
Vingt-quatre heures après avoir été secouée par un séisme d'une magnitude 5,6 sur l'échelle de Richter, Alger connaît une vague de colère. La raison : les promesses de relogement immédiat des familles sinistrées, formulées par le ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme, Abdelmadjid Tebboune, et le wali d'Alger, Abdelkader Zoukh, dépêchés ce jour-là sur les sites endommagés.Le tout dernier mouvement de colère date d'hier, où les jeunes habitants du populaire «Quartier chinois» ont protesté, en début d'après-midi, en fermant le boulevard Emir Khaled (ex-boulevard Pitolet) au lieudit Deux Chameaux. Leur manifestation n'a pas duré, puisque les forces antiémeute étaient déjà dans les parages. «Ils ont immédiatement relogé les 24 familles qui vivaient à la cité Paya. Ceux de Deux Moulins sont aussi compris dans cette soudaine prise de conscience des autorités. Toutefois, rien n'est prévu pour nous», s'emporte Mohamed, un protestataire qui refuse de quitter les lieux.Il demande à être traité comme un citoyen à part entière et bénéficier de son droit au logement. Certains jeunes protestataires ont été questionnés au commissariat de Bologhine puis relâchés aussitôt. Ce mouvement de colère n'est pas le premier. Il a été précédé, la veille, par un autre dans la commune de La Casbah. Les habitants de ce vieux quartier ont observé un sit-in devant le siège de l'APC, qui était évidemment fermé. «Nous sommes les oubliés de l'Etat, se déchaîne Saïd, un quadragénaire résidant rue Brahim Fatah, dans La Basse Casbah. Cela fait près de 10 ans que les instances de l'APC et du CTC ont classé nos maisonnettes Rouge. Si ce n'est une réelle catastrophe, nous ne savons vraiment pas ce qu'ils attendent pour nous reloger.» Furieux, il nous invite à visiter son quartier, à proximité de Djamaâ Lyhoud, pour constater de visu l'ampleur des dégâts.Des familles en dangerSur les lieux, les dommages sont flagrants. Une des cent familles qui résident dans ce quartier a échappé de justesse au pire : se retrouver sous les décombres. Depuis la matinée d'hier, elle est sans toit. Elle n'a trouvé qu'une placette, à savoir les ruines d'une autre maison, pour s'abriter à ciel ouvert au milieu de tonnes de déchets.Rahma, une jeune trentenaire, membre de cette famille, crie sa douleur de se retrouver SDF au moment où ceux qui ont construit des baraques sont relogés. «Cela fait des années que je suis considéré comme sinistré. Les services du CTC et de l'APC me connaissent bien et ne font que solliciter plus de patience. J'ai frappé à toutes les portes, en vain. Aujourd'hui je suis, avec mes deux filles, sans abri», s'insurge son père, encore sous le choc. Non loin de la demeure effondrée de Rahma et ses proches, 18 familles vivent dans une «douira» qui risque de s'écrouler à tout moment.Rien que d'y circuler fait trembler la maison. «Ma belle-mère marchait tranquillement au moment où sa jambe s'est retrouvée coincée dans le plancher, à moitié effondré. Souffrant de plusieurs hématomes, elle a dû passer quelques jours à l'hôpital», raconte Lila, une jeune sinistrée. A l'étage, la situation n'est pas meilleure. Monter les escaliers de fortune et les entendre craquer est une aventure. «On ne peut même pas s'appuyer contre les murs, ils peuvent s'écrouler au moindre effort. La seule solution intelligente trouvée par nos responsables est de nous placer des poutres d'étaiement qui ne servent aujourd'hui qu'à aider les rats et les souris à pénétrer dans nos demeures», s'exclame Saïd, notre guide.Le calvaire et le danger sont frappants dans tous les autres logis que nous avons visités. «Nous n'exigeons aucun endroit. Nous voulons juste être relogés dans des appartements décents afin de protéger nos vies, celles de nos femmes et de nos enfants en bas âge. Nous aurions pu construire des baraques, mais nous ne pouvons pas vivre dans la rue», s'exclame notre interlocuteur.Pour sauver les enfants et les femmes des dangers de la rue, un élan de solidarité s'est installé dans ce quartier. Les voisins dont les maisons tiennent encore hébergent les sans-abri dans l'attente d'un recasement général. Une initiative louable et remerciée par l'ensemble des habitants.La solidarité entre sinistrés et laxisme des autoritésEn contrepartie, les autorités locales font preuve d'une indifférence sans précédent. Le président de l'APC de La Casbah, Ibadouine Rachid, est injoignable. Malgré toute cette colère et les multiples interventions de la Protection civile dans les effondrements successifs à La Casbah, le wali d'Alger ne s'est pas déplacé sur les lieux. Au lieu de sauver ces gens en danger, le premier responsable de la capitale veillait, hier, au relogement de 424 familles du bidonville d'El Hamiz (commune de Dar El Beïda) à la cité du 5 Juillet 1962 dans la commune de Larbâa (wilaya de Blida). Un ordre de priorité jugé incompréhensible dans un état de crise, après le séisme de vendredi.Selon une source bien informée, quelque 500 maisons menacent ruine dans La Casbah d'Alger. Leur prise en charge est plus qu'urgente. Mais apparemment, les pouvoirs publics semblent n'avoir pas retenu la leçon du séisme de Boumerdès. Rappelons que La Casbah d'Alger est classée au patrimoine mondial. Elle est aussi concernée par un projet de restauration antérieur à 2011. Ce dernier, tant souhaité par la population algéroise, tarde à voir le jour. Entre-temps, la médina historique tombe en ruine?
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Asma Bersali
Source : www.elwatan.com