Propos recueillis par
Amar Rafa
La tribune : pourquoi la reconnaissance de la France est-elle nécessaire aujourd'hui'
Gilles Manceron : la reconnaissance de la France est nécessaire parce que la colonisation est contraire au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, aux principes des droits de l'Homme. Cela, la France ne l'a pas véritablement reconnu. Autant il y avait un discours de justification de la colonisation à l'époque coloniale, autant depuis 50 ans c'est un peu le silence, le flou et pas un retour clair sur ce passé. Est-ce que la France justifie toujours, comme la loi de 2005 cherchait à le faire, le caractère «civilisateur» de la colonisation ' ou bien est-ce que la France cherche autre chose de cette page de son passé ' et là dessus, il faudrait qu'elle éclaircisse sa position au niveau des autorités officielles. Parce que cela a des conséquences sur un tas de domaines. Sur l'enseignement par exemple, de quelle manière on va présenter les choses, accorder de l'importance à cette chose à l'école ' Par ailleurs, pour des problèmes internes à la société française, si un certain nombre de pensées coloniales perdurent, cela a des conséquences sur un certain nombre de problèmes. Et puis, dans les relations extérieures, aussi, il y a donc un certain nombre de conséquences, de cette reconnaissance ou pas. Je pense qu'elle est nécessaire, et que, même si elle ne réglera pas tout, cela doit être un début par rapport au travail historique nécessaire. Et pour faire référence au titre du colloque : «libérer l'histoire», il faudra poursuivre le travail de remise en cause des discours sur le passé tenus par les autorités officielles, aussi bien en France qu'en Algérie. Certainement les collègues algériens ont commencé à travailler sur l'histoire, et il y a encore du travail à faire en ce domaine dans les deux pays par rapport à l'établissement des faits et la reconstitution du passé.
Donc vous estimez nécessaire de solder le passé pour aller de l'avant pour un avenir meilleur des relations entre les deux pays '
Oui, je pense que c'est nécessaire, et la question du regard sur le passé colonial est une des clés qui permet d'avancer sur le problème du présent, aussi bien pour la société française que pour les problèmes bilatéraux ou méditerranéens dans l'ensemble. Il y a une hypothèque à lever, par rapport à cette reconnaissance. Non pas pour tourner véritablement la page, parce que les historiens continuent toujours à fouiller le passé et à préciser. Déjà cela permettrait de lever une hypothèque importante dans les relations entre les deux pays, de la France par rapport à son passé.
La Tribune : on connaît les relations des deux pays par rapport à la question, chacun campe sur ses positions.
Ne voyez vous pas qu'il faudrait un déclic pour dépasser ce blocage '
Mais, le déclic, j'en ressens la nécessité. Je renvoie la responsabilité principale à la partie française. C'est quand même elle qui a été conquérante et colonisatrice de l'Algérie, et c'est à elle de reconnaître justement que cette conquête et cette colonisation avaient des principes contraires aux principes élémentaires du droit des peuples. Je crois que la balle est avant tout du côté français, pour employer cette image. Même si elle ne réglera pas tout. Et cela doit être le début de deux différents processus par rapport au passé, je pense que le déclic est essentiel.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A R
Source : www.latribune-online.com