en Guadeloupe, en France etc, nous devons revisiter l'histoire pour comprendre qu'il y a des choses que nous devons soigner tous ensemble.»
A propos de son livre «La pensée blanche» Lilian THuram dit à juste titre que «la pensée blanche n'est pas la pensée des Blancs. C'est une pensée universelle. Malheureusement, dans beaucoup de pays d''Afrique il y a des jeunes gens qui vont s'éclaircir la peau en pensant qu'être blanc c'est mieux. C'est plus beau. Parce qu'en étant blanc, vous avez beaucoup plus de probabilités de réussir votre vie, vous auriez plus opportunités.
Le monde moderne s'est construit sur la suprématie de l'homme blanc, sur la couleur de la peau qui est une idéologie politique. Cette hiérarchie existe encore aujourd’hui. Maman quand elle était plus jeune on lui disait que c'était préférable qu'elle se marie avec quelqu'un qui aurait la peau plus claire pour avoir des enfants qui échapperont au noir. Il faut juste prendre conscience que nous sommes le fruit d'une histoire, il faut en parler tranquillement, sans tabou pour pouvoir avancer.. (...) il ne faut pas être invisible. Il faut discuter sur ces identités liées à la couleur de peau car ce n'est pas anodin. On refuse d'écouter les personnes qui dénoncent le racisme. On finit presque par croire que ce sont des menteurs.
La catégorie de gens dite dominante parfois n'a pas envie de se confronter à sa propre violence».

L'importance de questionner l'histoire
À propos de son livre, «Pensée blanche» Lilian THuram dira: «Ce qui m'a intéressé c'est le changement de point de vue. Dans la vie on se pense comme étant le centre et on ne se préoccupe pas de ce qu'il y a autour.» Et de montrer une carte géographique faite par ses soins où il remet l'Afrique au centre de la terre, a arguant que celle-ci est souvent «représentée» dans les cartes traditionnelles comme petite ou de façon rétrécie, comparée à l'Europe, qui est au centre et agrandie, tandis que l'Amérique du Nord est agrandie aussi», ce qui est loin d'être fortuit d'après lui.
«Pourquoi? C'est ça qui est très intéressant à soulever. Même la Russie parait plus grande que l'Afrique! Il faut se demander pourquoi? Aussi dans mon livre, on change de perception. Je vais questionner une catégorie qu'on ne questionne jamais: qu'est-ce que c'est être blanc? Les gens ne comprennent pas cette question. Être blanc c'est une construction politique. Nous pensons par habitude. D'où viennent ces habitudes? Ça vient de l'histoire. C'est pourquoi il est intéressant de questionner nos conditionnements, à partir de ce moment on finit par comprendre qu'on est enfermé dans des catégories et ces catégories, nous emmènent à avoir des attitudes de racisme et de sexisme. La première des choses à faire est de changer de point de vue.»L'ex footballeur réitère: «Remettre les choses dans leur contexte historique c'est très important». Et de conclure sur ce qui se passe dans le monde: «Si je fais ce que je fais c'est que j'ai espoir. Les gens qui sont dans une certaine neutralité peuvent dire qu'il n' y a pas d'espoir. En règle générale, ce sont les minorités qui font la différence. Ils tirent les gens vers un monde positif. Je crois en cette minorité qui va faire en sorte que les choses avancent. Aujourd’hui dans le monde, il y a des gens qui sont conscients de la fragilité des égalités et ils sont prêts à se battre. Tout dépend de qui parle, de quel côté voyez-vous les choses? Nous sommes peut-être dans un moment historique où les choses se brisent, mais le meilleur va advenir. Tout est question avant tout de point de vue!»
O. HIND

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