Alger - A la une

«Les prisonniers de l'ALN font partie des oubliettes de la guerre d'Algérie» Mme Aït-El-Djoudi Dalila chercheur associé à l'IEP d'Aix-en-Provence et enseignante en histoire



«Les prisonniers de l'ALN font partie des oubliettes de la guerre d'Algérie»                                    Mme Aït-El-Djoudi Dalila chercheur associé à l'IEP d'Aix-en-Provence et enseignante en histoire
Photo : DS. Zoheir
Propos recueillis par
Badiâa Amarni

La Tribune : Vous dites que les prisonniers de l'ALN font partie des oubliettes de la guerre d'Algérie. Pourriez-vous nous dire un peu plus à ce propos '
Mme Aït -El- Djoudi Dalila : Oui les prisonniers font partie des oubliettes tout simplement parce qu'il n'y a pas eu d'études menées à ce sujet et, comme je l'ai dit précédemment dans mon exposé, c'est en travaillant sur l'image des combattants français, dont les relations entre les militaires des deux camps (puisque je m'intéresse à l'histoire militaire comparative), que j'ai trouvé des documents qui relatent cette question des prisonniers et qui m'a tout de suite interpellée et intéressée. Ce qui m'a frappé le plus lors de mes recherches concernant ces prisonniers c'est la divergence entre les directives internes, qui étaient destinées à l'opinion publique internationale, et les circulaires qui étaient destinées aux combattants eux-mêmes, aux cadres de l'Armée de libération nationale, et ce qui m'a surpris ce sont les témoignages des anciens combattants quand ils évoquent des faits de fraternisation, lorsque les combattants des deux camps se font , on va dire, des faveurs à certains moments pour laisser la vie sauve à l'autre lorsqu'il s'agit d'un prisonnier, ou lors d'un accrochage par exemple. Et ce sont toutes ces anecdotes, qui font l'histoire, qui sont intéressantes et qui enrichissent les documents d'archives.

Vous avez axé, dans votre intervention, sur les traitements réservés aux prisonniers français notamment par le colonel Amirouche dans la wilaya III ' Qu'en est-il d'autant que les prisonniers algériens ont subi les plus pires des tortures'
Oui tout à fait. Les Algériens avaient bien conscience de la différence de traitement, et, par rapport à la lutte qui était menée, les commissaires politiques avaient la charge justement de montrer à l'opinion publique internationale que les prisonniers étaient bien traités. C'était vraiment une image importante pour eux et c'est ça qui est évoqué concernant les anecdotes sur Amirouche, authentifiées par de nombreux témoins plutôt fiables. Puisque, là aussi, il faut s'interroger sur la fiabilité des témoignages, parce que lorsqu'on recoupe une multitude de témoignages qui vont dans le même sens en lien avec des directives ou des documents, ça permet d'avoir un peu plus de vérité. Entres autres ce qui revient dans les anecdotes c'est que le colonel Amirouche a offert sa montre à un des prisonniers. Là ça fait partie du mythe, ça fait partie de la propagande officielle et ça c'est vraiment quelque chose qui s'est transmis d'anciens combattants à anciens combattants et c'est évoqué par tout le monde. Donc comme je le disais, après il y a eu des fiches des services de renseignements qui montraient qu'effectivement cela avait eu lieu. Cela ne signifie pas que le colonel Amirouche ait destiné effectivement ce même traitement à tout le monde. Ça a eu lieu parce que, à un certain moment, il a voulu marquer le coup pour l'opinion publique internationale mais, comme je le disais tout à l'heure, dans une autre directive plus secrète à usage interne les propos étaient différents.

Qu'est ce qu'il y a lieu de faire pour remédier à cette omission dans l'écriture de cette facette de l'histoire '
Je tente d'écrire actuellement un ouvrage sur cette thématique et d'approfondir ce chapitre que j'avais déjà abordé initialement lors de ma thèse. Donc c'est mon objectif actuellement, étant donné que c'est un champ vaste et ouvert pour remédier à cette lacune.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)