Décidément, la
fille de Jean-Marie Le Pen ne doit pas savoir de quoi elle parle. En parlant
d'occupation des espaces publics par les fidèles musulmans lors de la grande
prière du vendredi, elle ne faisait pas moins que de désigner la communauté
musulmane à la vindicte populaire.
Au lieu de
comparer l'accomplissement de ce rite religieux, somme toute légalement
autorisé, à l'occupation nazie qui n'a été que de courte durée, elle aurait
mieux fait de revenir à la longue nuit coloniale que ces aïeux et son propre
père ont fait subir à l'Algérie. Lors de son premier face-à-face avec Rachida
Dati, qui l'a clouée au pilori, tout le monde avait cru qu'il ne s'agissait que
d'un simple débordement langagier fréquent dans ce genre de débat. Il n'en
était rien, malheureusement, puisqu'elle revient à la charge quelques jours
après pour dire : «Qu'elle persiste et qu'elle signe ses précédents propos ».
Là, ce n'est plus la Jeanne d'Arc que le populiste Jean-Marie Le Pen aime à
sublimer, mais bien Catherine de Médicis reine-mère des Français sous le règne
de son rejeton de fils Charles IX qui, sous l'injonction insistante de sa mère,
ordonna froidement le massacre des protestants le jour de la Saint Barthélemy
de 1592 à Paris. La vice-présidente du F.N s'en est allée dans le discours
habituel de son géniteur de père. Subliminale, sa logorrhée raciste, que par
une sournoise allusion à son refus de la différence avait, en toute apparence,
des relents, n'ayant pas peur des mots, de sélection raciale. Le génocide serbe
des Bosniaques encore vivace dans les mémoires, plus lointains encore ceux de Dachau
et d'Auschwitz, pour ne citer que les plus tristement célèbres, ont tous eu
pour litière l'extrémisme discursif de tribuns en mal d'aventure. D'ailleurs,
ces pogroms ont été tristement qualifiés de « détail de l'histoire » par le
leader du même Front national, c'est dire la propension à souffler le chaud et
le froid chère à ce néofascisme qui ne disait pas encore son nom à sa
naissance.
Le culot lepéniste n'a même plus besoin
d'être dissimulé, encouragé par l'extrême droite de tout bord, d'Autriche, d'Allemagne
et tout récemment celle de la Suisse, il se découvre des vertus de laïcité. La
fascisation des vieilles sociétés européennes par les partis populistes est
apparue au grand jour ; démasquée par la votation pour l'interdiction ou non de
la construction de nouveaux minarets en Suisse, elle gagne de nouveaux
territoires. On dit même que, dans leur immense majorité, les Français disent
tout bas ce que les Helvètes ont dit tout haut. La presse hexagonale, quant à
elle, dénonce des bouts des lèvres cette vague d'islamophobie qui déferle sur
l'Europe des droits de l'Homme. En fait, s'agit-il de l'homme universel ou de
l'homme européen exclusivement ? S'il arrive aux médias d'ouvrir leurs colonnes
à la problématique, en voici l'exemple illustratif : « Le Parisien s'intéresse
lui aux musulmans de France : que pense-t-il du choix des Suisses d'interdire
la construction de minarets dans leur pays ? Et bien, ils sont «choqués »,
affirme le journal. « Ils redoutent une stigmatisation de leur religion mais
ils restent confiants sur la tolérance des Français ». Bref retour en arrière.
Le 29 novembre 2009, le peuple suisse a voté, à une majorité de 57.5%, pour
l'interdiction de construction de nouveaux minarets. Une initiative portée par
l'extrême droite populiste incarnée par l'Union démocratique du centre (Udc)
qui surfe sur la vague de l'islamophobie. L'affaire des deux otages suisses
détenus par la Libye a lourdement pesé sur cette votation (voir notre article
du 2 mai 2010). Faut-il rappeler que seules quatre villes en Suisse possèdent
un minaret (Genève, Zurich, Winterthour et Wanger)? Cinq mois avant le vote du
29 novembre 2009, un centre musulman, dans la ville de Langenthal rattachée au
canton de Berne a reçu un permis de construction pour un minaret et une coupole.
Fin de citation ».
Le réveil de ce rêve rose, qu'a constitué
dans l'imaginaire collectif le pays du chocolat et de l'horlogerie de
précision, sera probablement cauchemardesque le jour où les Alémaniques se
sentiront à l'étroit dans cette petite contrée alpine partagée par 3
communautés linguistiques et scindée par deux églises. La belle mosaïque volera
en éclats, ce que personne ne souhaite. Ce référendum a eu le mérite de
dévoiler la face cachée du paisible pays de Guillaume Tell et refuge historique
des Huguenots persécutés par les fanatiques catholiques.
En disant défendre la République et ses
valeurs, Marine Le Pen, « princesse héritière » du trône lepéniste,
pensait-elle vraiment à une république multiraciale et multiconfessionnelle ?
Oh que non ! Elle avoue être de confession catholique, elle qui prétend être
inspirée par la loi sur la laïcité de 1905 et prévient prophétiquement de
l'islamisation rampante de la société française si les pouvoirs publics ne
réagissent pas vigoureusement et promptement. Elle ne manquera pas, toutefois,
de marquer sa différence en enguirlandant « ostentatoirement » son arbre de
Noël comme le fait la jeune prosélyte beure en se couvrant le chef du voile
islamique. Ce voile et cette burqa qui « avilissent » la femme semblent être le
credo de ces émancipateurs d'arrière garde. Le respect de la femme est d'abord
dans la préservation de son esprit qui aura à choisir entre emmitouflement ou
exploitation éhontée de son corps dans les souks pornographiques. De souvenir de
Francilien ou même de Provençal, la kippa ou la voilette de religieuse n'a
jamais posé problème, encore moins en terre d'Islam ; mère Térésa et sÅ“ur
Emmanuelle n'ont jamais connu de harcèlement de ce genre. Le débat est donc
ailleurs.
Cet ailleurs clairement exprimé par le
banquier « skinhead » Thilo Sarrazin ( son nom prédestiné ne le prédisposait-il
pas à la haine du musulman en général et de l'Arabe en particulier ?) se résume
en peu de mots : « Les immigrés, notamment les musulmans, sont «moins intelligents”.
“Ils vivent aux crochets de l'Etat” et font tellement d'enfants qu'ils seront
bientôt majoritaires en Allemagne ». Voici de la ségrégation raciale exprimée
dans sa quintessence à la fois ethnique et religieuse, et mise à disposition
d'un lectorat abruti par les fantasmes de nations dites supérieures à travers
le brûlot de Sarrasin intitulé : L'Allemagne va à sa perte.
Dans cette tumultueuse actualité de veillée
d'armes de guerre de religion, voilà que l'histoire fait un pied de nez aux
nostalgiques de la Saint Barthélemy par la découverte tonitruante de la tête
royale d'Henri IV, après 4 siècles d'escamotage. Protestant converti au
catholicisme pour le besoin de la succession royale et signataire de l'Edit de
Nantes qui mettait définitivement fin aux guerres de religion, il revisite
l'histoire en post mortem. N'est-ce pas là un post-scriptum à l'édit de
tolérance qu'il avait décrété par le passé ? Le crâne momifié est déformé par
un rictus béant qui semble ricaner de l'inconséquence du genre humain.
Références bibliographiques :
-Wikipédia -
l'Edit de Nantes
-Publicus historica.free.fr
-Memo.fr
/article.asp
-La Saint
Barthélemy.
-
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Farouk Zahi
Source : www.lequotidien-oran.com