Alger - Revue de Presse

Les frères ennemis



«Le bon historienn'est d'aucun temps ni d'aucun pays: quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flattejamais en rien».Fénelon« Les frèresafricains», «les frères arabes», «les pays frères et amis». Les concepts ontaccompagné les mouvements de libération nationale et la décennie qui a suiviles indépendances politiques des pays qui ont été colonisés ou sous des mandatsde gouvernements européens.Depuis, les paysarabes et africains se dirigent eux-mêmes, battent des monnaies, hissent desdrapeaux et font entonner, dès la crèche, des hymnes nationaux, et leursresponsables ont des avions qui les portent à l'ONU, dans les pays européens,en Asie, aux Amériques, en Russie. Ils sont très bien reçus, surtout s'ils sontvendeurs de pétrole et de gaz, s'ils achètent des armements pour s'effrayer lesuns les autres, des avions, des voitures, des centrales nucléaires, descommerces et des résidences partout, des céréales, des patates, des médicamentset des dentifrices. Il n'y a pas de sots produits, il n'y a que des acheteurs!Au fil du temps,comme des adolescents turbulents, livrés à eux-mêmes, grisés par le pouvoirabsolu, l'argent des matières premières (cadeaux de la nature), les dirigeants«frères et amis» ont commencé par confisquer l'indépendance sans jamais oublierde glorifier les peuples qui ont payé cher, très cher pour les asseoir sur destrônes desquels ils éjectent le prédécesseur par la force et l'allégeance declasses politiques aussi prédatrices que les anciens colons, les racistes detout poil et les tortionnaires jamais traînés devant les tribunaux par lesdirigeants arabes et africains, car il y en a qui sont tenus par labarbichette, le qamis ou lourds d'un passé peu reluisant.Des indépendancesdévoyées, des recettes mises à l'abri dans les anciens pays colonisateurs etdans des paradis fiscaux, des châteaux des bords de fleuve, des comptes secretset des épiceries de quartiers populaires.Unis etparfaitement solidaires pendant les mouvements nationaux et les guerres delibération, les peuples arabes et africains se découvrent ennemis mortels deuxou trois décennies plus tard. Les régimes s'arment à tout-va, avec cependantl'interdiction d'utiliser les armements dans certaines conditions fixées parceux qui vendent aux uns et aux autres.«Faites-vous peurpour occuper la populace, mais il y a des limites», disent les fournisseurs,obéis au doigt et à l'oeil. Guerres civiles et ethniques, coups d'Etat àrépétition, fuite de capitaux, libertés fondamentales inconnues pour lajeunesse, bidonvilles, famine, exodes par centaines de milliers de personnes,enfants enrôlés pour service de chair à canon, viols massifs, excisionsautorisées, manipulation criminelle de l'Islam, de nombreux dirigeants sontpassés de la légitimité révolutionnaire à la monarchie despotique archaïque,cruelle et fermée aux Droits de l'homme.Parmi lespopulations les plus malheureuses, les plus malades, les plus sous-alimentées,les plus soumises au sida et d'autres maladies du Moyen-Âge, les plus privéesdu minimum, selon les normes des institutions internationales compétentes,figurent des millions d'Arabes et d'Africains, dans des pays où il y a de l'argent,des matières exportées, des compétences et des diasporas qui font le bonheurdes économies, des hôpitaux, des universités, de l'informatique, des servicesdes plus grands pays industrialisés. Mais les dirigeants arabes et africainsdétestent les compétences, les élites, les esprits libres et critiques, lesmanagers patriotes et bardés de diplômes. Les courtisans sans le bac, lescharlatans du culte, les barons de l'import «taïwan», les chasseurs de renteset subventions chroniques (lors d'élections) ont toutes les portes ouvertes,les postes stratégiques, le passe-droit, tous les conteneurs de nuit et lagestion des zerdas électorales.Au Kenya, labarbarie absolue s'est donnée à voir au monde entier pour le pouvoir. Sousoccupation israélienne, les Palestiniens se payent le luxe, entre «frères» dese massacrer devant les yeux ravis du grand protecteur de Tel-Aviv et les yeuxcompatissants des Européens qui font un tour et s'en vont.Entre le Maroc etl'Algérie, divergents quant à la nécessaire indépendance des Sahraouis, ilsuffit de manière régulière que des «journalistes-Pavlov» des deux côtéss'alignent de manière maladroite et stalinienne pour que les peuples soienttitillés là où il faut, pas au cerveau mais à l'estomac. Au Soudan, au Darfour,la Ligue arabeet l'Union africaine ne sont que de simples spectateurs. Les dossiers sont prispar les grandes puissances, comme un retour aux chasses gardées. Les «frères arabes» ne peuvent rien faire pourla Palestineet détournent les yeux comme de petites filles terrorisées par ceux qui gèrentle conflit Palestine-Israël, ex-conflit israélo-arabe. Le bilan, déchiré parune nouvelle guerre qui ne dit pas son nom, est juste une occasion degrandes-messes arabes qui font rire les USA, la France et l'Europe. La Syrie est bien seule, avecune partie de son territoire occupé par une puissance nucléaire, juste à côté,jamais dénoncée avec constance et efficacité par les «frères arabes», eux-mêmesétroitement surveillés par ceux qui leur vendent de quoi manger et se soigner.«Les frèresarabes» sont dans l'incapacité définitive de régler, entre eux, pacifiquement,en additionnant des intérêts communs, des richesses à exploiter ensemble, enfédérant leurs élites éparpillées aux quatre coins de la planète, enconstruisant des chemins de fer pour relier les peuples, pour livrer desproduits des uns pour les autres...Au plan culturel,les médias et journaux arabes mettent l'accent sur des résonnances ou sur lagraphie pour s'approprier des films pourtant financés par de l'argent européenet réalisés par des auteurs pourtant de nationalité non arabe.Depuis 40 ans,combien de films, de feuilletons et séries ont été coproduits par desentreprises arabes, diffusés dans «les pays frères»?La méfiance estégalement répartie lorsqu'il ne s'agit pas de «jalousie», disent certainscommentateurs. Combien d'Å“uvres de l'esprit sont produites entre paysafricains, comparées à celles qu'échangent les pays d'Europe?Finalement, le tempsqui vaut cher, les évolutions fulgurantes du monde développé qui anticipe, quiconnaît parfaitement les divisions entre Arabes et entre Africains, quiinvestit dans la connaissance et se prépare pour l'après-pétrole, ont fini parheureusement, éradiquer le concept bidon de «frère». Les Etats et les pouvoirsn'ont que des intérêts. Quant aux peuples, ils n'ont toujours pas des élitesgouvernantes pour rallumer la fraternité réciproque d'un passé pas si lointain.Aux Emirats et àMarseille, il y a des pistes de ski. La France et l'Espagne ont signé un accordstratégique pour l'électricité. En 2009, à l'intérieur des TGV, même sous untunnel, les voyageurs en France auront accès à l'Internet et pourronttravailler dans un train. Bientôt, le téléphone dans les avions. Mais nous,rétorquent des dirigeants arabes et africains, ces pays développés, «mécréants»selon ceux qui creusent sur le long terme, sont «spécifiques» dans leurdémocratie. Justement! Entre l'Algérie et la démocratie, que faut-il choisir?Les deux, mon bon monsieur.
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