Le processus de privatisation est mis en veilleuse depuis plus de six ans. Quelque part, on a fait l'hypothèse implicite que les résultats obtenus sont plutôt décevants. La question de la privatisation est facile à trancher pour un idéologue de droite ou de gauche. Un politicien de gauche est déjà formaté mentalement pour rejeter le processus. Il lui suffit de trouver un exemple négatif. Une entreprise cédée à un prix sous-évalué ou une laiterie en grève est une preuve toute indiquée que la privatisation est une catastrophe pour la nation. Pour un politicien de droite on prend comme exemple une entreprise d'agroalimentaire cédée qui a été redressée, qui triple son chiffre d'affaires, exporte, double les emplois, améliore les salaires pour conclure aux bienfaits du processus.
Mais ni le politicien de droite ni celui de gauche n'ont raison. Ils raisonnent sur des exceptions. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Tous deux font des analyses biaisées. Ils ont une opinion préconçue qu'ils essayent de prouver par les exemples, souvent exceptionnels, qui valident leurs théories. Ils refusent de voir les exemples contraires. Mais qu'en est-il d'un scientifique ' Il part d'une certaine neutralité. Il se pose la question suivante : en général, les entreprises privatisées en Algérie ont-elles amélioré leurs performances '
Il sait qu'il y a des exceptions. Mais dans l'ensemble, le processus a-t-il bien fonctionné ' Pour cela il doit adopter une méthodologie neutre. Il prend un échantillon significatif d'entreprises privatisées et analyse statistiquement leurs performances avant et après sur un certain nombre d'indicateurs : chiffre d'affaires, résultats, productivité, exportations, emploi, etc. Alors nous pouvons avoir une appréciation plus objective de l'opération.
Que révèlent les analyses objectives sur la privatisation '
Il est normal que les gens raisonnent idéologiquement sur la privatisation. Nous n'avions pas d'expériences suffisantes dans notre pays. Dans le reste du monde, il y a eu beaucoup de réussites, mais aussi quelques échecs. Les pays qui ont conçu un schéma adéquat réussissent leurs opérations. Ceux qui se précipitent, sans stratégie claire et sans une planification rigoureuse, en payent les frais (Ukraine, Bulgarie). Mais nous n'avions aucun recul en Algérie. Alors chacun pouvait prendre ses opinions subjectives pour des réalités incontournables. Mais après le processus, nous commençons à avoir de plus en plus de preuves sur les résultats.
De nombreuses thèses de doctorat d'Etat, d'innombrables thèses de magister dans plusieurs universités algériennes commencent à livrer leurs preuves. Les méthodes statistiques utilisées vont des outils les plus simples aux modèles économétriques sophistiqués. J'étais président de jury ou encadreur pour certaines de ces recherches qui nous ont permis de connaître mieux et plus objectivement le processus.
Dans l'ensemble, il y a beaucoup plus de bonnes que de mauvaises nouvelles. Commençons par les mauvaises. Le grand problème résidait dans les évaluations et les prix de cession. Il y a de sérieuses améliorations à apporter dans ce domaine. J'ai écrit à maintes reprises sur la question en soulignant que dans l'ensemble, pour la plupart des entreprises, les bureaux d'études algériens sont capables d'évaluer la vaste majorité. Les prix de cession ont parfois été beaucoup plus bas que nécessaire. L'emploi a stagné durant les premières années. Ceci s'explique par les sureffectifs qui existaient au début. Mais l'ensemble des autres paramètres s'est amélioré.
La production, l'exportation, les chiffres d'affaires, la productivité et les bénéfices se sont améliorés. L'Etat a économisé plusieurs milliards de dollars qui auraient été nécessaires pour leur assainissement. Il peut donc les utiliser pour créer de l'emploi ailleurs. La situation s'est améliorée pour plus de 94% des entreprises. Il y a eu quelques ratages. Ce sont ces derniers que la presse et les partis de gauche fustigent. Ils focalisent sur quelques exceptions au détriment de la vaste majorité qui a réussi. Mais, la meilleure nouvelle qui va peut-être débloquer le processus est la suivante : même les entreprises privatisées au profit des employés et des cadres ont amélioré leurs performances. Pourquoi ne pas aller dans cette direction ' Accompagnés de bureaux d'expertise, les cadres et les travailleurs nationaux doivent avoir une chance de redresser eux-mêmes leur entreprise dans le contexte de la privatisation.
Les leçons qu'il convient de tirer
Il y a plusieurs écueils à éviter pour approfondir le processus. On ne peut pas continuer indéfiniment à assainir à coups de dizaines de milliards de dollars des entreprises qui ne se redresseront jamais, alors que nos jeunes meurent en mer. La privatisation est bloquée pour des raisons idéologiques et politiques. Les évaluations doivent être transparentes et auditées avant leur utilisation. Certes, parfois, il est possible de céder une entreprise en dessous de son prix réel pour différentes raisons (emploi, éviter des assainissements, absence de repreneurs).
La cession est une question d'offre et de demande, parfois c'est le résultat de négociations serrées. Mais il doit y avoir un maximum de transparence pour susciter l'adhésion. Partout où il est possible de le faire il faut aller vers cette direction : privatiser au profit des cadres et des travailleurs avec un accompagnement rigoureux de bureaux d'expertise. Les actions peuvent être cédées à crédit. En cas d'échec, l'entreprise est reprise et vendue à des privés nationaux. Cette formule peut débloquer le processus.
Nous pouvons garder dans le secteur public les entreprises stratégiques et celles qui réussissent. Il est temps de matérialiser le fameux principe de non-discrimination entre public et privé. Ceci n'a jamais été le cas. Une entreprise privée non performante meurt. Une entreprise publique non performante est assainie avec l'argent du peuple et des jeunes qui meurent en mer. Mis à part les entreprises stratégiques, les entreprises publiques non performantes doivent être privatisées ou mises en faillite, avec assurance d'emploi pour tous ses travailleurs et revente de l'outil de production pour qu'il soit utilisé et non perdu. Beaucoup de pays ont su le faire, pourquoi pas nous '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelhak Lamiri PH D en sciences gestion
Source : www.elwatan.com