Alger - A la une

Les gaines de velours



Quand, le 3 septembre dernier, le président de la République a sifflé... le début de la partie, en nommant un nouveau gouvernement, deux gladiateurs se libèrent et descendent dans l'arène. A la recherche de leur destin national, Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem partent à l'assaut du Palais d'El Mouradia. La voie est libre. Ils décident alors d'offrir aux Algériens un spectacle politique à fleuret moucheté. Ils sont à armes égales. Des accoutrements de circonstance rutilants. Dans les gaines en velours il y a des sabres bien aiguisés prêts à lacérer sans pitié l'adversaire. Telle est la règle du jeu car l'enjeu est de taille: la présidence de la République. Ils ont tous les deux grandi et mûri à l'ombre du système. Ils sont à la tête des deux partis les plus puissants du pays, le FLN et le RND. Et enfin, ils ont chacun un mouvement de redressement pour amuser la galerie entre les rounds de ce très long combat qui durera près de 600 jours. Si la politique est l'art du possible, l'ambition à la magistrature suprême implique quelques dextérités dans l'art de l'estocade. De ce point de vue, Abdelaziz Belkhadem semble prendre une relative longueur d'avance ou du moins, l'initiative de l'attaque-provocation sur son adversaire Ouyahia. Avant même de tâter la pelouse, M.Belkhadem dégaine. «Nous n'acceptons pas d'assumer les erreurs des autres et les échecs durant les périodes auxquelles nous n'avons pas participé», a lâché le secrétaire général du FLN à l'ouverture de l'université d'été de son parti, le 10 septembre dernier à Tipasa comme pour répondre à des propos tenus par le secrétaire général du RND. Lors d'une conférence de presse animée en juin dernier, au lendemain de la tenue, à Alger, de la 6e session du conseil national de son parti, M.Ouyahia a reconnu l'échec du gouvernement mais a toutefois nuancé que «c'est un échec collectif», et que «la responsabilité est collective». Ce à quoi, le FLN ne veut pas être associé et s'y démarque fortement. Puisant toujours dans ce registre de rappels, M.Belkhadem porte une autre estocade pour déstabiliser son rival. En réponse à une question sur son éventuelle candidature à la prochaine présidentielle, le secrétaire général du FLN a affirmé qu'il ne se prononcerait qu' «une fois que le président de la République aura décidé de ne pas se porter candidat». C'est ce qui s'appelle l'art de semer le doute et le doute profite toujours à l'accusé. Une technique bien connue des bâtonniers chevronnés et rodés aux grandes affaires. Il y a quelques années, en effet, Ahmed Ouyahia avait publiquement promis de ne jamais se présenter à la présidence de la République contre M.Bouteflika. «Eh bien, au cas où vous vous préparez à cette échéance, sachez que M.Bouteflika n'a pas encore dit son dernier mot» semble encore une fois rappeler M.Belkhadem à M.Ouyahia. A l'affût, toujours en round d'observation, Ouyahia, adepte du KO, laisse venir l'adversaire. Pour le moment, il tente de faire moins de bruit avec ses innombrables casseroles mais il sait que pour gagner une présidentielle, on ne cherche pas à se faire aimer. On flingue son adversaire.
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